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L'Espagnol by Bernard Clavel
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L'Espagnol

by Bernard Clavel

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Il aimait à l’entendre parler de la terre. D’abord, ce qu’il disait était utile, et puis il y avait le plaisir. Le vieux ne savait guère parler que de la terre, mais, au moins, il en parlait bien. Les mots lui venaient comme une eau claire qui sort d’un rocher. Parfois, il arrivait même à Pablo de l’entendre sans plus faire attention à ce qu’il disait. C’était comme une musique venue d’entre terre et nuit, d’entre ciel et vent. Pablo se laissait aller à rêver, et il se disait que c’était le jour finissant qui l’accompagnait, en lui racontant des histoires. (p. 278, Chapitre 33, Troisième partie).
Ici, la guerre était passée. Elle avait suivi sa route, dont Pablo s’était écarté. Elle avait laissé des décombres, des cadavres, des places vides. Mais elle était partie. (p. 389, Chapitre 48, Sixième partie).

Bernard Clavel, c’est pour moi l’humanisme à hauteur d’homme, l’humanisme du quotidien que j’ai découvert adolescente dans le roman Miséréré puis dans le petit opuscule Le Massacre des Innocents. J’avais envie d’un livre facile à lire, reposant, et quand je suis tombée sur ce livre dans une des rares librairies où je peux trouver des livres en français, je me suis dit, pourquoi pas. Les livres d’occasion portent bien leur nom, on tombe sur des livres auxquels on n’avait pas pensé, dont on n’a même parfois jamais entendu parler et on se dit « tiens, pourquoi pas ? », l’occasion fait le larron. Et un roman de Bernard Clavel me semblait pouvoir être ce livre facile et reposant que je cherchais, c’est-à-dire une histoire basée sur une pensée simple et exaltante, sans être naïve (voilà à gros traits mon idée des livres reposants…).

J’étais curieuse de voir ce que Bernard Clavel dirait sur le Jura, sa région d’origine. Et me voilà donc plongée par inadvertance dans la vie d’un petit village de basse montagne, alors que la Seconde Guerre Mondiale débute. Les descriptions du paysage et du travail de la terre traversent le livre, lui donnant un rythme relativement lent, voire immobile, qui se marie bien avec le sujet et cette vie qui s’égraine comme un cycle au rythme des saisons et du travail qui emplit tout entier et ne laisse pas le temps à la pensée d’errer et de torturer. Je me suis demandée, avec un petit sourire interrogateur, ce que le précédent propriétaire de ce livre, s’il était mexicain, avait bien pu penser de la description du vin jaune et de sa consommation presque religieuse, en tout cas ritualisée, et s’il avait vraiment cru que cela existait, des vins que l’on boit avec des noix et du comté, ou s’il a cru à une affabulation de l’auteur...
Alors voilà cette histoire, celle d’un Espagnol, appelé de manière presque anonyme Pablo, archétype des Espagnols ayant fui leur pays après la défaite de 1936, parce qu’il était du mauvais côté de l’idéologie. Après quelques années dans les camps en France (une réalité que je ne soupçonnais pas et que j’ai découverte récemment dans la bande dessinée L’Art de voler d’Antonio Altarriba), le voilà envoyé comme ouvrier agricole dans une ferme du Jura. Lui le citadin marqué de façon indélébile par la guerre dans son pays se met peu à peu à aimer cette terre, à la comprendre, à s’y couler. Le travail physique et la fatigue qui l’accompagne l’empêchent de penser et lui évitent de ruminer les souvenirs qui ne l’ont pas quitté depuis sa fuite et depuis la fin de la guerre. Reprend-t-il goût à la vie comme le proclame la quatrième de couverture, je n’en suis pour ma part pas sûre, mais il apprend à remplir ses jours, à les utiliser, faisant du travail agricole un anesthésiant plus qu’un pansement : « Il savait qu’il n’aimerait plus jamais. Il avait aimé Mariana. Il avait aimé l’enfant qu’elle portait dans son ventre et que la mort avait pris en même temps qu’elle. Maintenant, il n’était plus question d’aimer. Pablo vivait. Il acceptait de vivre, c’était tout. Et il vivait ici parce que le hasard l’avait fait échouer ici. Il s’y trouvait bien. Il ne souffrait ni du froid ni de la faim et la fatigue était devenue pour lui une alliée. Il le savait. Il tenait à elle comme un malade tient au médicament qui calme sa souffrance. » (p. 149, Chapitre 15, Première partie).
Mais la guerre, qui pourtant semblait passer loin de ce petit village en marge de tout, le rattrape, et se pose alors la question de reprendre les armes. Pacifisme, lassitude, lâcheté, chacun donnera le nom qu’il souhaite à l’attitude de Pablo, mais l’on sent un peu de Giono dans cet homme venu du Sud, dans son attitude face à la guerre, lui qui en a vu une en face. Et il se remémore un camarade, « un de ceux qui avaient été tués près de Madrid, au moment où beaucoup avaient vraiment compris ce qui se passait. C’était un homme d’une cinquantaine d’années qui répétait toujours : « Il n’y a qu’une vraie raison de se battre, une seule ; c’est l’espoir que la guerre qu’on fait sera la dernière. Seulement, une fois qu’on sait qu’il n’y aura pas de dernière, qu’une guerre en prépare une autre, alors là… » (p. 394-395, Chapitre 49, Sixième partie).

J’ai beaucoup aimé les deux premiers tiers du livre, là la terre est un personnage aussi important que Pablo lui-même. La fin du livre, depuis l’irruption de la guerre dans le quotidien de Pablo jusqu’à la chute finale m’a par contre semblée moins convaincante, un peu bâclée même pour tout dire, alors que c’est probablement là que Clavel veut mettre l’essentiel de son message pacifiste, et où il fait vivre à Pablo des scènes que lui-même a vécu pendant la guerre et qui ont forgé sa conviction de pacifiste.
Le livre demeure tout de même intéressant, sans être de trop haut vol, juste ce qu’il me fallait de réflexion et de simplicité. Peut-être devrais-je lire plus souvent Bernard Clavel, sans attendre de le découvrir par surprise au détour d’une pile de livres sentant la poussière chez un bouquiniste branché de la Calle Álvaro Obregón !
  raton-liseur | Oct 3, 2013 |
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