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Femmes au bord de la crise
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Femmes au bord de la crise

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J'aimerais commencer par préciser que les commentaires qui suivent portent en premier lieu sur ce livre de Piero San Giorgio et les idées qu'il propose dans cet ouvrage précis ou sur le survivalisme en général, et non sur lui en tant que personne, ni sur certains des propos qu'il tient sur sa page Facebook, dans ses vidéos, ou son site. Il est toutefois difficile de lire cet ouvrage sans tenir compte d'un contexte de discussion plus large. Je précise aussi que j'ai déjà lu les deux autres ouvrages (Survivre à l'effondrement économique et Rues Barbares, Survivre en ville, co-écrit avec Vol West, un autre prepper/survivaliste francophone, également très présent dans les médias sociaux). Notons aussi que je m'intéresse beaucoup à la préparation, à la prévoyance et à la sécurité pour des raisons personnelles et que j'ai commencé à "pratiquer" en prenant conscience de certaines choses et en m'informant sur le sujet (via le blog de Vol West surtout, mais aussi via les vidéos et les ouvrages de PSG). J'ai bien avancé dans certains aspects de mes préparations, je me considère donc encore comme une "débutante", mais non plus comme une "novice".

L'ouvrage permet de se figurer trois futurs possibles pour les femmes en cas d'effondrement de la normalité ou de crise (passagère ou, dans certains cas de figure, durable). En cas de crise durable les possibilités pour les femmes --ou du moins pour certaines femmes-- seront les suivantes: (1) se trouver dans une situation de victime opportuniste et tenter de survivre tout en échappant à des dangers probables (malnutrition, statut de fugitive/réfugiée, prédateurs sexuels et autres, etc…); (2) se retrouver sous le joug d'un alpha-mâle organisé qui a créé sa propre BAD et obéir aux nouvelles règles du jeu dictées, comme toujours, par le patriarcat (qui certainement s'en trouvera renforcé par la crise durable), dans une condition probablement servile ou semi-servile; et finalement cet ouvrage montre une autre voie possible: (3) avoir sa propre BAD ou son propre réseau… féminin ou même féministe par certains aspects, pourquoi pas? Cette dernière piste n'est finalement que peu explorée dans l'ouvrage, même s'il y a des perspectives très intéressantes sur un survivalisme "familial".

J'ai globalement apprécié cet ouvrage, mais je suis déçue, car j'en attendais beaucoup plus. Peut-être mes attentes étaient-elles mal placées? PSG est un businessman, un pragmatique, ce qui est tout à fait respectable, et non un intellectuel et encore moins un académique (il cite fréquemment Wikipedia dans ses notes de bas de page). Ce livre atteint son but si celui-ci est d'ouvrir les yeux des femmes (et des hommes) sur la situation actuelle de dégradation, locale et globale, de la planète et de ses habitants, et les façons possibles d'y réagir à titre individuel ou même individualiste. Je le recommanderais en effet comme cadeau pour initier certaines personnes au concept, à l'idée de survivalisme et à l'urgence qu'il y a à se préparer non pas à affronter un fantasme de "fin du monde" apocalyptique, mais plutôt les changements conséquents qui nous attendent (ou ont déjà commencé) en tant qu'individus, en tant que femmes, en tant que société… Cela dit, en ayant déjà lu les autres ouvrages, je n'ai pas forcément appris beaucoup de nouveaux éléments et je ne le recommanderais pas à un lectorat déjà familier avec ces questions. Pour quelqu'un qui chercherait un "manuel", sur le "comment se préparer" plutôt que le "pourquoi", en français, je recommanderais ses autres ouvrages.

Puisque j'ai également une certaine connaissance de l'histoire DES mouvementS féministeS (j'insiste sur le pluriel!), ce qui m'a le plus intéressée lors de ma lecture est donc plutôt COMMENT PSG allait aborder le sujet des femmes et de "la crise", plutôt que les contenus factuels des "jalons" sur les mouvements des droits de femmes et pour l'égalité (ou, dans certains cas, l'équité). Allait-il dans son ouvrage tenir des propos "sexistes de base"? Non, ce n'est pas le cas, même si le texte laisse paraître tout de même une forme de nostalgie d'un retour à une société aux rôles genrés plutôt "traditionnels" (mais tout de même, son propos, à l'écrit, est assez subtil, plus fin en tout cas que celui de certains blogs ou vidéos d'autres survivalistes francophones… PSG est beaucoup plus "fin" que d'autres (notamment certains au Québec) et je ne parle pas de Vol West qui tient des propos nuancés (et pas sexistes). Bref, il faut lire un peu de tout, et pas seulement ce livre… Il serait dommage que le lecteur ou la lectrice de ce seul livre en conclue que PSG est la seule référence en la matière (même s'il est devenu une autorité). Il existe des blogs en français qui ont une version "soft", "féminine" et une autre "masculine" abondamment illustrée de corps féminins plus ou moins dénudés (ou comment perdre son potentiel lectorat féminin par l'image!). "Femmes au bord de la crise" ne tombe pas dans ce piège. La préface par Claire Séverac (qui par ailleurs écrit des choses intelligentes sur la santé et la nutrition) est, elle, en revanche, sexiste (femme=mère pour faire court, et très orientée, mais bon, ce n'est qu'une préface). Elle me laissait présager le pire pour la suite du livre. En fait non, PSG ne tombe pas dans le piège de répartir les différentes "catégories de tâches" ou "domaines" de la préparation dans des cases "masculines" ou "féminines" (p.ex. savoir coudre ou faire des conserves pour les femmes, apprendre à manier les armes pour les hommes… bref la "division genrée du travail" pour le jargon). Au contraire, il insiste à nouveau sur l'importance d'apprendre de nouvelles compétences dans une variété de domaines.

Les survivalistes se plaignent souvent d'être caricaturés dans les médias (et ils ont raison d'être méfiants), mais dans cet ouvrage, Piero San Giorgio tombe aussi parfois dans la caricature du "Féminisme", qu'il réduit à une entité monolithe, probablement parce qu'il ignore les débats internes au féminisme et les contradictions de ces différents courants (p.ex. dire que les femmes devraient être enrôlées dans une armée de milice au même titre que les hommes est une position féministe, dire qu'elles devraient pouvoir y accéder à titre volontaire en est une autre, dire qu'elles devraient en être exemptées est encore une autre position féministe et finalement vouloir supprimer l'armée de milice peut aussi être argumenté d'un point de vue féministe). Il ne tombe pas non plus dans le piège qui consiste à faire passer les "prévoyants" pour des "victimes" dont toute la société se moque et que l'Etat persécute (p.ex. en légiférant de façon nécessaire et raisonnable sur les armes à feu). Je préférerais critiquer précisément la récupération opportuniste de certains discours féministes par un certain capitalisme néolibéral. "Femmes au bord de la crise" ne répond pas précisément à la question (stérile): "Qui blâmer?": le féminisme, le capitalisme néo-libéral, ou le patriarcat? En revanche, le livre offre quelques pistes de réflexions individuelles pour aller au-delà du "qui blâmer?" et commencer à agir, par cercles, en partant de soi puis en allant, si possible, vers l'Autre: niveau familial, régional, sociétal, national, global aussi peut-être… une démarche qui n'est pas sans rappeler certaines techniques féministes de "self-help" ou "d'empowerment" (commence par te connaître toi-même puis transmets plus loin ces connaissances acquises; approche "bottom-up" plutôt que l'inverse "top-down" qui peut aussi fonctionner dans certains cas). PSG ne se revendiquerait certainement pas comme féministe vu la connotation négative de ce terme actuellement, mais ce qu'il propose peut participer à une démarche féministe (et là de nouveau, il faut faire abstraction des propos personnels tenus par certains –dont lui-même– sur leurs blogs, pages facebook, etc…). Je traite ici des idées, de la démarche, et non des personnes qui les portent.

Un autre élément cocasse est qu'en fait PSG n'est l'auteur que de la moitié de l'ouvrage puisque dans la seconde partie, il laisse largement la parole à des femmes qui s'engagent dans une démarche personnelle d'autonomie, de résilience, de préparation et de prévoyance, avec une grande diversité dans les personnes interrogées (y compris un couple de femmes). Je me demande s'il a effectué des interviews puis les a retranscrits et édités, ou s'il a simplement envoyé ses questions par e-mail puis repris le texte avec peu de modifications? Cette seconde partie est dans tous les cas fort intéressante et mériterait une analyse de discours plus avancée. Je m'étonne aussi qu'il ne soit pas allé chercher du côté des communautés de femmes (souvent religieuses) qui sont dans la simplicité, l'autonomie (jusqu'à un certain point) et la résilience au quotidien.

Finalement, les parties de l'ouvrage que j'ai préféré lire sont celles dans lesquelles PSG évoque Rita, sa grand-mère, à laquelle il dédie ce livre. On sent une authenticité dans le récit, du moins une sincérité dans la façon dont il évoque ses souvenirs d'enfance, par exemple recevoir des pièces d'or comme cadeau. Ce n'est certes pas l'histoire de sa grand-mère, mais l'histoire de comment lui a perçu ce qu'on lui a raconté de cette histoire, et comment cette histoire a fait germer, au moins, un intérêt pour ces questions. Au-delà de ça, j'aurais aimé savoir comment lui gère ses préparations au quotidien dans un cadre familial… Je n'ai pas besoin d'un N-ième livre qui ordonne aux mères comment "bien" élever leurs enfants ni de conseils impossibles à suivre, mais plutôt un retour d'expérience sur comment initier des enfants à certains concepts ou pratiques (p.ex. apprendre à cuisiner, à faire du feu, à utiliser une carte…). C'est pour cette raison que j'ai aussi bien aimé la partie avec les interviews des femmes: un retour sur le comment et le pourquoi, sans cacher les difficultés de la pratique ni la marginalisation de tels discours (malheureusement récupérés et politisés) dans des contextes francophones. J'aurais aussi attendu un bref développement de "how to" spécifiquement féminin (pas pour moi, merci, je suis bien renseignée, mais pour des débutantes: plus de détails sur des produits comme la coupelle menstruelle, les serviettes lavables, la contraception en cas de rupture des stocks pharmaceutiques; la self-défense féminine de base… je sais qu'il y a des ouvrages sur le sujet, mais peut-être une orientation des lectrices vers ces ouvrages aurait été utile, en notes ou en annexe?). Finalement, quels sont les éléments qui différencient une préparation féminine d'une préparation masculine? Il y en a peu, sauf ceux qu'on se borne à construire culturellement. Il y a en revanche –et là PSG touche un point sensible– une manière féminine d'aborder certaines questions, de mettre une priorité sur certains aspects (p.ex. l'approvisionnement en nourriture, le travail de "care", maintenir l'équilibre psychique des autres ou des enfants, ce qu'il appelle le "lien social"…) plutôt que d'autres (p.ex. la défense). Mais aucun domaine ne devrait par principe exclure les femmes ou les hommes… cela doit être une question de talent, d'affinité, d'efficacité et non pas de genre (socialement construit).

Y a-t-il un survivalisme féministe (pas juste féminin)?… peut-être, mais il n'est pas encore développé (en tout cas pas en Europe… il faudrait voir ce que font des groupes de femmes ailleurs dans le monde pour cultiver leur autonomie et comment elles s'en sortent à long terme). Certains sujets brûlants du survivalisme rejoignent ceux des luttes féministes, comme p.ex. la conservation des semences des plantes, la lutte contre les OGM, ou le droit de jardiner comme on l'entend. Je rejoins l'auteur en partie dans sa critique d'un certain type de féminisme (d'une certaine génération et qui persiste dans certains milieux du monde francophone apparemment), mais je pense qu'il ne connaît que certaines versions du dit féminisme. Le survivalisme tel qu'il est médiatisé dans la sphère francophone actuellement n'est certainement pas féministe, cependant, ce discours survivaliste –et ses pratiques concrètes- ont une potentialité féministe. Celle-ci est inhibée le plus souvent par les caricatures qui sont faites (et relayées dans les médias) à la fois du survivalisme ET du féminisme. Des deux côtés on retrouve des discours sur l'autonomie, la résilience, la complémentarité et, dans une certaine mesure, la justice ou l'injustice sociale.

Les moments de "crise" dans l'histoire sont à double tranchant pour les femmes: leurs acquis (?) sociaux, leurs droits (de même que, généralement, les droits des minorités sexuelles, religieuses ou ethniques) sont souvent contestés, voire supprimés (PSG en donne quelques exemples dans l'ouvrage). Toutefois, les moments de crise sont aussi des occasions pour certaines femmes de casser des plafonds de verre, par nécessité, pour accéder à des postes ou à des positions d'autorité qui leur étaient auparavant inaccessibles. Parviennent-elles à changer la société après la crise? Bien malin qui pourra prévoir comment les choses vont tourner pour les femmes dans un futur proche, mais dans tous les cas, il n'est pas idiot de se préparer à titre personnel. Ce que je souhaiterais voir également chez un auteur tel que PSG, c'est une interpellation plus large, le début d'une réflexion sur un survivalisme "sociétal" qui tout de même respecte les individualités de chacun. Mais peut-être est-ce une idée incompatible avec une démarche aussi "sur-mesure", aussi individuelle (voire individualiste) que l'est le survivalisme (ce n'est pas une critique mais un constat).

Une question qui n'est pas posée, ou qui n'apparaît que tout à la fin de l'ouvrage, sans être vraiment abordée, est celle du traitement dans femmes au sein d'éventuelles "communautés" ou clans survivalistes qui se seraient formés (voire les trois points mentionnés tout au début… félicitations si vous avez lu jusqu'ici). Finalement est-il plus avantageux pour les femmes de se retrouver insérées dans un "clan" (et on devine facilement qui sera le chef) ou de se retrouver seules? Est-ce que j'aimerais me retrouver, grâce à mes capacités pratiques (à mes savoirs acquis, p.ex. cuisiner avec peu, savoir conserver les aliments, jardiner, self-defense, etc…) affiliée à une BAD menée par un Alpha-Mâle qu'en temps normal je trouverais parfaitement insupportable? Qui, au final, aura ce choix? En effet, mieux vaut dans tous les cas, au moins se préparer à qu'on connaît en anglais comme "emergency preparedness". Cela rejoint d'autres débats sur la notion d'intersectionalité… Qu'est-ce qui va le plus opprimer les femmes - ou certaines catégories de femmes en tout cas – dans les années à venir? Une forme de capitalisme antisocial, néolibéral et irresponsable globalisé ou un retour en force du patriarcat? Probablement les deux puisqu'ils sont liés. La disparition des systèmes d'échange tels qu'on les connaît va-t-il améliorer ou péjorer la situation globale des femmes? Une femme au foyer me posait récemment la question et y répondait pour elle-même: "Est-il plus facile de négocier avec le 'grand Kapital' ou avec un mari? Mon mari, au moins, a un visage!" Cela dépendra du contexte. Je trouve dommage que l'ouvrage ne propose pas une réflexion plus poussée sur une éventuelle porte de sortie de ce dilemme.

En résumé: "Femmes au bord de la crise" est donc à mon avis un ouvrage POUR les femmes (mais pas que pour elles) ou écrit AVEC des femmes… À quand un livre sur le survivalisme rédigé PAR des femmes ou une femme? Il y a une série d'ouvrages qui ont une sensibilité féminine voir féministe dans une variété de domaines (p.ex. l'ouvrage du médecin Jade Allegre "Survivre en ville quand tout s'arrête"… le titre ne vous rappelle-t-il rien?; ou encore le "Guide de Préparation aux situations d'urgence" de Kathy Harrison, en français, avec de très belles illustrations, et disponible au Canada). Il existe également pléthore de blogs et autres ressources en ligne en anglais, mais très peu en français. Si l'une des femmes interviewées par PSG se décidait à écrire son propre livre, avec sa propre voix, ce serait aussi une démarche féministe (ce n'est pas un vilain mot, allons!) et je suis certaine qu'il y aurait un lectorat pour un tel ouvrage. ( )
  Anthemia | Aug 17, 2015 |
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