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Loading... Han d'Islande (1823)by Victor Hugo
Voilà plusieurs journées, Ethel, que je passe dans le silence, sans que votre voix essaie de m’arracher à la sombre méditation de mon passe. Vous êtes auprès de moi plus triste que moi ; et cependant vous n’avez pas, comme votre père, le fardeau de toute une vie de néant et de vide qui pèse sur votre âme. L’affliction entoure votre jeunesse, mais ne peut pénétrer jusqu’à votre cœur. Les nuages du matin se dissipent promptement. Vous êtes à cette époque de l’existence où l’on se choisit dans ses rêves un avenir indépendant du présent, quel qu’il soit. Qu’avez-vous donc, ma fille ? (p. 196, Chapitre 40). Roman de jeunesse de Victor Hugo, écrit en 1821, Han d’Islande m’a plus fait pensé à un livre de Dumas, roman d’aventure sans prétention (j’ai une dent irrémédiable contre Dumas, je dois l’avouer, non pour un manque de qualité littéraire mais, je crois, parce que j’ai lu assez tôt Les trois Mousquetaires, à un âge où pour moi les livres se finissaient toujours bien, et je me suis sentie flouée par une fin plus noire que ce que je pouvais imaginer. Au moins vingt ans après cette lecture, je ne lui ai toujours pas pardonné, et n’ai jamais rouvert un livre de lui…), qu’au Victor Hugo tourmenté des grands romans qu’on lui connaît. J’ai donc apprécié cette lecture plus pour son côté divertissant que pour ce que j’aime d’habitude dans les œuvres de Hugo. Situé en Norvège (malgré le titre) à la toute fin du XVIIème siècle, le roman est l’histoire des conspirations et des machinations que l’attrait du pouvoir et des privilèges fait échafauder, avec la figure improbable mais tellement nécessaire au roman de cape et d’épée du preux chevalier que rien ne peut détourner des nobles sentiments et de l’honneur, bien aidé en cela par les soupirs extasiés d’une jeune ingénue qui attend patiemment sa libération. Et puis, parce qu’un gentil n’existe pas en soi mais grâce au méchant qui lui donne la réplique, Han d’Islande est là pour incarner la barbarie à l’état le plus brut. Certes ce résumé est quelque peu ironique, mais il me paraît souligner ce que j’ai apprécié dans cette lecture et éviter tout malentendu pour d’éventuels lecteurs à venir. Ce fut un moment divertissant, où les péripéties sont parfois prévisibles quelques chapitres à l’avance, mais où l’on peut se laisser surprendre, une histoire agréable à lire et qui montre que, si le génie de Victor Hugo ne s’est pas créé en un jour, ses écrits moins célèbres sont aussi intéressants à lire, bien qu’à d’autres titres. Deux aspects que j’aimerais souligner, avant de conclure cette note de lecture. D’abord, l’ironie de Victor Hugo, très pince-sans-rire, est déjà très présente dans ce texte. Dans le roman, certes, mais surtout peut-être dans les préfaces, notamment celles à la première et la seconde éditions (la préface plus tardive se prenant un peu trop au sérieux cette fois). J’avais vu ce trait du style d’Hugo dans différents livres que j’ai lu de lui récemment, et j’ai été étonnée de voir que ce roman de jeunesse présente déjà de telles caractéristiques. Ensuite, je suis étonnée, dans ce livre somme toute assez léger, de l’importance donnée aux sentences de mort. Il y a plusieurs scènes où intervient le bourreau, dont certaines décrivant par le détail (comme sait si bien le faire Victor Hugo) des exécutions capitales, comme l’on dit pudiquement. Parfois, ces scènes n’apportent rien à l’intrigue, mais Victor Hugo devait tenir à ces évocations lugubres. Je ne dirais pas que l’on retrouve là les prémisses de ce que sera un des plus grands combats politiques de Hugo car il me semble qu’il est plus question de fascination que de positionnement politique ou philosophique. C’est peut-être dans cette fascination cependant que s’enracinera plus tard le combat, mais même s’il est question de sens moral (chevaleresque serait peut-être plus approprié bien qu’un peu anachronique peut-être), Han d’Islande n’est pas encore un écrit politique. Victor Hugo trempera sa plume dans l’amertume des inégalités et dans l’écœurement de la morale bien-pensante plus tard et nous donnera alors des romans bien plus incisifs. Ce n’est pas ce qu’il faut espérer en ouvrant ce roman, le premier publié par Victor Hugo, mais ce n’est pas non plus une raison pour bouder son plaisir. Son style est déjà affirmé, et il n’est pas toujours désagréable que les preux et les vertueux blancs comme neige triomphent des fourbes et des vilains. Ce roman écrit en 1822 par Victor Hugo (le fils cadet du célèbre général), nettement moins connu que ses œuvres ultérieures, les évoque inévitablement. Par exemple Han d’Islande, le personnage éponyme, est un peu comme Gauvain le héros de Quatrevingt-treize parce qu’en fait il a été éduqué par un homme d’église avant de l’abandonner, il vit en Norvège à la fin du dix-septième siècle, il tue des gens, il blasphème, il viole des gens, il a un ours blanc apprivoisé, il tue des gens en jetant des gros rochers dessus, il descend d’Ingolphe l’Exterminateur, il tue des gens avec une hache en pierre, c’est un nain mais très fort, il tue des gens avec son ours blanc apprivoisé, il se déguise avec des déguisements différents pour ne pas qu’on le reconnaisse, il tue des gens en les faisant brûler vifs, il tue des gens en les noyant dans la mer, et il boit du sang humain dans le crâne de son fils donc somme toute ce n’est pas tout à fait comme Gauvain. Je ne sais pas si vous l’avez compris mais c’est une blague en fait, il n’est pas du tout comme Gauvain ; pour rester dans Quatrevingt-treize il évoque nettement un prototype de l’Îmanus, une force primordiale et mythique incarnant le mal autant qu’il le fait, motivé non pas par son intérêt qu’il néglige explicitement, ni même par des sentiments dominés chez lui par une farouche indifférence, mais par sa nature. On peut dire que chez lui le telos et l’ontos ne font qu’un avec le kakos, le thanatos et brièvement l’éros (à ce sujet Hugo inclut dans le livre un vieux pédant ridicule car verbeux et poltron, ce qui rétrospectivement prêtera plus cruellement à sourire que l’auteur ne l’aurait sans doute voulu). Mais là où l’Imânus n’avait droit qu’à quelque lignes parce qu’il fallait absolument parler de la Convention, Han d’Islande, comme le titre l’indique, est la star de ce récit qu’il peuple et anime à son aise. Ce d’autant plus étonnamment que face à lui se dresse un avatar très flagrant et très flatteur de l’écrivain, Ordener Gundelew, un jeune homme vaillant, généreux, flamboyant et plus enclin à suivre ses instincts que sa raison. Séparé par les circonstances de sa bien-aimée Ethel, ou Adèle (…) ce godelureau de noble souche part à l’aventure pour mieux la mériter parce que son père est emprisonné et il y a un complot et une révolte ou quelque chose comme cela et donc en fait il va se battre contre Han d’Islande ! Je vous laisse y déchiffrer les rêves d’ailleurs quelque peu banals du jeune écrivain. Autour de ces deux personnages se croisent et recroisent, avec une adresse coutumière à Hugo, mais impressionnante si longtemps avant la maturité un grand nombre d’histoires : citons les efforts du père d’Ethel (le comte de Graffenfeld, un personnage historique) pour se disculper du crime de lèse-majesté qui l’a fait emprisonner à vie ; le destin malheureux du fils de Han ; les ambitions déçues d’un bourreau de province ; la grâce de douze condamnés ; un imminent mariage aristocratique ; les intrigues de quelques grands scélérats ; une révolte de mineurs ; et les changements agitant la Norvège, entre les survivances païennes et autarcique des âges sombres et le triomphe d’un état centralisé appuyée sur la religion du Christ blanc. Les intersections fréquentes et les résonances subtiles entre ces différentes trames occuperaient un volume au moins aussi large que le roman, et forcent l’admiration, même si tout cela, dans l’ensemble, n’est pas très intéressant comparé à l’Imanûs qui tue des gens avec son ours. Riche en prémices de la grandeur hugolienne, le récit annonce aussi ses bassesses à venir par quelques pages confondantes de bêtise sur ma peine de mort. Assez hypocrites d’ailleurs puisque Victor prend soin de perdre tous les méchants sans que les gentils aient à se salir les mains (on a, certes, quelque peine à imaginer un happy end avec Han d’Islande en liberté). Avouons cependant que les différents retournements de situations permettant cette résolution sont jubilatoires, ironiques, adroits et reposent sur des éléments loyalement présentés tout au cours du récit ; Hugo raconte plus honnêtement qu’il ne pense. Allons, voilà un livre qui ne m’a pas fait changer d’opinion sur son auteur. Cela mérite bien une bonne note. Han d'Islande est un roman de jeunesse de Victor Hugo, publié en 1823. Han d'Islande se situe dans la région de Drontheim en Norvège en 1699. Ordener Guldenlew, personnage principal, jeune homme vertueux, noble et courageux, est le fils du Vice-Roi de Norvège et amoureux de Ethel, douce jeune fille de Schumaker, ancien Comte de Griffenfeld déshonoré par le Roi et enfermé à la forteresse de Munkholm. Seuls certains papiers, enfermés dans une cassette en fer et aux mains de Han d'Islande, pourraient sauver Schumaker et sa fille. Ordener part alors à sa recherche dans le nord sauvage de la Norvège. En parallèle, Han d'Islande ravage la région, en tuant férocement tous ceux qui se dressent sur son passage, accompagné de son ours blanc, poursuivant de sa haine tout membre de l'espèce humaine et en particulier les arquebusiers de Munckholm, dont l'un a tué son fils Gill Stadt qu'il a eu en violant une jeune fille Lucy Pelnyrh et à qui il souhaitait transmettre toute sa haine et sa violence. Enfin l'intrigue se double de personnages sombres et perfides. Le Comte d'Ahlefeld, dont la fille est promise à Ordener, complote pour écraser définitivement son ennemi Schumaker et bien se faire voir par le Roi du Danemark qui contrôlait à l'époque la Norvège. Ainsi, par l'intermédiaire de son secrétaire Musdoemon, qui se fait appelé Hacket dans sa mission, il tente de soulever les mineurs du Nord alliés aux Montagnards, au nom de Schumaker, contre la tutelle royale (sorte de servage en Norvège). L'intrigue est alors complexe: le Comte d'Ahlefeld souhaite écraser la révolte des mineurs se référant à Schumaker, pour revenir auprès du Roi en sauveur de la royauté et en accusant Schumaker d'avoir fomenté cette révolte. |
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Par exemple Han d’Islande, le personnage éponyme, est un peu comme Gauvain le héros de Quatrevingt-treize parce qu’en fait il a été éduqué par un homme d’église avant de l’abandonner, il vit en Norvège à la fin du dix-septième siècle, il tue des gens, il blasphème, il viole des gens, il a un ours blanc apprivoisé, il tue des gens en jetant des gros rochers dessus, il descend d’Ingolphe l’Exterminateur, il tue des gens avec une hache en pierre, c’est un nain mais très fort, il tue des gens avec son ours blanc apprivoisé, il se déguise avec des déguisements différents pour ne pas qu’on le reconnaisse, il tue des gens en les faisant brûler vifs, il tue des gens en les noyant dans la mer, et il boit du sang humain dans le crâne de son fils donc somme toute ce n’est pas tout à fait comme Gauvain.
Je ne sais pas si vous l’avez compris mais c’est une blague en fait, il n’est pas du tout comme Gauvain ; pour rester dans Quatrevingt-treize il évoque nettement un prototype de l’Îmanus, une force primordiale et mythique incarnant le mal autant qu’il le fait, motivé non pas par son intérêt qu’il néglige explicitement, ni même par des sentiments dominés chez lui par une farouche indifférence, mais par sa nature. On peut dire que chez lui le telos et l’ontos ne font qu’un avec le kakos, le thanatos et brièvement l’éros (à ce sujet Hugo inclut dans le livre un vieux pédant ridicule car verbeux et poltron, ce qui rétrospectivement prêtera plus cruellement à sourire que l’auteur ne l’aurait sans doute voulu). Mais là où l’Imânus n’avait droit qu’à quelque lignes parce qu’il fallait absolument parler de la Convention, Han d’Islande, comme le titre l’indique, est la star de ce récit qu’il peuple et anime à son aise.
Ce d’autant plus étonnamment que face à lui se dresse un avatar très flagrant et très flatteur de l’écrivain, Ordener Gundelew, un jeune homme vaillant, généreux, flamboyant et plus enclin à suivre ses instincts que sa raison. Séparé par les circonstances de sa bien-aimée Ethel, ou Adèle (…) ce godelureau de noble souche part à l’aventure pour mieux la mériter parce que son père est emprisonné et il y a un complot et une révolte ou quelque chose comme cela et donc en fait il va se battre contre Han d’Islande ! Je vous laisse y déchiffrer les rêves d’ailleurs quelque peu banals du jeune écrivain.
Autour de ces deux personnages se croisent et recroisent, avec une adresse coutumière à Hugo, mais impressionnante si longtemps avant la maturité un grand nombre d’histoires : citons les efforts du père d’Ethel (le comte de Graffenfeld, un personnage historique) pour se disculper du crime de lèse-majesté qui l’a fait emprisonner à vie ; le destin malheureux du fils de Han ; les ambitions déçues d’un bourreau de province ; la grâce de douze condamnés ; un imminent mariage aristocratique ; les intrigues de quelques grands scélérats ; une révolte de mineurs ; et les changements agitant la Norvège, entre les survivances païennes et autarcique des âges sombres et le triomphe d’un état centralisé appuyée sur la religion du Christ blanc.
Les intersections fréquentes et les résonances subtiles entre ces différentes trames occuperaient un volume au moins aussi large que le roman, et forcent l’admiration, même si tout cela, dans l’ensemble, n’est pas très intéressant comparé à l’Imanûs qui tue des gens avec son ours.
Riche en prémices de la grandeur hugolienne, le récit annonce aussi ses bassesses à venir par quelques pages confondantes de bêtise sur ma peine de mort. Assez hypocrites d’ailleurs puisque Victor prend soin de perdre tous les méchants sans que les gentils aient à se salir les mains (on a, certes, quelque peine à imaginer un happy end avec Han d’Islande en liberté). Avouons cependant que les différents retournements de situations permettant cette résolution sont jubilatoires, ironiques, adroits et reposent sur des éléments loyalement présentés tout au cours du récit ; Hugo raconte plus honnêtement qu’il ne pense.
Allons, voilà un livre qui ne m’a pas fait changer d’opinion sur son auteur. Cela mérite bien une bonne note. (