Raton-Liseur - Lectures de 2014

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Raton-Liseur - Lectures de 2014

1raton-liseur
Jan 15, 2014, 10:14 am

Qui dit nouvelle année dit nouvelle liste de lecture, c’est donc chose faite.
Toujours pas de grandes ambitions livresques pour cette année, seulement l’ambition de me faire plaisir, tant avec des valeurs sûres qu’en explorant des nouveautés.
Je continuerai probablement par ailleurs les lectures audio que je recenserai dans une liste de lecture dédiée. Et puis j’espère continuer (et pourquoi pas boucler) le tour du monde entamé au travers de récits de voyages, même si ce défi de lecture est officiellement clos. Enfin, j’ai bon espoir de mener à bien le défi sur les Prix Nobel de littérature, puisque j’ai déjà recensé sept livres sur les douze que je me suis engagée à lire pour ce défi qui s’achève seulement à la fin de l’année 2014.
De belles lectures en perspective, donc, et de beaux vagabondages livresques à partager ici sur BiblioChose !

2raton-liseur
Edited: Jan 28, 2014, 8:57 am

1. Une Mer de lin bleu - Joël Raguénès
Vous êtes comme Père ! Pour vous, le lin, c’est la toile, les crées, et ça s’arrête là. D’ailleurs, c’est certainement pour cela que, d’année en année, Père diminue les surfaces qu’il en cultive. Il ne s’intéresse qu’au fil et à la toile, pas à la plante, pas au lin lui-même. Vous, c’est pareil. Lorsque vous parlez de céréales, vous pensez prix de vente du setier d’orge ou de froment. Moi, je vois le blé en herbe, des épis que dorent le soleil de juillet et qui ploient vers le sol. Et quand je pense au lin, je vois des centaines, des milliers de ces jolies petites fleurs bleues qui éclosent toutes en même temps, au mois de juin.
(p. 251-252, Chapitre 31, Partie 2, “Printemps 1672, entre toiles et voiles”).

Je n’ai pas fait exprès d’acheter ce livre alors que des manifestants remettaient au goût du jour la révolte de Bonnets Rouges. Ce n’est d’ailleurs que le sujet du dernier tiers de ce roman historique, et pas le plus important à mon avis, mais j’y reviendrai.
Le titre parle de lui-même, ce livre traite de ce qui a fait de la Bretagne une des provinces les plus riches de France au soir du XVIIème siècle. Le textile et le commerce. En effet, le lin et le chanvre étaient des cultures importantes qui nourrissaient toute une industrie paysanne de traitement et de tissage des fibres, tandis que le commerce européen de ces toiles comme d’autres produits tels que le beurre salé (eh oui, déjà) faisait naître toute une classe de commerçants et de grands armateurs. Mais le propos va au-delà, et décrit le contexte politique qui accompagne cet essor. D’abord ce que certains appellent la première mondialisation, avec les échanges intra-européens qui s’intensifient et le commerce transocéanique qui s’organise. Une anecdote rapportée par Joël Raguénès mais que je ne saurais vérifier illustre bien cette mondialisation : les voiles qui ont porté les caravelles de Christophe Colomb jusqu’aux Amériques étaient bretonnes ! Ensuite, un contexte français, alors l’avènement de l’absolutisme, et la façon dont Louis XIV et son ministre Colbert prennent le contrôle du territoire, même des Provinces d’Etat, régions récemment rattachées à la couronne et qui avaient gardé, par traités une large autonomie. Le traité de 1532 entre la Bretagne et la France sont ainsi foulés au pied de fait par Colbert qui impose des impôts que seuls les Etats de Bretagne pouvaient officiellement décider. Si ce traité n’est officiellement aboli qu’à la Révolution française, l’absolutisme en a été le véritable fossoyeur.

J’ai donc appris beaucoup au cours de cette lecture, et j’ai vraiment apprécié cette lecture facile et instructive. Cependant, je dois bien avouer que je n’ai pas été conquise par le style et l’histoire en tant que telle. De fait, l’histoire est plutôt inexistante, et les péripéties (si tant est que ce mot soit employé ici à juste titre) sont trop clairement au service d’un exposé historique pour que l’on puisse parler d’intrigue. De même, les dialogues sont nombreux mais, au lieu de rendre vivant le texte, ce sont en fait des exposés historiques déguisés sous la forme de dialogues, avec des analyses des décisions de Colbert par les personnages ou bien des exposés sur le fonctionnement du commerce des crées, noyales et autres bretagne (nom des différentes toiles, selon leurs qualités et leur provenance).
Et, si les premières parties ont lieu en 1671 et 1672, la dernière partie se situe en 1675, au moment de la révolte de Bonnet Rouges. Elle apparaît déconnectée du reste, et aussi beaucoup moins travaillée puisque l’on a un mélange de livre d’histoire (avec par exemple un extrait des lettres de Madame de Sévigné qui vient couper la narration alors que les protagonistes n’ont aucune raison de la connaître) et de roman, le tout s’agençant assez mal. Alors certes, ce n’est pas inintéressant, et ici encore j’ai appris pas mal de choses que j’ignorais. Notamment, le fait que c’est peut-être bien plus la taxe sur le tabac que celle sur le papier timbré qui a mis le feu aux poudres, moins glorieux mais plus crédible, même si l’auteur fait dire à l’un de ses protagonistes bourgeois : « L’année précédente, [Colbert] avait instauré également [une taxe] d’un sol sur chaque pièce d’étain et une autre sur les papiers de toutes sortes, dont le papier timbré. Un sol la fleur de lys apposée sur les papiers officiels, c’était se moquer du monde ! » (p. 298, Chapitre 36, Partie 3, “1675, l’année terrible”)... Les peurs étaient telles alors que les révoltés avaient décidé que serait punie toute personne qui hébergerait (sic) la Gabelle ou ses enfants ! Alors les cris étaient très policés, « Vive le roi sans taxe et sans gabelle ! » (p. 347, Chapitre 41, Partie 3, “1675, l’année terrible”), mais la révolte fut violente et sanglante, et marqua le début du déclin de la grande province de Bretagne.
En définitive, en livre intéressant pour ceux qui connaissent peu cette période de l’histoire régionale et qui veulent mieux la comprendre, mais il faut savoir passer au-dessus des défauts narratifs trop criants. Pourtant, je le répète, malgré tous ces travers qui m’ont agacée, j’ai passé un agréable moment de lecture et il m’a été difficile de poser le livre une fois commencé.

3raton-liseur
Edited: Jan 28, 2014, 8:57 am

2. Nietzsche, crearse libertad (Nietzsche : se créer liberté) - Michel Onfray (Texte original), Maximilien Le Roy (Adaptation) ; traduction d’Elena Martínez Bavière
– Justamente, revelar todo esto, decirlo, contarlo, explicarlo, es la tarea del filosofo: mostrar la naturaleza trágica del mundo y ofrecer soluciones para vivir en él y para alcanzar la felicidad.
– ¿Y la solución es amar nuestro destino?
– Así es: puesto que no tenemos elección, amemos lo que está por venir, lo que nos librea de toda espera.

(p.76).

Je ne suis pas sûre que philosophie et bande-dessinée fassent bon ménage. Sachant que je ne lirai jamais l’ouvrage de Michel Onfray mais intéressée, ou du moins fortement intriguée, par le personnage de Nietzsche, je me suis laissée tentée par cette adaptation graphique de Maximilien Le Roy. Je dois dire d’emblée, à la décharge de l’auteur, que je l’ai lue en espagnol, et que cela rajoute possiblement une difficulté non négligeable dans ma compréhension philosophique.
Je ne sais à qui est destinée cette œuvre, les néophytes y manqueront de repères pour comprendre qui parle, dans quel contexte, et cætera ; les initiés y trouveront probablement peu d’informations nouvelles. Encore une fois, je n’ai pas lu le livre de Michel Onfray, mais j’ai la sensation que le travail de Maximilien Le Roy s’est surtout concentré sur la traduction graphique des thèses d’Onfray. Si cela donne un résultat visuel que certains peuvent trouver intéressant, cela manque sérieusement d’explication et laisse beaucoup trop de place à l’interprétation pour la rationnelle que je suis.
Cette bande dessinée est ma deuxième tentative en peu de temps de m’initier au travail de Maximilien Le Roy sur les grands penseurs qui nous ont précédé, il me faut me rendre à l’évidence, si je ne nie pas que certains puissent être intéressés par ce travail tant intellectuel que graphique, pour ma part il est certain que je ne fais pas partie du public à même de l’apprécier.

* Tentative de traduction :
« – Exactement, révéler tout ça, le dire, le raconter, l’expliquer, c’est la tâche du philosophe : enseigner la nature tragique du monde, puis donner des solutions pour y vivre et parvenir à la joie.
– Et la solution, c’est d’aimer notre destin ?
– Oui : puisque nous n’avons pas le choix, aimons ce qui est à venir, ce qui nous libère de toute espérance. »

4raton-liseur
Jan 24, 2014, 10:14 am

3. Le Goût de la tomate - Christophe Léon
Ce tout petit livre était coincé sur l’étagère pour tous jeunes lecteurs de la librairie où je faisais des réserves pour les mois à venir... L’ayant découvert au détour d’une critique de lecteur sur internet, je me suis dit que ce pourrait être un bon premier livre de “science-fiction” pour mon nouveau lecteur fait maison, mais j’ai voulu y goûter moi-même avant pour pouvoir en accompagner sa lecture.
Et je crois que j’ai vraiment été surprise par la qualité du texte. Il évoque à mots à peine couverts les abus d’un Etat totalitaire et l’importance de savoir résister en continuant à vivre selon ses propres principes et valeurs. On saura peu de choses de ce monde dystopique, seulement ce qui est indispensable à l’histoire, à charge pour le lecteur d’imaginer le décor tout autour. On sait seulement que l’Etat contrôle les jardins et l’alimentation (pourquoi ? quels sont les autres domaines où il s’impose ainsi ?...), mais Marius prendra tous les risques pour faire pousser quelques plants de tomate pour que son fils Clovis connaissent le goût de la liberté, et celui d’une vie qui continue à être libre dans les pensées si ce n’est dans la société.
Goût de tomates mûries à l’abri d’une fenêtre, qui n’aura pas tout le goût d’un fruit gorgé de soleil mais qui aura celui de la liberté…
Si l’amour entre le père et le fils donne une douceur indéniable au récit, l’ambiance en est lourde, entre délation possible et mère en fuite. Et la fin reste ouverte, comme dans les meilleures nouvelles. Ces deux éléments me font penser que, si j’avais été libraire, je n’aurais pas mis ce livre là où je l’ai trouvé. Il faut une bonne dose de réalisme mais aussi une bonne capacité critique et d’analyse pour pouvoir digérer cette lecture qui est loin d’être anodine.
J’attendrais donc probablement un an ou deux avant de partager ce livre avec P’tit Raton. Mais en attendant ce moment, j’ai beaucoup apprécié cette lecture qui m’a fait mesurer encore une fois l’importance de l’éducation et des valeurs que l’on transmet, pour que ce monde n’arrive pas, alors qu’il n’est peut-être pas si loin de nous, de moi ou de mes enfants. Un appel à une résistance morale qui s’adresse à tout lecteur de 7 à 77 ans et au-delà, un très beau livre qui laisse place à l’interprétation et à l’imagination.

5Louve_de_mer
Edited: Jan 25, 2014, 8:28 am

Je viens d'aller voir la bibliographie de Christophe Léon, voilà un auteur que je n'aurais pas hésité à faire lire à mes enfants !

6raton-liseur
Jan 27, 2014, 9:53 am

#5 - Oui, à explorer. Et la littérature pour enfants n'est pas que pour les enfants, j'aime toujours autant en lire, voire plus car je ne me souviens plus d'un tel choix de livres dans ma (lointaine ?) enfance, alors je me rattrappe !

7raton-liseur
Jan 28, 2014, 8:56 am

4. Agaguk - Yves Thériault
L’essentiel en ce pays étrange était la ruse.
Condition de vie, condition de survie. A la ruse des bêtes dont on tire tout, opposer sa ruse à soi, humaine, mais délibérément ravalée au niveau animal.

(p. 201, Chapitre 31, “Pilayi - Les bouchers”).
Il eût voulu s’asseoir à ses côtés, savoir faire quelque geste tendre, mais il n’avait jamais appris ces choses, et d’en sentir tout à coup l’impérieuse nécessité le mettait mal à l’aise. Il trouvait des mots, pas ceux qu’il eût voulu dire, mais d’autres, bien simples, ne signifiant rien. Il mettait pour les dire un ton nouveau, presque caressant.
– Tu veux du thé ?

(p. 93, Chapitre 13, “Isuk - La fin”).

Classique de la littérature québécoise récente, ce livre demeure pour moi assez énigmatique. Ce qu’en dit Thériault, cité sur la quatrième de couverture, semble la meilleure description que l’on puisse en faire : « Je n'ai pas voulu écrire autre chose qu'un roman du Grand Nord en écrivant Agaguk. Ceux qui ont voulu y voir un réquisitoire ou une apologie de la vie arctique se trompent tous. ».
En effet, quelques jours après avoir lu ce livre, au moment d’écrire cette note de lecture, je ne peux toujours décider quel est le message de l’auteur. L’écriture est en effet relativement objective, elle se contente de dérouler les faits, sans aucune analyse ni prise de position. Si les réactions des protagonistes peuvent sembler étranges considérées depuis notre référentiel occidental, elles ne sont jamais commentées ni jugées, que ce soit pour en faire l’apologie ou les dénigrer. Relativisme culturel avant l’heure ? Surtout lorsqu’il est question de battre sa femme ou de décider si une fille nouveau-née doit vivre ou mourir ? Je ne crois pas non plus. Il me semble plus que ce livre se veut un témoignage, une relation de ce qu’est cette culture aux lisières du cercle polaire arctique, de ce qu’elle a été et qu’elle est en passe de ne plus être.

Ce livre se passe dans les années quarante ou cinquante, alors que déjà les changements se font sentir au contact d’une culture occidentale qui se fait plus présente. Agaguk, le héros éponyme, n’est déjà plus l’esquimau qu’étaient ses aïeux, lui qui veut vivre en solitaire, loin de sa tribu, gagné par cet individualisme qui est la marque des blancs. Pourtant, pour vivre ainsi seul, il faudra qu’il use d’une connaissance de la nature et des animaux élaborée par des générations et des générations avant lui. C’est ce début de mutation qu’Yves Thériault raconte, dans un style sobre et sans parti-pris.
Ce fut une belle lecture, à la fois instructive et plaisante, malgré la violence de certaines scènes. Une écriture au plus près des personnages, dont la seule poésie est celle de la simplicité et des besoins essentiels comblés chaque jour. Agaguk est accompagné d’Iriook, sa compagne, un personnage féminin au fort tempérament, elle aussi premier chaînon de cette mutation en train de se dessiner, et ce couple devient le trait d’union entre le lecteur lisant au chaud sous ses couettes et ce peuple esquimau dont il ne sait probablement pas grand-chose et qui pourtant vit la même vie que lui, une vie où il faut se nourrir et s’abriter, une vie qui transmet la vie, une vie fière, une vie qui fait face à l’adversité. Une vie qui peut à peu s’éveille à ce qui la transcende et lui donne un sens.
C’est peut-être cela qu’Yves Thériault a voulu écrire, un message d’universalité, de fraternité qui fait fi des différences culturelles qui pourraient apparaître comme insurmontables. Mais aussi l’espoir que chacun peut choisir son destin, chacun en tant qu’individu et chacun comme représentant d’une société, d’une culture qui n’est pas figée mais qui doit continuer d’évoluer, de s’adapter.
Au moment où j’écris cette note, je me prends à penser à deux grands hommes que j’ai entendu citer récemment. L’un est Paul-Emile Victor qui s’émerveille de la capacité des esquimaux à avoir su répondre aux exigences de la vie dans un environnement aux ressources si limitées : de l’eau (ou de la glace), parfois un peu de bois, des rênes ou des phoques, des poissons. Et ils peuvent combiner ces éléments de tant de façons différentes qu’ils peuvent se vêtir, s’abriter et se nourrir. C’est exactement cela que décrit Thériault, ces combinaisons sans nombre qui permettent qu’une génération remplace la suivante, toujours. L’autre est Claude Lévi-Strauss qui, dans une conférence sur « Race et Histoire » dans les années cinquante, estime que les cultures ne peuvent rester repliées sur elles-mêmes, elles se doivent d’échanger, mais doivent aussi se montrer réticentes dans cet échange, au risque de perdre leur spécificité et de ne plus rien avoir à échanger. Il me semble que c’est aussi ce qu’illustre Thériault, une culture qui change, mais qui demeure irréductiblement elle-même.
Un livre qui mérite d’être découvert bien au-delà du cercle polaire ou des frontières du Québec. Un livre qui mérite d’être le classique qu’il est, et dont je lirai avec plaisir les deux suites, l’histoire de Tayaout fils d’Agaguk et celle de Agoak fils du fils d’Agaguk, l’homme qui est maintenant chanté dans les veillées, comme il le rêvait, même s’il ne pouvait s’imaginer que ce serait dans les veillées des blancs dans des maisons en pierre et dans les pages d’un livre qu’on le chanterait.

8raton-liseur
Edited: Jun 1, 2014, 7:55 pm

5. Long John Silver - Xavier Dorison (Scénario) & Mathieu Lauffray (Illustrations)
Tome 1 sur 4 - Lady Vivian Hastings
Tome 2 sur 4 - Neptune
Tome 3 sur 4 - Le Labyrinthe d’émeraude
Tome 4 sur 4 - Guyanacapac

Misère au port, bagne sur le pont, enfer de l’au-delà, il n’existe pour ces pauvres hères aucun espoir d’une vie meilleure. La terre ferme ne leur offre rien de plus que la mer.
(planche 1, tome 2).
Une bande dessinée qui reprend le personnage de Long John Silver et certains de ses acolytes, pour leur faire vivre, trente ans après l’épisode de Stevenson, une nouvelle chasse au trésor, qui les mènera cette fois dans les méandres de l’Amazone.
Les dessins sont plutôt beaux et bien travaillés, mais l’histoire m’a semblée quelconque. Et je dois avouer que j’ai peu aimé le virage vers le fantastique opéré dans le dernier tome, et qui m’a un peu gâché ma lecture...
Mais il faut probablement une connaissance de L’île au trésor meilleure que la mienne, pour pouvoir profiter de toutes les références et allusions au livre de Stevenson, auquel les auteurs veulent explicitement rendre hommage. Ma lecture remonte en effet à une lecture obligée en classe de 5ème, et je ne me souviens pas assez des personnages et de leur caractère pour juger de la pertinence de cette suite, ni non plus pour avoir la sensation de retrouver des personnages déjà croisés et déjà connus. Je suis tout de même sceptique quant à la jambe de bois de Long John Silver, car il n’a pas de prothèse dans L’île au trésor. S’en fait-il mettre une entre le moment où Stevenson l’a rencontré et celui où Mathieu Lauffray l’imagine ? Cela me paraît plus qu’un simple détail…
J’ai tout de même passé un moment agréable pour une lecture sans prétention et au premier degré. Je dirais même que cette lecture vaut peut-être plus pour les dessins que j’ai vraiment appréciés que pour l’histoire, plus prévisible malgré des personnages pas si univoques qu’on pourrait s’y attendre. Peut-être la relirai-je même lorsque je me serai décidée à relire le classique de Stevenson, ce qui ne saurait tarder vue la fascination de P´tit Raton pour le personnage.

9raton-liseur
Edited: Feb 4, 2014, 4:29 pm

6. A bord de l’Etoile Matutine - Pierre Mac Orlan
C’est George Merry, le capitaine de L’Etoile Matutine. Il ne fumera plus mélancoliquement sa pipe longue et pour lui, maintenant, les Espagnoles replètes n’ont plus sous leurs jupes de quoi exciter sa curiosité.
Raide et somptueux au bout de sa corde, il attire à peine le regard des passants et l’exemple de sa mort ne remplit de crainte que le cœur des faibles.

(p. 191, Chapitre 20).

Mac Graw disait encore : « La vie des hommes qui vont droit devant eux, renaîtraient-ils dix fois en dix mondes meilleurs, serait toujours semblable à la première. Il n’y a qu’une façon d’aller droit devant soi. »
(p. 24, Introduction).

J’ai lu ce livre rapidement, mais je dois avouer qu’il m’a plutôt déçue. Je voulais une histoire de mer, j’ai eu une histoire de pirates, bon soit. Mais non, pas exactement une histoire, des historiettes en réalité, puisque chaque chapitre, et le livre en compte vingt, sont autant d’histoires indépendantes les unes des autres, parfois des histoires vécues par le narrateur lui-même, parfois celles d’individus rencontrés dans une taverne mal famée ou tout autre lieu aussi louche. Ce manque d’unité de l’ensemble m’a déçue et ne m’a pas permis de rentrer dans un récit dont j’ai trouvé la construction décousue. Et en plus, j’ai pu voir passer le capitaine Flint, ainsi qu’une énième chasse au trésor. Alors peut-être que je fais une overdose de Long John Silver et de ses acolytes après avoir lu récemment une version abrégée de L’île au trésor par Stéphane Frattini puis une nouvelle aventure de Long John Silver par Xavier Dorison et Mathieu Lauffray, toujours est-il que j’aurais aimé un peu plus de nouveauté, d’inventivité. Les pirates ne se résument quand même pas à l’équipage du Walrus ! Et avec tout cela un style sans unité, oscillant entre le précieux et l’argot.
Bref, peu de nouveautés dans cette description de la piraterie alors sur le déclin, et encore moins de vraisemblance. Alors, peut-être suis-je passée à côté du propos de l’auteur, ou du moins de l’interprétation qu’en fait le préfacier de mon édition Folio, Francis Lacassin. Pierre Mac Orlan aurait voulu peindre « une Ile au trésor sans trésor, sans perroquet et sans espoir » (titre de la préface), de dépouiller la figure du pirate de tout l’apparat romanesque dont les siècles l’ont parés, pour le décrire tel qu’il est, c’est-à-dire un assassin, plus cruel que courageux, plus égoïste qu’anarchiste. Et c’est vrai que les personnages de ce roman ne sont guère glorieux et ne correspondent pas à l’image d’Epinal du pirate. Pas d’abordages intrépides, juste des prises qui capitulent à la simple vue du drapeau noir (ce qui était souvent la réalité, ni les marins des bateaux de commerce ni les pirates n’étaient assez fous pour s’engager dans des combats à l’issue incertaine mais toujours sanglante), des personnages sans foi ni loi, certes, mais pas au grand cœur, impulsifs, batailleurs, plus prompts à user de leur couteau que de leur cervelle…
Vu sous cet angle, le roman commence peut-être à avoir un intérêt, mais si il faut lire les préfaces pour apprécier un bouquin, où va-t-on ? Non, je reste sur ma première idée, pour une aventure marine ou une croisière en compagnie de pirates, on peut passer son chemin, et trouver mieux ailleurs. J’ai un autre livre de Mac Orlan dans ma bibliothèque, L’Ancre de Miséricorde, qui a l’air dans la même veine en plus, je ne sais trop quel sort réserver à ce livre après cette première pêche infructueuse…

10raton-liseur
Mar 14, 2014, 10:09 am

7. Les Jumeaux de Black Hill - Bruce Chatwin ; traduction de Georges Scali et Marion Scali
Une troisième casquette dans l'entrée, une troisième paire de bottes, un troisième couvert à table... Tout cela les aidait à se rappeler que la vie ne les avait pas entièrement oubliés.
(p. 223, Chapitre 38).
Il m’a fallu revenir de ma déception avant de pouvoir apprécier ce livre. Je m’attendais à « [une peinture de] la mort lente d'un monde rattrapé par la technique et rongé par les illusions perdues », comme promis par la quatrième de couverture, mais je n’ai rien vu de cela, puisqu’il est bien plus question de la relation entre les jumeaux du titre et de l’ambiance du village avec bien peu de référence aux changements des pratiques agricoles, et pas plus que la mention ici ou là de l’achat d’un tracteur, rare concession des jumeaux nés au siècle d’avant à la modernité. Etrangement, même l’exode rural n’est pas mentionné et, si le roman a été publié en 1982, j’ai souvent eu l’impression de lire un roman de cent ans plus ancien, avec des références aux missions en Inde plus qu’à la mécanisation.
Si l’on approche ce roman comme une chronique d’une vie agricole dans un petit village à l’écart des grands bouleversements du monde, alors il a son charme. Ces jumeaux, Benjamin et Lewis, naissent dans une famille déjà désunie, d’une mère fille de missionnaire et d’un père paysan jusqu’au bout des ongles. Inséparables, même si la relation entre les deux ne paraît pas des plus égalitaires, les jumeaux ne quitteront jamais la ferme où ils sont nés, que leur père finira par acheter et qu’eux agrandiront. Mais pourquoi travailler toute sa vie, faire fructifier son bien quand on ne vit pour personne d’autre que pour son frère qui est son miroir ? Ce roman fait très vite la part belle à la désillusion et aux occasions manquées, que ce soit la pauvre Mary qui très vite voir que son mariage n’est pas l’union heureuse dont elle avait rêvée, ou bien Lewis qui voit ses amours échouer pour un rival plus riche ou plus entreprenant.
C’est une peinture amère que Bruce Chatwin donne à lire. Amère, mais non dénudée d’une grande tendresse pour ses personnages ni, surtout peut-être, pour ce paysage coincé entre le comté de Hereford et ses imposants bovins à la renommée mondiale et le Pays de Galles pour qui les rêves d’indépendance n’ont pas fini de faire long feu. Si le livre est plein de l’amertume d’une vie passée dans une ferme où l’emplacement des cadres est depuis longtemps marqué sur le papier peint, plein de l’interrogation étonnée d’une vie qui s’est écoulée comme l’eau d’une rivière assoupie, ce n’est pas non plus un livre triste ou déprimant. Il y a de la beauté aussi dans cette renonciation et cette acceptation, et, qu’on le croit ou pas, les moments de satisfaction existent aussi pour ces jumeaux qui finalement auront vécu leur vie à l’écart des tumultes de leur siècle, comme ils l’ont voulu et décidé. Et au seuil de leur vie, il me semble qu’il faut les imaginer étonnés, certes, mais surtout sereins.

11raton-liseur
Mar 14, 2014, 10:13 am

8. Inconnu à cette adresse - Kressman Taylor ; traduction de Michèle Levy-Bram
Peut-être va-t-on trouver un moyen pour mettre fin à la misère. Quelque chose - j'ignore quoi - va se produire. On a trouvé un Guide ! Pourtant, prudent, je me dis tout bas : où cela va-t-il nous mener? Vaincre le désespoir nous engage souvent dans des directions insensées.
(p. 24, Lettre du 25 mars 1933 de Martin à Max).
Je ne peux m’empêcher de retracer rapidement l’histoire de cette nouvelle, publiée pour la première fois en 1938 aux Etats-Unis, et redécouverte par hasard et traduite en français en 1995 par les éditions Autrement. Depuis, c’est un véritable phénomène d’édition, et cette histoire est même au programme des classes de collège. Je savais qu’il s’agissait d’un échange de lettres entre les deux protagonistes, un Allemand qui se laisse séduire par le mirage nazi et son ami juif. Avec tous ces ingrédients, et le battage médiatique autour de ce livre, je pensais l’histoire écrite…
Et pourtant, j’ai été surprise par cette nouvelle et la façon dont l’intrigue se développe. Je n’en dirai rien, mais c’est une très belle découverte, et une agréable surprise d’avoir été surprise justement, malgré le caractère rebattu de ce sujet.
Ecrite un an avant que ne se concrétisent les délires guerriers d’Hitler, cette nouvelle, basée sur la correspondance de deux amis entre 1932 et 1934, montre une analyse pour le moins perspicace et peu partagée à l’époque de ce qu’était et deviendrait le nazisme. Certes, en si peu de pages, on ne saura pas pourquoi un homme, que l’on devine cultivé, probablement intelligent, se laisse prendre dans la rhétorique nazie, mais le propos n’est pas là. C’est une description efficace de ce à quoi le système qui se met en place peut conduire, et comment l’on peut devenir « inconnu à sa propre adresse ». D’ailleurs, le titre français, « Inconnu à cette adresse », est bien plus dramatique que le titre original, « Address Unknown » (littéralement « Adresse inconnue ») et semble rétablir une erreur de traduction de l’allemand, puisque les lettres non livrées à leurs destinataires portent la mention « Adressat unbekannt » (littéralement « Destinataire inconnu »).

Je voulais lire cette histoire depuis un petit moment, pour savoir de quoi il retournait plus que par véritable intérêt. C’est en la trouvant dans une braderie que j’ai fini par me laisser tenter. J’ai eu plus que ce que à quoi je m’attendais, et ce fut une bonne surprise. Cette petite nouvelle se lit vite, d’un coup d’un seul ; elle vaut le détour, et pas seulement pour les collégiens.

12Louve_de_mer
Mar 14, 2014, 1:48 pm

>8 raton-liseur: : Si si, il a une jambe de bois, je viens de relire le roman fin janvier. Regarde ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Long_John_Silver

13raton-liseur
Mar 17, 2014, 3:34 pm

#12 - Je suis allée vérifier, et effectivement, par deux fois (d'après une recherche automatique dans le texte), Long John Silver mentionne sa jambe de bois explicitement.
Pourtant, les descriptions que l'on fait de lui sont invariablement celle de "l'homme de mer à une jambe", et il est même décrit comme ainsi: "Il avait la jambe gauche coupée au niveau de la hanche, et il portait sous l'aisselle gauche une béquille, dont il usait en sautillant dessus comme un oiseau." (chapitre 8), ce qui ne fait pas penser à l'usage d'une jambe de bois. Je me suis donc peut-être laissée abuser par l'iconographie ancienne, qui représente très souvent Long John Silver sans jambe de bois, mais avec sa béquille...
Le personnage de long John Silver est donc assez complexe pour encore faire couler beaucoup d'encre et laisser la place à notre imagination !

14raton-liseur
Mar 17, 2014, 3:35 pm

9. Les immémoriaux - Victor Segalen
En pièces, le faré! En fuite les nouveaux-parleurs! qu'avaient-ils donc annoncé de profitable: qu'un dieu, quelque part dans les autres ciels, s'occupait à sauveter les hommes... mais les hommes, surtout les vivants maori, n'étaient point si pitoyables qu'il fallût s'inquiéter de leur sort, et le déplorer...
(p. 106, Chapitre 5, “Les Maîtres-du-Jouir”, Partie 1).

Un grondement de la foule étrangla sa parole, mais il reprit plus fortement:
- "Quand les hommes changent leurs dieux, c'est qu'ils sont plus bêtes que les boucs, plus stupides que les thons sans odorat! J'ai vu des oiseaux habillés d'écailles! J'ai vu des poissons vêtus de plumes: je les vois: les voici: les voilà qui s'agitent ceux que vous appelez "disciples de Iésu". Ha! ni poules! ni thons! ni bêtes d'aucune sorte! J'ai dit : Ahora-nui pour la terre Tahiti, à ma revenue sur elle. Mais où sont les hommes qui la peuplent? Ceux-ci... Ceux-là... Des hommes Maori ? Je ne les connais plus: ils ont changé de peau."

(p. 230, Chapitre 4, “La loi nouvelle”, Partie 3).
Je ne savais pas que les éditions Terres Humaines pouvaient publier des « romans ethnologiques », c’est pourtant ainsi qu’est défini le livre de Victor Segalen sur la quatrième de couverture. Ne sachant pas trop à quoi m’attendre, un peu décontenancée, j’ai commencé ma lecture avec un sentiment d’instabilité. Et ce sentiment ne s’est pas estompé au fil des pages, au contraire dirais-je.

Victor Segalen, médecin dans la Navale, est connu pour son goût de l’exotisme et son attrait pour les cultures qu’il a côtoyées au cours de ses longues escales. Ce livre, son premier roman est pourtant déroutant. Il innove, en contant les bouleversements de l’arrivée de l’homme blanc à Tahiti du point de vue des autochtones, ce qui, me semble-t-il, n’avait jamais été fait avant, au moins dans la littérature française. Mais le personnage qu’il met au centre de son récit, Terii, homme pleutre et opportuniste, a tout de l’anti-héros, ce qui me semble une bien étrange façon de célébrer la culture qui a tant ébloui Segalen.
La construction du roman, aussi, me paraît déroutante. Fidèle à l’époque à laquelle Segalen découvre Tahiti, c’est-à-dire en 1903-1904, il ne veut pas célébrer une culture disparue, mais plutôt décrire les changements subis par cette culture, dont il ne peut voir que les derniers vestiges. Pourtant, il use pour ce faire d’une pirouette qui m’a laissée sur ma faim. En effet, le livre est séparé en trois parties : d’abord la reconstitution des premiers contacts entre Polynésiens et Européens, alors que les Tahitiens se moquent bien de toutes les coutumes de ces étranges voyageurs, de leur dieu à leurs vêtements, puis un voyage de Terii et de son maître vers les îles qu’ils considèrent comme la source de la culture maori et enfin le retour de Terii, vingt ans plus tard, dans une société qu’il ne reconnaît plus et qui a adopté la religion du colonisateur et, à sa suite, bon nombre des usages européens. Avec la relation du voyage (une partie plus onirique que descriptive qui ne m’a pas convaincue, mais cela était prévisible du fait de mon côté terre-à-terre) qui sépare deux tableaux de la vie à Tahiti, Segalen montre dans une sorte de miroir inversé les changements subis par la société tahitienne en l’espace d’une génération. Mais, si le changement est frappant, le procédé littéraire m’a paru une solution de facilité pour éviter la question difficile de devoir montrer comment ce changement se fait, les ressorts de cette acculturation consentie.

Livre difficile à lire du fait des nombreuses références à la culture maori, que je connais peu, et que le contexte ne permet pas toujours de vraiment comprendre, ce texte marque cependant par sa poésie et par son respect pour une culture qui a ébloui le Brestois qu’était Segalen. Mais c’est avant tout une constatation de la mort d’une société qui avait été belle et libre, un requiem lucide et sans appel.
Un roman qui me semble peu accessible et difficile à décrypter, mais un témoignage intéressant, tant sur la société tahitienne que comme l’amorce d’un changement de point de vue de la part de certains colonisateurs.

15raton-liseur
Edited: Mar 25, 2014, 3:55 pm

10. Armen - Jean-Pierre Abraham
Patience. Choisir d'habiter près d'une lampe, c'est tout de même choisir la couleur de sa vie. Une lumière violente fait écran. Ici, entre les lueurs et les ombres on doit pouvoir avancer lentement. Peut-être vaudrait-il mieux flamber d'un coup, vivre en torche, se consumer dans un éclair de folie ?
(p. 31, “20 décembre, 17h”).
Armen, La Pierre, un des phares les plus mythiques des côtes bretonnes, dressé seul aux avant-postes de l’océan sur un caillou au large de l’île de Sein. Jean-Pierre Abraham y a été gardien de phare et c’est cette expérience qui nourrit ce roman, qui prend la forme du journal d’un gardien de phare étalé sur cinq mois (mais dont on n’a que les parties écrites pendant ses factions au phare).
Je pensais lire un livre de mer, j’ai trouvé un livre sur l’isolement et la solitude. Certes, le vent et ses coups de boutoir, la mer et ses vagues impérieuses sont là, mais ce sont la solitude et le repli sur soi qui dominent ce livre. Et surtout, c’est l’attention portée à la lumière qui l’habite. Certes, dans un phare, la lumière est importante, mais ici, ce n’est pas seulement la lumière aveuglante des lentilles de Fresnel qui parcourt ces lignes, c’est un jeu de lumières constant, des reflets sur les cuivres de la rampe d’escalier, les tons des bois lustrés. L’entretien tient une grande place dans ce roman, et le gardien de phare qui partage ses carnets vit cet entretien incessant comme la manière de faire revivre les éclats et les reflets à chacune des marches, dans chaque recoin, du phare. Entre ces temps de cirage ou de décapage qui sont une activité mécanique mais envoûtante, l’âme s’échappe dans des élucubrations douloureuses dont ce récit ne donnera pas la clef. Atmosphère étouffante, mais plus par la personnalité de celui qui écrit que par l’enfermement dans ce phare, sentiment d’une catastrophe éminente (j’ai cru, dans les premières pages que je commençais un livre à suspens, voire d’horreur, mais il n’en est rien).
En définitive, un court roman que j’aurais du mal à classer ou étiqueter. Peut-être la clef est-elle dans les deux livres que le gardien amène dans chacune de ses gardes, l’un sur les Cisterciens qui évoque l’isolement dans un lieu mais aussi en soi et l’autre sur la peinture de Vermeer, grand peintre de la lumière. Je ne sais dans quelle mesure ce récit est autobiographique, et j’ai l’impression désagréable qu’il me manque les clefs pour comprendre le propos de l’auteur. Toujours aussi imperméable à la poésie des non-dits, j’ai eu la sensation de passer à côté de ce livre, mais d’autres lecteurs plus férus de ce type de littérature pourront mieux l’apprécier que moi.

16raton-liseur
Edited: Mar 28, 2014, 1:44 pm

11. La Lampe d’Aladino, et autres histoires pour vaincre l’oubli - Luis Sepúlveda ; traduction de Bertille Hausberg
L’Hôtel Z a peut-être définitivement intégré l’album des souvenirs de tous ceux qui, comme moi, sont passés par là, ont écrit leurs noms dans le registre, occupé des chambres avec le tournoiement paresseux des ventilateurs pour seule compagnie, bu du rhum et de la cachaça, mis de l’ordre dans leurs passions et leurs idées, bercés par la pluie, et décidé de ce qu’ils allaient faire de cette foutue habitude de vivre.
(p. 40, “Hôtel Z”, dernier paragraphe).
J’aime souvent les livres de Sepulveda et la nostalgie qu’ils dégagent. Je dois avouer que cet opus de nouvelles m’a laissée sur ma faim, et je n’y ai par retrouvé l’enchantement de mes dernières lectures telles que L’Ombre de ce que nous avons été ou, pour parler de nouvelles les Rendez-vous d’amour dans un pays en guerre, qui me semblent plus réussis.
J’ai beaucoup aimé certaines nouvelles, en particulier Ding dong ding dong! Son las cosas del amor ou surtout L’arbre, mais je me suis ennuyée dans la plupart des autres.
Dommage, c’est un accroc dans ma relation livresque à cet auteur, que je ne regrette cependant pas pour les deux nouvelles que j’ai appréciées, et qui ne me fera pas renoncer à lire d’autres livres de ce très bon auteur chilien qui décrit la nostalgie de l’exil et les temps pluvieux comme pas un.

17raton-liseur
Mar 28, 2014, 1:43 pm

L’arbre, nouvelle extraite de La Lampe d’Aladino (pages 129 à 131), de Luis Sepúlveda
Sur l’île Lenox, il y a un arbre. Un. Indivisible, vertical, irréductible dans sa terrible solitude de phare inutile et vert dressé dans la brume des deux océans.
C’est un mélèze maintenant centenaire, le dernier survivant d’une petite forêt détruite par les vents australs, les tempêtes à côté desquelles l’idée de l’enfer chrétien est une plaisanterie, la lame implacable du gel qui fauche le Sud du monde.
Comment est-il arrivé dans ce domaine réservé au vent ? D’après les insulaires de Darwin ou de Pincton, il aurait voyagé dans le ventre d’une outarde, comme une semence migrante prête à germer. Voilà comment il est arrivé, qu’ils sont arrivés, se sont frayés un chemin dans les failles des rochers, ont pris racine et grandi dans la plus rebelle des verticalités.
Il y avait une vingtaine de mélèzes ou davantage, disent les vieux insulaires, ils n’ont pas atteint la moitié de l’âge de l’arbre survivant ou n’ont pas résisté plus de quelques années dans ce monde où le froid et le vent murmurent : va-t-en, sauve-toi de la folie.
Ils ont succombé l’un après l’autre avec la logique des malédictions marines. Quand le vent polaire a eu raison du premier et que son tronc s’est fendu avec un bruit terrible – comme on n’en entendra plus avant le jour où se brisera l’échine du monde, disent les Mapuches –, le dernier arbre de l’île a commencé à purger sa peine. Mais, dans les branches du compagnon vaincu, il y avait la vigueur de tous les vents auxquels il avait résisté, de tous les gels endurés, et les autres ont puisé leur nourriture dans sa mémoire végétale.
C’est ainsi qu’ils ont pris des forces et continué à défier le ciel bas de Patagonie en essayant de le toucher de leurs branches, c’est ainsi qu’ils sont tombés l’un après l’autre, inexorablement. Sans plier, refusant des agonies déshonorantes, ils se sont abattus de la cime aux racines contre les rochers, en disant aux vents assassins : je suis tombé, certes, mais comme meurt un géant.
Il n’en reste plus qu’un dans l’île. L’arbre. Le Mélèze. On le distingue à peine quand on navigue dans le détroit. Entouré de ses morts, imprégné de mémoire, temporairement à l’abri des bêcherons car sa solitude ne compense pas l’effort de prendre un bateau et d’escalader les rochers escarpés pour aller l’abattre.
Et il grandit. Et il attend.
Dans la steppe polaire, d’autres vents aiguisent leur faux de glace, elle arrivera jusqu’à l’île, mordra inexorablement son tronc et, quand sonnera son heure, avec lui mourront définitivement les morts de sa mémoire.
Mais en attendant sa fin inéluctable, il reste sur l’île, vertical altier, fier, comme l’indispensable étendard de la dignité du Sud.

18raton-liseur
Mar 28, 2014, 5:52 pm

12. Colas Breugnon - Romain Rolland
Livre lu en marge du défi de lecture « Nobel de littérature ». Voir note de lecture ici.

19raton-liseur
Mar 28, 2014, 5:53 pm

13. Vie et passion d’un gastronome chinois - Lu Wenfu ; traduction de Anne Curien et Feng Chen
Un drôle de phénomène, la gourmandise ! Elle rend les pauvres haineux au point de les pousser à casser les bons restaurants, mais dès qu’ils ont quelque argent, elle les y attire en rangs serrés, tremblants de ne pouvoir entrer ou de mal manger !
(p. 95-96, Chapitre 6, “Le goût chez les hommes”).
On entend parfois dire que la Chine est l’autre pays de la gastronomie, du moins quand on se veut un Français magnanime et large d’esprit capable d’accorder un accessit à une autre nation pour ses talents culinaires. Dans un sens, la botte de carottes en couverture de l’édition Picquier ne rend pas compte de la complexité des plus grands plats chinois, dont quelques uns sont mentionnés dans ce livre, des plats dont le seul nom peut faire venir l’eau à la bouche ou font voyager, crevettes sautées, oie braisée au marc de vin, poumons (sic) de barbeau, porc confit au sucre candi et autres soupes de nouille du petit jour.
Mais au contraire, le simple fait d’ériger en œuvre d’art une botte de carotte montre le profond enracinement de la gastronomie dans la culture chinoise. Et si au premier abord on peut croire que Lu Wenfu aborde l’histoire mouvementée de son pays dans la seconde moitié du XXème siècle par le petit bout de la lorgnette, ce serait faire peu de cas de ce qu’est l’art de manger et l’art du banquet en Chine. Au contraire, Lu Wenfu ne craint pas de s’attaquer à un monument, une institution, et si son propos peut paraître inoffensif (une bonne façon de tromper une censure plus ou moins implicite ?), et les lecteurs ne s’y sont pas trompé puisque, comme le signale la préface, ce livre a fait grand bruit au moment de sa sortie en Chine.
Il est possible que le lecteur occidental lambda (au nombre desquels je me compte) ayant un peu de mal à décrypter toutes les allusions, allégories et sous-entendu ait du mal à voir à quel point ce livre a pu être subversif, mais ce sentiment est compensé par la sensation d’exotisme à l’évocation de tous les plaisirs culinaires de la douce ville de Suzhou.

Voilà donc un roman assez court, qui balaie environ quarante ans de l’histoire de Chine en comptant les péripéties de l’affrontement entre Zhu Ziye, spéculateur avant la révolution qui continuera à jouir de sa fortune même si pour cela il devra apprendre à se cacher et Gao Xiaoting, communiste convaincu, pauvre mais lettré, qui abhorre la cuisine fine, emblème de la différence de classe et se retrouve par un coup du sort directeur du restaurant le plus renommé de Suzhou, une ville déjà elle-même renommée pour ses spécialités gastronomiques.
On vivra par les yeux de ces deux personnages l’arrivée du communisme, le Grand Bond en Avant et la victoire de la vie en communauté et de l’utilitarisme, puis la Révolution Culturelle et ses dérives, puis tous les soubresauts qui se succèderont, jusqu’à enfin les prémisses du capitalisme à la chinoise. On pourrait croire qu’à l’issue de tous ces évènements on ne fait que revenir à la situation initiale, avec les mêmes restaurants, la même cuisine, et finalement à peu près les mêmes riches et les mêmes pauvres. Ce n’est peut-être pas tout à fait faux, et c’est la continuité culturelle qu’incarne la gastronomie, mais les choses ne sont pas tout à fait les mêmes non plus, de nouveaux plats apparaissent, et les personnages ont évolué. Lu Wenfu veut-il nous dire que c’est cela la Chine éternelle, à la fois semblable et différente de ce qu’elle était il y a un demi-siècle ? Peut-être, mais ce serait probablement réduire son propos que de se limiter à cette interprétation.
C’est en tout cas une ode à la Chine qu’il aime, celle des plaisirs du palais, des encas achetés au coin de la rue, celle d’une culture qui s’enracine dans un passé riche et continue à évoluer et à se transformer. Une lecture très agréable, facile, qui peut sembler légère alors qu’elle dit beaucoup. Une très bonne découverte, et une envie de voir s’il n’y a pas un restaurant chinois qui proposerait des spécialités de Suzhou près de chez moi…

20raton-liseur
Apr 18, 2014, 1:10 pm

14. Une Journée d’Ivan Denissovitch - Alexandre Soljenitsyne ; traduction de Lucia Cathala et Jean Cathala
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Nobel de littérature ». Voir note de lecture ici.

21raton-liseur
Apr 18, 2014, 1:12 pm

15. Les Lunes de Jupiter - Alice Munro ; traduction de Colette Tonge
Livre lu en marge du défi de lecture « Nobel de littérature ». Voir note de lecture ici.

22raton-liseur
Edited: Apr 18, 2014, 1:15 pm

16. Le Bateau-usine - Takiji Kobayashi ; traduction d’Evelyne Lesigne-Audoly
Afin que tout soit irréprochable et que rien ne vienne gripper l’engrenage, ils sélectionnaient des travailleurs dociles qui ne s’intéressaient pas aux syndicats. Mais finalement le « travail » tel qu’il était organisé à bord des bateaux-usines aboutissait au résultat inverse de celui qu’ils recherchaient. Les conditions de travail intolérables poussaient irrémédiablement les travailleurs à se rassembler, à se syndiquer. Les capitalistes tout « irréprochables » qu’ils fussent, n’avaient malheureusement pour eux pas assez de discernement pour comprendre ce paradoxe. C’est presque comique, envisagé de ce point de vue. S’ils avaient voulu faire exprès de mettre ensemble des travailleurs non encore syndiqués et les pires soûlards pour leur donner le mode d’emploi du rassemblement, ils ne s’y seraient pas pris autrement.
(p. 98-99, Chapitre 8).
« Le bègue lança : « Pour la grève : Banzai ! » Le cri fut repris en chœur par trois cent hommes, trois fois de suite. » (p. 124, Chapitre 10) Le bateau-usine fait des conserves de crabe, et c’est lui faire honneur que de le comparer à une galère. Les conditions de travail sont inimaginables (au sens littéral, je ne peux pour ma part m’imaginer que ce qui est décrit est réel), les pêcheurs et les travailleurs sont traités avec une inhumanité poussée à l’extrême, peu importe les pertes humaines tant qu’elles meurent en travaillant encore. L’intendant qui représente la compagnie affréteuse incarne le système capitaliste poussé à son paroxysme, où les intérêts financiers d’un petit nombre sont plus importants que la vie du plus grand nombre. Dans ce contexte, le mécontentement sourd, la révolte prend forme.

Il est intéressant de lire la postface pour comprendre un peu mieux le contexte dans lequel ce livre a été écrit. L’auteur, Takiji Kobayashi, a laissé peu d’œuvres littéraires, d’une part du fait de son engagement actif pour la cause communiste et d’autre part du fait de sa mort prématurée à l’âge de 29 ans, suite à un interrogatoire de police dont on peut imaginer les conditions. On était en 1933, une période marquée au Japon par un expansionnisme militaire à tout va et un conservatisme social qui ne souffrait guère les remises en cause.
La Bateau usine est son œuvre la plus connue, tant à l’époque de l’auteur qu’aujourd’hui, suite à une redécouverte en 2008 par les jeunes générations touchées par la crise économique et cherchant de nouvelles marques dans une société japonaise en besoin de mutation.

Il me faut avouer que cette lecture ne m’a pas captivée. J’ai trouvé le trait trop forcé, mais je ne sais si c’est l’auteur qui noircit le tableau ou moi qui suis trop naïve. Par ailleurs, le traitement narratif m’a peu plu. Un peu trop didactique et prévisible, me donnant la sensation de lire une œuvre de propagande. Mais aussi un manque de continuité dans la narration, et une fin que je ne peux m’empêcher de trouver bâclée puisque l’on ne saura pas comment se passe la seconde révolte, qui elle réussira, après avoir suivi l’échec de la première.
En lisant l’analyse littéraire en postface, expliquant au lecteur en quoi cette œuvre est fantastique, j’ai compris pourquoi je n’en avais pas apprécié la lecture : tout ce qui y est décrit comme de splendides trouvailles littéraires et tout ce que je déteste en général : Kobayashi aurait voulu utiliser dans ce court roman les procédés du cinéma récent, et aurait voulu mettre en pratique les valeurs communistes : des plans fixes qui se succèdent, sans pour autant assurer une continuité narrative ; pas de personnages qui ressortent, mais une description de la foule, du groupe comme une entité en soi, et j’en passe.

Je comprends donc à la fin de cette lecture que ce livre n’était pas fait pour me plaire. Ne pouvant juger de sa valeur en tant que témoignage d’une situation qui a réellement existé, je n’ai pas non plus su l’apprécier pour son éventuelle valeur littéraire. Cela reste cependant pour moi une lecture intéressante. Intéressant de lire un roman japonais qui tranche par rapport aux livres emblématiques comme ceux de Kawabata ou Soseki, et qui m’a fait découvrir une autre facette de la littérature de ce pays, plus en prise avec la réalité sociale ; intéressant aussi de lire un livre qui a eu un tel succès au Japon dans les dernières années, cela jette une lumière inattendue sur les tensions et les questionnements qui agitent cette société que je connais très mal pour ne pas dire pas du tout.
Une lecture instructive donc, utile peut-être, mais je m’arrêterai là.

23raton-liseur
Apr 18, 2014, 1:19 pm

17. White party - Gilles Leroy
Pour fêter son quatre-vingtième anniversaire, Air France a demandé à une douzaine d’écrivains français en vogue d’écrire une nouvelle sur le voyage. Chaque mois, le magazine d’Air France en propose une, et elles seront réunies d’ici quelques mois dans un même volume à paraître aux éditions Gallimard. White party est la nouvelle du mois de février, et je dois avouer que Gilles Leroy, auteur que je n’ai jamais lu mais dont je savais qu’il avait reçu le prix Goncourt pour Alabama song, un livre sur Zelda Fitzgerald, ne s’est pas foulé.
Il nous livre une description plate de ses quelques jours à Montgomery, où il a visité la maison des Fitzgerald et a écrit l’épilogue de son livre. Il donne une vision amère de ces moments, de sa rencontre ratée avec le président du club des amis de Fitzgerald, figé dans une glorification du passé et des années folles que n’approuve pas Gilles Leroy. J’ai trouvé tout cela convenu et sans intérêt, une façon de faire de la publicité pour un livre paru il y a tout de même six ans, il serait temps de passer à autre chose, et certainement une production littéraire. N’est pas maître de la nouvelle qui veut, mais là c’est un peu prendre les lecteurs pour des consommateurs et cela s’appelle du placement de produit. Je n’avais jamais lu Gilles Leroy, cette lecture ne me le rend pas sympathique et ne me donne pas envie de le lire…

24Cecilturtle
Apr 21, 2014, 2:47 pm

#17 - c'est dommage pour la nouvelle, mais ce serait se priver d'un excellent livre : je suis tombée sur Alabama Song par hasard il y a quelques années et j'ai adoré. Ça m'a notamment donné envie de lire des nouvelles de Zelda Fitzgerald (j'avais beaucoup lu F. Scott mais pas elle) et j'ai pu d'autant plus apprécier ses récits.

25raton-liseur
Apr 28, 2014, 10:51 am

# 24 - Cecilturtle, je note, au cas où je change d'avis... Merci !

26raton-liseur
Apr 30, 2014, 9:33 am

18. La Mouette - Anton Tchekhov
Arkadina – Quoi de plus ennuyeux que ce charmant ennui campagnard ? Il fait chaud, tout est calme, on ne fait rien, chacun raisonne… On est bien avec vous, mes amis, il est agréable de vous écouter… Mais rester dans sa chambre d’hôtel et étudier un rôle, c’est tellement mieux !
(p. 31-32, Acte II).
J’ai découvert il y a quelques temps et pour mon plus grand plaisir Tchekhov auteur de nouvelles. C’est avec cette pièce que je lis pour la première fois Tchekhov auteur de théâtre. Je ne commence probablement pas là où il aurait fallu. Si le titre, très énigmatique pour une pièce de théâtre m’avait attiré, c’est une pièce sur le théâtre et la création littéraire, un sujet qui ne m’intéresse pas. Je me suis donc un peu ennuyée, et il faudra que je renouvelle l’expérience dans un autre domaine.
Un mot tout de même sur le propos de la pièce, et sur cette mouette (l’oiseau ni le plus gracieux ni le plus adroit, c’est une allégorie qui me paraît étrange) qui représente les espoirs des jeunes comédiens ou écrivains en herbe. Mais le monde de l’art (à ne pas confondre avec le monde du spectacle, la différence est clairement suggérée par Tchekhov) n’est pas tel qu’on le rêve et la réalité est bien cruelle plus cruelle que les rêves romantiques. A cette réflexion sur les rêves et les aspirations de chacun se mêlent nombre de triangles amoureux, nombre d’amours impossibles, que cet amour soit charnel, narcissique, maternel, ou qu’il prenne encore d’autres formes. Un drame se joue, dont l’issue laisse peu de place au doute, du théâtre dans du théâtre, de la vie dans de la vie.

27raton-liseur
May 8, 2014, 9:45 am

19. Les sœurs Gwenan - Hervé Jaouen
Je repousse l’écriture de cette note de lecture depuis presque deux mois maintenant, mais les semaines qui passent ne la rendront pas plus facile à écrire. Non que ce livre soit difficile à lire, au contraire, c’est un charmant roman régionaliste. Agréablement écrit de bout en bout, suivant la vie sans grandes péripéties des quatre sœurs Gwenan, filles de Joseph, qui a fait sa carrière dans la Marine Nationale au début du XXème siècle, et qui toutes, d’une manière ou d’une autre, lieront leur vie à d’autres matelots de la Royale.
Prenant le parti original d’évoquer la Marine Nationale par le biais des femmes de marin, ce livre semblé écrit pour moi. J’ai retrouvé mon Grand-père dans la figure de Joseph Gwenan, même s’ils n’étaient pas de la même génération, même si ce ne sont pas les mêmes guerres qu’ils ont vues du pont de leurs bateaux, de ces bateaux où on salue tout ce qui bouge et on peint tout le reste (ben oui, de la peinture anti-rouille, le sel marin ne pardonne pas sur le gris terne de ces bateaux). Tous deux s’engagent pour les mêmes raisons, pas par souci patriotique, mais parce que Brest n’est pas loin. Rien de glorieux dans ces destins, même si Joseph restera toute sa vie le héros des Dardanelles (où il se retrouve plus par hasard qu’autre chose, il ne s’est pas fait marin pour faire la guerre, aussi paradoxal que cela puisse paraître) juste des hommes qui, un peu consentants, un peu forcés, se sont retrouvés dans des coins de la planète dont ils avaient au mieux entendu parler sur les bancs de l’école et au cœur d’évènements qu’ils n’avaient pas prévus.
J’ai aimé ce livre. Pour ses qualités d’abord, car les romans régionalistes me semblent parfois un peu faiblards, celui-ci se tient de bout en bout, sans avoir recours aux poncifs du genre (les belles histoires d’amour, les clichés touristiques, et j’en passe). Tout ici est évoqué en finesse, sans forcer le trait, et l’histoire colle au plus près des vies rangées qui sont le lot de la plupart d’entre nous, avec ses scandales qui en sont à peine, ses tristesses banales mais pas pour autant plus faciles à surmonter, ses joies simples, ses petites folies qui se remarquent à peine. J’ai aimé ce livre aussi parce que j’y ai vu mon Grand-Père, qui venait tout juste de nous quitter, parce que j’ai acheté ce livre le lendemain de son enterrement, et que j’ai commencé à le lire dans l’avion qui m’emportait encore une fois bien loin de la mer, trop loin de lui. Ecrire cette note de lecture, c’est tourner encore un peu plus la dernière page de ce joli petit livre qui représente toute une part de mon enfance, et c’est pour cela que je ne l’ai pas écrite plus tôt. C’est une page tournée, un autre fil qui se rompt et qui rapproche un peu plus tous ces souvenirs de l’oubli. Alors peut-être lirai-je ce livre à nouveau, et je rêverai à nouveau aux voyages qui ne sont pas dans ce livre mais que le marin de mon enfance à moi me racontait comme çà, en passant, en mangeant une salade de haricots verts.
J’ai aimé ce livre pour des raisons très personnelles donc, et je m’excuse un peu d’avoir parlé plus de moi que de ce livre dans cette note, mais c’est un livre que l’on peut aimer pour lui-même aussi. J’ai l’impression, avec cette première lecture d’Hervé Jaouen d’avoir trouvé l’auteur régional que je cherchais depuis un petit moment, et je ne manquerai pas de lire d’autres livres de lui. Beaucoup ont des titres qui me donnent envie de les ouvrir sans même lire la quatrième de couverture, des titres simples qui fleurent bon la terre pauvre des Monts d’Arrée ou les algues de la laisse de mer.

28raton-liseur
May 13, 2014, 6:02 am

20. Fanch Karadec, l’enquêteur breton, tome 1 : Le mystère Saint-Yves - Stéphane Heurteau (Scénario) & Sébastien Corbet (Illustrations)
Cela fait quelques temps que je vois « toutes les bonnes librairies bretonnes » (pour paraphraser l’habituelle expression mercantile) mettre en avant cette bande dessinée, et j’ai fini par me laisser tenter. Je pensais cette série bien établie, et pourtant ce tome n’est que le premier sur les trois parus à ce jour, et ne date que de 2010, année où il a obtenu le « prix Polar 2010 Cognac ».
Pour en arriver à la bande dessinée en elle-même, je dois dire que j’ai passé un bon moment. L’histoire n’est pas compliquée à suivre, les dessins à la Loisel (ce n’est pas pour rien qu’il est cité comme un des deux inspirateurs de cette série) sont agréables. Certes, le dénouement de l’enquête me paraît un peu sorti du chapeau et par trop extravagant ; certes le trait régionaliste est un peu forcé (il semble qu’il fallait absolument caser une allusion aux pardons, un fest noz et autant de noms de villes « typiques » que possible), mais cela reste sympathique.
Une BD qui s’adresse, je pense, avant tout aux touristes qui veulent une lecture de vacances gentille et de couleur locale entre une ballade sur le sentier des douaniers et une virée à la crêperie, ou bien aux Bretons un brin nostalgiques qui veulent retrouver la sensation de la pluie tiède et la couleur un peu triste des toits d’ardoise.

29raton-liseur
Edited: May 13, 2014, 6:10 am

21. Histoires de Bretagne, tome 1 : Jusqu’au bout de la terre - François Debois (Scénario) & Sandro Masin (Illustrations)
Les automnes de Bretagne sont souvent admirables. De façon générale, d’ailleurs, les saisons de transition ont, dans les contrées occidentales, un charme singulièrement doux et subtil.
(Planche 1).
Cette bande dessinée inaugure une nouvelle série aux éditions Soleil, intitulée Soleil Celtic (sic) qui se propose de reprendre les différentes adaptations des nouvelles d’Anatole Le Braz. Ce premier tome est un inédit, mais certains des suivants seront une réédition. Ici, c’est Histoire funèbre, une nouvelle des Contes du vent et de la nuit qui est la source d’inspiration de François Debois, même s’il explique lui-même qu’il en propose une interprétation très libre. Je n’en dirai pas plus sur l’histoire, car je n’en savais moi-même rien en ouvrant cette bande dessinée, et c’est mieux ainsi.
La BD s’ouvre sur un dessin qui m’a fait pensé aux Oiseaux d’Hitchcock (et ce avant même de savoir que l’histoire aurait un côté fantastique revendiqué), et plus loin on ne peut s’empêcher de penser à des films ou séries comme The Walking Dead ou Je suis une légende, et ce n’est probablement pas un hasard, même si le raccourci est peut-être un peu facile.
Je dois avouer que les BD (comme les romans ou nouvelles) un peu fantastiques comme celle-ci ne sont pas vraiment ma tasse de thé, encore moins quand elles finissent en queue de poisson comme celle-ci (je devrais plutôt dire : « quand elles demeurent ouvertes à l’interprétation », je suppose). Mais je ne savais pas trop à quoi m’attendre, et j’ai joué le jeu. Au final, je dirais que j’ai passé un moment agréable, avec une histoire assez linéaire mais pas exempte de rebondissements, et des dessins agréables, mais peut-être un brin trop sages et classiques.
C’est probablement une bande dessinée à réserver aux inconditionnels de la Bretagne et de ses légendes, pour se retrouver dans les brumes de cette soirée du 31 octobre où les portes de l’Enfer s’ouvrent et où tout devient possible entre les vivants et les morts. Une ambiance bien rendue, mais une BD qui me laisse un peu sur ma faim et qui me donne surtout envie de me plonger dans les sombres histoires de Le Braz.

30raton-liseur
Edited: May 30, 2014, 4:32 pm

22. Kristin Lavransdatter - Sigrid Undset ; traduction de E. Avenard, Thekla Hammar et Marthe Metzger
Livre lu en marge du défi de lecture « Nobel de littérature ». Voir note de lecture ici.

31raton-liseur
Edited: Mar 14, 4:22 am

23. L’Homme à l’oreille coupée - Jean-Claude Mourlevat
Six années durant le vieil homme raconta chaque soir une histoire différente, et il le faisait si bien que chaque soir on le croyait. Jusqu'au lendemain...
(p. 36, Chapitre 7).
Mourlevat est devenu mon écrivain jeunesse préféré depuis que j’ai découvert L’Enfant Océan, et depuis je me procure ses livres les yeux fermés…
Cette nouvelle est amusante, elle évoque le thème de la vérité et de comment on écrit ses propres souvenirs. C’est l’histoire d’un homme à qui il manque une oreille. Chaque soir, dans le bar qu’il fréquente assidûment, il se trouve toujours quelqu’un pour lui demander ce qu’il s’est passé. Et pas deux fois il ne donne la même version. Où est la vérité ? Sa dernière heure sera-t-elle enfin celle de la révélation ?
Ecrite pour les enfants, cette nouvelle les fait entrer dans une littérature qui ne les prend pas pour des demi-portions. L’écriture est simple, mais la narration est souvent implicite. Le texte est court, mais il fait réfléchir longtemps après la dernière page tournée. Il y a de l’humour, mais il est souvent grinçant. Voilà un bon livre pour des jeunes lecteurs déjà un peu chevronnés, et qui savent que la vie et la littérature ne sont pas que des histoires de princesses.

32raton-liseur
May 29, 2014, 11:47 am

24. Avenue des Géants - Marc Dugain
Puis je suis retombé un peu dans la tristesse à l’idée qu’il allait tout faire désormais pour m’ôter ces sombres pensées. Alors qu’est-ce qui allait me rester ? C’était ça la question. Bien sûr, je ne pouvais pas lui en parler de cette façon mais qu’est-ce que j’en garderais à part mes escapades sur la route en moto. Je vois bien chez les autres types qu’une bonne dizaine de choses au moins les intéressent. Ils ont des familles, des hobbies, un Dieu, un chien, une maison, un jardin et plein de rêves qu’ils ne pourront jamais réaliser. Ils peuvent prendre n’importe quelle page centrale de Play Boy, fantasmer sur une fille, s’astiquer si affinités. Ils pensent que leurs petites vies valent de l’or, que la foi les empêchera de mourir vraiment, qu’il n’y pas de commencement et pas de fin. Moi je n’ai que ce fantasme et une envie de faire la route qui s’éteint dès les premiers kilomètres parcourus.
(p. 152, Chapitre 22).

Préambule :
Il m’arrive de commencer la rédaction d’une note de lecture avant d’avoir achevé un livre. Quand j’ai trouvé le bon angle d’attaque, quand mon impression se dégage clairement. C’est ce qu’il s’est passé pour ce livre, pour lequel j’ai commencé une note de lecture alors que j’en étais à peu près aux deux tiers de ma lecture. Deux jours plus tard, le livre fini, il me faut tout recommencer tant mon appréciation du livre a changé. C’est étrange de changer à ce point d’idée, et je veux en garder une trace dans cette note. Voici donc une note en deux temps…

Note de lecture telle que commencée aux deux tiers du livre :
Contingence ou nécessité. Etrangement, ce sont ces deux mots, deux faces d’une même pièce qui me sont venus à l’idée alors que je progresse dans la lecture de ce roman, ou plutôt de cette biographie romancée. Marc Dugain s’attèle, à chaque nouveau roman à des sujets très divers, apparemment sans lien entre eux. J’ai choisi ce livre pour une première découverte de cet auteur, je ne sais ce que cela révèle sur moi-même (car il ne serait pas honnête de dire que c’est un achat fortuit dans une librairie d’aéroport certes bien achalandée, mais pas avec les livres qui m’intéressent habituellement. J’avais déjà repéré ce livre, dont je ne faisais que différer l’achat…). Avenue des Géants est la biographie romancée d’un tueur en série qui a sévi au début des années soixante-dix en Californie. Al Kenner est donc le double littéraire d’Edmund Kemper, qui purge aujourd’hui une peine de prison à vie pour huit meurtres, une série qui avait commencé quelques années plus tôt par le meurtre de ses grands-parents paternels et qui s’achève avec celui de sa mère.

Contingence ou nécessité… Cette lecture a complété un numéro de la revue Books sur les tueurs en série dont la lecture m’avait beaucoup intriguée. J’en avais retenu que les tueurs en série présentent des caractéristiques comportementales certes, comme un manque d’empathie au-delà d’une sphère familiale plus ou moins restreinte ou bien une haute opinion d’eux-mêmes, mais que ces traits étaient présents dans une grande portion de la population, et ne faisaient pas de chacun de nous des tueurs en série. Ce que le dossier ne disait pas clairement, c’est si la présence simultanée des trois traits de caractère qui étaient soulignés était ce qui définissait un tueur en série. Ou bien tout simplement, il n’y a pas de déterminisme, et le profil psychologique, aussi poussé soit-il ne suffira jamais à définir un tueur en série, et encore moins à l’identifier avant son passage à l’acte. Il est certain que je préfère la seconde option, attachée à l’idée que tout un chacun a son libre arbitre et peut décider ou non, quelques soient ses pulsions et ses traumatismes, de passer ou non à l’acte. Mais dans ce cas, se pose la question de la légitimité de considérer tant de tueurs comme non responsables de leurs actes.
Ce livre ne donne pas de clef pour trancher ce débat. Mais il est intéressant de voir que le titre, qui demeure énigmatique pendant toute la première moitié du livre, semble indiquer que finalement, tout bascule sur un évènement fortuit (qui est effectivement aussi arrivé à Edmund Kemper) qui va enclencher un mécanisme qui conduira irrémédiablement vers le meurtre. Est-ce donc ainsi, faut-il un évènement en apparence relativement anodin pour déclencher des comportements si violents ? Ou est-ce une série d’évènements contingents, qui auraient pu arriver ou non ? Ou bien, si cela n’avait pas été ce détail, c’en aurait été un autre et, quelque soit l’enchaînement des faits, le résultat serait resté le même ?

Note de lecture rédigée à la fin de ma lecture :
Pardon ? On se moque de qui ici ? J’avais acheté un livre sur un tueur en série, non ? Et pourtant, l’évocation des meurtres d’Al Kenner qui le qualifient comme tueur en série n’arrive que dans les deux derniers chiffres d’un livre qui en compte 72 !!! C’est un peu : « ah et au fait, il faut que je vous dise, je suis aussi un tueur en série » !
Les meurtres qui inaugurent et closent l’activité d’Al Kenner, ceux de grands-parents paternels et ceux de sa mère et d’une amie de celle-ci qui s’est retrouvée au mauvais endroit au mauvais moment sont eux décortiqués en long, en large et en travers, même avant qu’ils ne se produisent, comme une issue inévitable. Mais les meurtres familiaux, c’est connu, sont les plus « faciles » à expliquer. Ce livre n’a donc au final pas beaucoup d’intérêt pour tenter de comprendre l’incompréhensible.
Alors certes, j’avais lu la rapide biographie d’Edmund Kemper sur Wikipédia après avoir lu quelques dizaines de pages de ce livre, pour essayer de comprendre un peu ce qui était vrai et ce qui était fictif dans le roman. Les faits sont réels, pour le reste je n’ai pas assez poussé mes recherches pour savoir s’il y a concordance entre les analyses psychologiques faites sur Edmund Kemper et ce que dit le personnage d’Al Kenner. Il n’y avait donc aucun suspens dans ma lecture, mais il me semble que le propos du livre n’a rien à voir avec ce qui est annoncé, et je me suis sentie flouée.
Déçue par le propos du livre, ce n’est pas la forme qui rattrape le coup. Je n’ai pas compris le rôle de Susan dans le livre, ni non plus cette construction alternée entre des souvenirs contés à la première personne et l’évocation du prisonnier plusieurs décennies plus tard à la troisième personne. Encore une fois, rien qui explique la différence entre les deux temps du personnage, plein de colère dans ses jeunes années et plutôt serein aujourd’hui (du moins à sa façon). Le style n’est pas fantastique non plus, mais je serais passée outre ces petits défauts si le propos avait été à la hauteur.
A mi-parcours de ma lecture, je me disais que Marc Dugain était un fin psychologue et que je lirais avec plaisirs d’autres de ses livres. Maintenant, je me dis qu’il m’a baladé pendant quatre-cents pages pour finalement ne rien me dire et je suis plus que déçue. C’était un sujet difficile à traiter, certes, mais j’imagine qu’on ne se lance que si l’on a quelque chose à dire. Pas sûre maintenant qu’il y aura une prochaine fois avec cet auteur.

33raton-liseur
Jun 2, 2014, 10:01 am

25. L’Ile des Perroquets - Robert Margerit
Nous ne sommes pas libres, même ici, sur la mer, sous ce drapeau ; pas libres de pardonner à qui nous aimons, captifs jusqu’au bout de notre intolérance, de notre orgueil, de nos illusions.
(p. 89, Chapitre 4, “L’esprit du mal”, Livre 1, “Les gentilshommes de fortune”).
Je ne me souviens plus comment j’ai découvert ce livre, mais je me souviens qu’il était dit que c’était un des romans français de pirates les plus inventifs de ces dernières décennies. C’est probablement parce qu’il n’y a pas beaucoup de concurrence…
Je ne sais pas si je suis trop exigeante, mais il me semble que j’ai bien peu de succès avec les romans de pirates que j’essaie de lire ces derniers temps. Et ici encore, on se retrouve à la suite du capitaine Flint et en train de chercher son fameux trésor. Il n’ý a donc pas de salut en-dehors de ce personnage ? Je suis déçue de voir qu’il faille inlassablement faire appel à lui pour tenter de s’acheter une crédibilité d’auteur de romans de pirate. Quitte à chercher le trésor de Flint, autant faire appel à l’original et lire Stevenson, plutôt que de faire appel à un pâle ersatz.
Passez donc votre chemin, gentes dames et respectables bourgeois, ce livre n’est qu’une somme des poncifs du genre, sans originalité ni style, même les gibiers de potence méritent un meilleur traitement littéraire.

34raton-liseur
Edited: Jun 5, 2014, 10:53 am

26. Parti de Liverpool… - Edouard Peisson
« Enfin, à la mer. Là seulement on est un peu tranquille. » C’est la bonne odeur humide qui vient de la houle, vous prend aux narines et vous pique à la gorge ; c’est le bruit des lames qui tapent contre les tôles et les font vibrer. Les chaînes des ancres, dans le puits, se tassent peu à peu avec des heurts sourds, et le navire neuf s’étire, craque, gémit, les cloisons de bois se fendent, la peinture s’écaille.
(p. 141, Chapitre 2).
Je me suis laissée emportée par la plume d Edouard Peisson pour cette traversée qui, comme l’indique le titre part de Liverpool pour arriver le long de ces trois points de suspension. Si ce roman, cette longue nouvelle serais-je tentée de dire tant l’action est univoque et le groupe des personnages restreint, n’est pas aussi abouti que le merveilleux Sel de la mer (une des mes meilleures lectures de ces deux ou trois dernières années, je mettais donc la barre haut…), bien que sur un sujet similaire, j’en ai aussi aimé la lecture. Si Le Sel de la Mer est très introspectif et s’attache avant tout à la psychologie du personnage principal, le commandant Godde, Parti de Liverpool est intéressant avant tout pour ses descriptions, et pour sa façon de nous montrer comment être homme de mer était toujours une aventure, même sur une ligne aussi fréquentée que la traversée de l’Atlantique, même au temps de la machine à vapeur et des grands bateaux. Peisson est certes fasciné par les officiers et la responsabilité qui pèse sur leurs épaules, mais ici il m’a semblé que le personnage le plus vivant était le bateau, cet Etoile-des-Mers fleuron de la Compagnie Transocéanique, le plus grand, le plus rapide, le plus luxueux de ses bateaux qui s’élance de Liverpool à la vitesse vertigineuse de vingt-huit nœuds pour sa traversée inaugurale. Davis en est le commandant, ce marin en fin de carrière réputé, lui « qui n’a jamais signalé une ancre engagée » (p. 127, Chapitre 1). Les instructions sont claires, il faut battre le record de traversée « coûte que coûte » dit le message de l’armateur. Voilà donc Davis pris entre son statut de seul maître à bord, sa prudence acquise au long d’une grande pratique de la mer, et les considérations mercantiles de ces terriens dont il ne fait plus partie.
Si cette trame rappelle un bateau fort célèbre, dont le naufrage marque pour certains le début du XXème siècle (au sens historique et non chronologique), ce n’est bien sûr pas un hasard. Ecrit quelques deux décennies plus tard, Peisson ne cherche pas à masquer son inspiration. Peut-être parce que je connaissais l’issue de cette histoire, peut-être parce que ce sujet a été surexploité dans les années passées, je dois avouer que ce livre m’a moins emballée, et que j’ai dû faire un effort pour m’enlever le Titanic de la tête et me laisser guider par la seule écriture de Peisson. J’en garde cependant la sensation d’une lecture agréable, de la brume sur mon visage et de la lourde veste de quart sur les épaules. Une lecture facile et plus qu’agréable comme une pause iodée dont j’avais besoin.

35raton-liseur
Jun 5, 2014, 10:49 am

27. 20 ans | De l'autre côté - Edgar Kosma
Le plus étrange dans une longue attente, c’est qu’une fois que ça se termine, on ne se rend plus bien compte du temps que ça a duré.
(p. 13, “03:30”).
J’avais repéré cette nouvelle il y a quelques temps, l’enfermement étant un sujet qui, ne me touchant pourtant personnellement ni de près ni de loin, m’intéresse depuis longtemps. C’est seulement récemment que je me suis aperçue que cette nouvelle, disponible uniquement en format numérique, n’était pas bloquée par des DRM ou autre marquage, et que donc je pouvais me laisser aller à la télécharger. Elle est de plus disponible gratuitement, ce qui ne gâche rien.
Après ce long préambule, je me mets à la lecture, rapide, de cette nouvelle. Celle-ci nous amène dans la tête d’un prisonnier qui arrive au bout de sa vingtième année de réclusion, autant de vie derrière les barreaux que dehors…
Il n’est pas question de juger ici, juste de ressentir, et pour cela, la forme retenue est tout à fait adéquate, en petites pensées qui s’égrainent au fil des heures. Des questions intéressantes, sur ce que veut dire une vie sans interaction sociale, une vie en marge des changements sociaux et politiques, une vie sans perspective d’aucun accomplissement.
Mais voilà autant de sujets intéressants, profonds, que cette nouvelle d’à peine vingt pages très aérées ne fait qu’effleurer, laissant le lecteur au seuil d’une réflexion, avec des généralités déjà vues ou entendues. En définitive, si le choix du sujet est intéressant, les contraintes de la nouvelle ne conviennent pas à son traitement, et je suis plus frustrée que satisfaite par cette lecture. Certes, je ne m’attendais pas à un nouveau Suerte, livre qui m’avait scotchée (si je peux me permettre cette expression, qui s’applique bien ici : je me souviens avoir fini ce livre à Holbox, effectivement scotchée par cette lecture sur ma chaise longue au bord de la plage…), mais j’espérais un peu plus de cette nouvelle qui reste à mon avis trop à la surface des choses.

36raton-liseur
Edited: Jun 5, 2014, 10:57 am

28. Une voix dans la nuit - Yasushi Inoue ; traduction de Catherine Ancelot
Qu’est-ce que cela voulait dire ? Ce n’était pas là une façon de regarder les cerisiers. Les hommes du Manyô-shû n’auraient jamais eu cette attitude pour aller voir les fleurs. Ils les regardaient toujours en les associant à la récolte de l’année. Voilà pourquoi les cerisiers étaient des arbres spéciaux. Symbole des richesses d’une année, on les respectait et on était triste de les voir se faner.
(p. 268, Chapitre 6).
J’aurais aimé aimer ce livre. Peut-être trop pour pouvoir justement apprécier sa lecture pour ce qu’elle est. J’aurais aimé l’aimer parce que j’aime bien Inoue, et puis parce que Monsieur Raton m’avait dit qu’il me plairait, et c’est rare que nous aimions les mêmes livres.
J’aurais aimé aimer, mais j’ai l’impression d’être passée un peu à côté de cette lecture. D’abord je croyais que cette voix dans la nuit serait celle d’un ange, d’un esprit doux et protecteur (allez savoir pourquoi je m’étais mis cela dans la tête), mais non, cette voix, c’est celle, incessante, des machines qui font entrer chaque jour un peu plus le Japon dans l’ère moderne. A moins que la voix dans la nuit soit celle du héros sans espoir de cette histoire, Chinuma Kyôshirô, ce serait d’une tristesse infinie.
Kyôshirô, donc, est le héros de cette histoire. Instituteur à la retraite, c’est un bibliomane spécialisé dans la collection de livres se rapportant au Manyô-shû, un recueil en vingt volumes de plus de quatre mille poèmes datant du IVème au VIIIème siècles, c’est-à-dire de l’époque où le Japon se constitue en temps qu’Etat. Venu à Tokyo pour visiter une exposition de livres anciens et pour revoir sa petite-fille d’à peine deux ans, Sayuri, la « fleur de lis », qu’il adore, il est victime d’un accident de la route qui, s’il est bénin d’un point de vue médical, lui fait prendre conscience de tous les démons qui, partout autour de lui, s’évertuent à détruire le Japon et les hommes pour faire entrer le pays dans la modernité.
Voulant sauver sa petite-fille de leur emprise, il part pour un voyage qu’il veut sans retour vers un endroit où la beauté originelle du Manyô-shû persisterait.
Une quête qui emmène le lecteur aux quatre coins du Japon, le long de routes que l’Occidentale que je suis ne connait pas, égrainant les plaisirs esthétiques auxquels seuls les Japonais semblent être véritablement sensibles, tels que les fleurs de cerisiers sur les bords du lac Biwa . Mais je n’ai pas été emportée, je n’ai pas réussi à monter dans cette voiture avec Kyôshirô et ses compères. (Tiens, ils utilisent une voiture, instrument des démons qu’ils prétendent combattre ? Une petite incohérence qui m’a gênée tout au long de ma lecture, parfois le plaisir d’un livre tient à peu de choses…). Et j’ai trouvé le propos un peu répétitif, et surtout trop manichéen, même s’il m’aurait peut-être fallu lire ce livre non comme un roman mais comme une fable un peu longue.
Alors certes, il reste la profonde nostalgie de cette quête tragique d’ une pureté d’antan, plus fantasmée que réalité, de ce combat perdu d’avance pour protéger une identité menacée par le rouleau compresseur de la modernité univoque. Mais ces sentiments ne sont pas suffisants pour tenir l’ensemble du roman et le point de vue unique, tout comme le propos trop simpliste pour tenir les trois cent pages du livre, ne m’a pas convaincue.
J’aurais pourtant aimé aimer ce livre et goûter à la poésie japonaise, d’autres se laisseront probablement emporter sur ces routes qui me demeurent fermées. Pour ma part, je préfère la plume plus efficace d’Inoue dans ses romans historiques, et j’y reviendrai très certainement.

37raton-liseur
Jun 5, 2014, 11:00 am

29. Le Lieutenant Conrad : Le sombre Dimanche de Herrlisdorf - Carl Spitteler ; traduction de Noémi Valentin
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Nobel de littérature ». Voir note de lecture ici.

38raton-liseur
Jun 5, 2014, 11:01 am

30. Jean qui grogne et Jean qui rit - Comtesse de Ségur
Cher enfant, et toi, mon bon Simon, vous m’avez donné plus de bonheur que je ne pourrai jamais vous en rendre, en me découvrant les trésors de deux belles âmes bien chrétiennes, bien honnêtes. (…) Ta joie en me revoyant m’a touché, m’a attiré ; Simon, que j’ai reconnu de suite à sa ressemblance avec toi, m’a paru digne d’être ton frère ; je me suis de plus en plus attaché à vous, j’ai voulu vous faire du bien sans me découvrir ; votre reconnaissance à propos des habits neufs m’a extrêmement touché et a augmenté mon amitié pour vous. Je n’ai pas de parents ; je n’ai ni femme ni enfants ; je suis seul dans ce monde ; je puis donc, sans faire de tort à personne, me donner le plaisir de vous faire du bien.
(p. 96, Chapitre 26, “M. le peintre est découvert”).
J’ai ce livre depuis bien longtemps dans ma bibliothèque, collection Bibliothèque rose, avec deux petits Bretons en costume, l’un hilare et l’autre renfrogné, sur la couverture. Mais ce livre, offert par des cousins à la mode de Bretagne, est arrivé alors que mon engouement juvénile pour la Comtesse de Ségur commençait à s’émousser, et je ne l’ai jamais ouvert. Ayant envie d’une lecture facile, voire prévisible, il m’est tombé sous la main et j’en ai fait ma distraction pour deux ou trois soirées.
Prévisible, c’est le mot. Il ne faut pas plus de quelques pages pour que toute l’histoire me soit devenue évidente. Les mêmes bondieuseries que d’habitude, mais comme j’y étais préparée, elles ont glissé sur moi sans trop m’embêter, et j’ai bien aimé les premiers deux tiers du bouquin ; et quand j’ai commencé à me lasser c’est là qu’a commencé la litanie des dénouements heureux et des mariages parfois tirés par les cheveux, et que j’ai pu commencé à m’amuser à voir si j’avais vu juste (et je ne me suis trompée pour personne, ils se sont tous mariés comme je l’avais prévu !).
Une lecture que j’ai bien aimée, donc, mais surtout parce que ça a été une lecture au second degré, car franchement, l’idée que les bons sentiments sont toujours récompensés, ça me gonfle, (même si la Comtesse se retournera dans sa tombe en lisant ma prose), et je trouve que c’est même tromper les enfants sur la marchandise. La vie n’est pas comme dans les livres de Madame la Comtesse, et je dirai même que si notre vie était ainsi écrite, on s’ennuierait ferme !

39raton-liseur
Jun 5, 2014, 11:53 am

31. Mrs Dalloway - Virginia Woolf ; traduction anonyme
Tout de même, qu’un jour suive l’autre ; mercredi, jeudi, vendredi, samedi ; qu’on s’éveille le matin, qu’on voie le ciel, qu’on se promène dans le Parc, qu’on rencontre Hugh Whitbread ; puis soudain Peter entre ; et ces roses ; c’est assez. Après cela, comme la mort paraît incroyable ! que cela doive finir ! et personne dans le monde entier ne saura combien elle a aimé tout cela ; comment, chaque instant…
(p. 98).
Oui, c’était moi qui lisais Mrs Dalloway dans ce pub d’Oxford il y a quinze jours en finissant ma pinte de cidre après avoir dévoré mon « fish & chips ». J’en étais aux premières pages, quand Virginia Woolf décrit l’animation dans Bond Street, et le brouhaha des buveurs de bière faisait un bruit de fond tout à fait approprié pour cette lecture. J’aurai bien abandonné ma lecture, comme j’ai abandonné celle de La promenade vers le Phare, ma première (et seule à ce jour) rencontre avec cette auteure. Mais j’étais déterminée à connaître un peu mieux cette œuvre alors j’ai bu une autre gorgée, et je me suis accrochée. Car j’ai vu le film The Hours, j’ai lu le livre éponyme de Michael Cunningham, et c’est un euphémisme de dire que j’ai aimé. Il me fallait donc à tout prix découvrir l’œuvre à l’origine de tout cela, et peut-être comprendre mieux l’autre livre et le film, qu’il faudrait que je revois maintenant.
Ma première impression pendant la lecture de ce livre, c’est qu’il y a tromperie sur la marchandise. Mrs Dalloway est loin d’être le seul personnage de ce livre, et n’est même pas le personnage principal ou le plus intéressant. Le titre de Cunnigham, que je comprends maintenant, puisqu’il fait référence aux coups de l’horloge de Big Ben qui scandent la journée et le livre, me semble bien mieux représenter le propos de ce livre (et Virginia Woolf avait effectivement pensé à ce titre pour ce livre). Car il est question du temps. Du temps qui s’écoule, de la façon dont nous l’utilisons, du temps social, du temps personnel. Et il est question de la raison de vivre, de celle qui fait avancer, d’un jour sur l’autre, qui remplit la vie de choses essentielles ou bien plus souvent de futilités.
Le style un peu alambiqué de Virginia Woolf (lue en traduction, il est vrai) n’est pas de ceux qui m’emportent. Parfois, j’ai eu l’impression que les mots coulaient sur moi comme sur le plumage d’un canard, faisant de grosses gouttes en lentilles qui s’écoulent sans laisser de trace. Mais j’ai fini par m’habituer à ce style, et à entrer peu à peu dans l’histoire, guettant avec impatience les moments où Septimus Warren Smith, le personnage qui m’a le plus intéressé, apparaissait.

En définitive, même si ce livre ne me réconciliera pas avec Virginia Woolf, ce fut une lecture instructive, qui me permet de mieux appréhender cette auteur classique, de toucher du doigt les thèmes qui l’intéressent et le style avec lequel elle les aborde. Il y a une certaine virtuosité dans la construction de cette histoire, la façon dont les histoires des différents personnages s’entrecroisent, la façon dont s’entremêlent les actions des personnages et leurs sentiments ou réflexions.
Moderne par sa facture, il m’a permis d’apprendre le terme flux de conscience (traduit littéralement de l’anglais stream of consciousness), procédé littéraire qui veut reproduire par l’écriture le cours des pensées du personnage, et dont ce livre est un des premiers exemples quelques années après le fameux Ulysse de James Joyce. On ne peut non plus s’empêcher de penser à Virginia Woolf elle-même lorsque l’on lit ce roman, et au choix qu’elle finit par faire de mettre fin à sa vie. J’imagine que beaucoup ont dû chercher à faire une analyse psychologique de ce livre, pour voir à quel point Mrs Dalloway était aussi Virginia Woolf, ou peut-être plus exactement comment les deux figures principales, celle de Mrs Dalloway et celle de Septimus Warren Smith pouvaient incarner les deux facettes d’une Virginia Woolf diagnostiquée a posteriori comme maniaco-dépressive. Il est certain que ce livre peut donner lieu à de nombreuses interprétations, et c’est ce qui en fait sa richesse et son intérêt, c’est ce qu’il fait qu’il est finalement, dans son alternance de points de vue, dans les détails inégaux des descriptions, à l’image de la vie, de sa futilité et de sa gravité. Si Virginia Woolf voulait dans ce livre dépeindre la vie dans son plus simple appareil, elle y a réussi.

40raton-liseur
Jun 9, 2014, 10:04 am

32. Demain l’usine, extrait de Yama Loka Terminus – dernières nouvelles de Yirminadingrad - Léo Henry et Jacques Muchielli
Cette nouvelle est extraite d’un recueil qui se passe dans la ville de Yama Loka, « une cité portuaire de la Mer Noire [qui] existe dans un présent futuriste aux accents archaïques » si l’on en croit l’éditeur, une dystopie bien carabinée pour le dire plus simplement. Et c’est bien le sentiment que laisse cette nouvelle, celui d’un monde où l’absurdité de la mécanisation est poussée à outrance, et où pourtant on ne peut s’empêcher de penser que l’on n’est pas loin de notre propre système. C’est l’intérêt de ce type de nouvelles, de forcer le trait de telle façon que l’on ne s’interroge pas sur la vraisemblance, mais qu’en même temps l’on s’y retrouve assez pour se sentir tout au moins mal à l’aise d’être ainsi pris en défaut dans les absurdités de notre société.
L’écriture ne m’a pas transporté (surtout le passage du « tu » au « je » qui m’a paru pour le moins aléatoire), la conclusion, certes ouverte, m’a parue peut-être un peu facile, mais ce fut une découverte intéressante, une introduction dans un univers que je n’exclus pas de retrouver dans le recueil de nouvelles complet.

41raton-liseur
Jun 9, 2014, 10:05 am

33. Défait, extrait de Les Cahiers du labyrinthe - Léo Henry
La préface laisse penser que le recueil dont est extraite cette nouvelle est très divers par les thèmes et les genres qu’il touche. Difficile donc de donner un avis sur une nouvelle isolée. D’autant que celle-ci ne m’a pas convaincue, plus parce que je suis hermétique à cette sorte de poésie onirique plutôt qu’à cause de la nouvelle en elle-même. Rien de très nouveau, ni dans la forme ni sur le fond me semble-t-il, donc tout reste à voir et à découvrir.

42raton-liseur
Jun 9, 2014, 10:06 am

34. Jean des Brebis, ou Le Livre de la misère - Emile Moselly
Autour de lui, c’était le printemps lorrain, un printemps grêle et un peu maladif, qui surgissait discrètement des terres, sans répandre sur le sol les avalanches de couleurs et de parfums qu’il fait crouler en d’autres pays. Sur les pentes d’herbe flétrie et brûlée par les grands froids d’hiver, quelques pointes aiguës de gazon surgissaient, d’un vert neuf et luisant ; des fleurs de pissenlit rayonnaient comme des étoiles jaunes. Il y avait surtout une bonne odeur de violette, insaisissable et pénétrante, exhalée on ne savait d’où, et le Trompion tout joyeux la humait, la flairait, la reniflait comme un présage certain des beaux jours.
(p. 103, “Le Trompion”).
Moselly était pour moi un parfait inconnu avant que je ne croise la réédition de ce livre par les éditions ÉFÉLÉ, qui, bien que publié en 1904, lui vaut, avec Terres Lorraines, le Goncourt en 1907. Comme quoi ce prix, s’il fallait encore m’en convaincre, ne garantit en rien la postérité…
Je dois dire que je suis un peu décontenancée par ce livre. Je m’attendais à un roman du terroir, et je me retrouve avec six nouvelles, dont deux se passent à l’armée (certes dans des cantonnements en Lorraine, mais on est loin du petit village typique tout de même). Et je dois avouer que cette distorsion entre mes attentes et la réalité m’a probablement empêchée de profiter de cette lecture pour ce qu’elle était.

Pour en venir au livre, je me suis dis qu’un tour au pays des mirabelles (ah, les clichés ont la vie dure) me changerait de mes ballades bretonnes, et c’est vrai que les paysages sont bien différents. La façon dont Moselly les décrit est d’ailleurs intéressante : on est souvent dans les paysages plats et plutôt froids de la vallée de la Meuse, et Moselly, qui se veut pourtant le chantre de la région de son enfance, semble s’excuser du caractère simple et loin d’être exubérant de la nature lorraine. Cela donne des descriptions en creux, avec des saisons timides et des couleurs toujours ternes, étrange façon de célébrer la poésie de paysages qu’il doit pourtant aimer.
Quant aux descriptions des personnages, j’ai un peu eu l’impression de lire du Zola mal fagoté. Elles se veulent, je pense, empreintes de réalisme, avec des expressions qui devraient faire mouche et montrer toute la noirceur de certaines conditions de vie, mais il m’a semblé que le trait était forcé, peut-être parce que Moselly ne semble pas attaché à ses personnages, il ne les respecte pas tout à fait, voyant en eux leur pauvreté avant leur humanité. Le sous-titre m’avait paru malvenu, mais j’avais décidé de laisser sa chance au livre, me disant que c’était peut-être la différence d’époque qui me faisait lire le mot « misère » avec toute la condescendance qu’on lui associe aujourd’hui. Mais ma première impression était la bonne, Moselly traite ses personnages avec une supériorité d’intellectuel qui rend sa plume factice et son ton faux, rendant ce livre qui aurait pu être une agréable promenade en Lorraine en une œuvre pédante et un peu désagréable.
Je ne renonce cependant pas et redonnerai peut-être une chance à cet auteur en lisant cette fois un roman, où il aura peut-être plus de temps pour fouiller ses personnages et s’y attacher, pour que le lecteur à son tour puisse s’y attacher.

43raton-liseur
Sep 8, 2014, 2:35 pm

35. Walden, ou la vie dans les bois - Henri David Thoreau ; traduction de Louis Fabulet
Je voulais aimer ce livre, le premier de Thoreau, ce philosophe qui revient à la mode et qui, nous promet-on, a beaucoup à nous dire sur ce qui fait l’essentiel de la vie, sur ce qui est important. Je voulais aimer ce livre, j’espérais, je crois, y trouver un penseur qui aurait su mettre des mots sur des choses que je pressens, qui aurait su me pousser plus avant dans ma réflexion. Et je me suis accrochée, je le jure… Mais rien n’y fait, j’ai à peine pu dépasser la page 100, et les sirènes d’autres livres m’ont irrésistiblement appelée vers d’autres horizons livresques. Je m’étais dit en matière d’excuse que j’y reviendrai, mais deux mois plus tard, je dois bien m’avouer que c’était un leurre.

Pourquoi cette déception ? Parce que le propos de Thoreau est trop docte et souvent caricatural. Il a tout compris et nous rien, et il nous le fait sentir. Pourtant, il n’est pas à l’abri de calculs économiques (qu’il nous détaille par le menu) plus qu’approximatifs. Ces vérités assénées mais basées sur des arguments fallacieux (alors qu’ils n’auraient pas été nécessaires pour développer un raisonnement convainquant) m’a vite lassée et je n’ai pas aller plus loin dans ma lecture.
Je dois aussi qu’une émission de radio de cet été où il était dit que Thoreau a été bien loin de vivre comme un ermite près de son lac (il était connu dans sa petite ville de Concord pour voler les tourtes mises à refroidir sur le bord des fenêtres, et il passait presque tous les jours chez lui où sa mère lui donnait un petit panier repas car elle s’inquiétait pour son régime alimentaire… L’idée d’autarcie ou de vie en autonomie en prennent un sacré coup !) m’a convaincu de ne pas reprendre cette lecture. Et que ce soit clair, ce n’est pas les entorses à une doctrine trop stricte que je reproche à l’écrivain, mais plus l’imposture que je ne peux m’empêcher de flairer à la lecture de ce livre.

Je ne peux que déplorer ce rendez-vous manqué bien qu’espéré, et j’irai chercher ma nourriture philosophique dans d’autres pages. Thoreau restera par moi incompris, et j’en suis presque la première désolée. Peut-être essayerai-je tout de même de lire La Désobéissance civile, qui est déjà sur mes étagères, mais les quelques pages que j’ai lues sur son passage en prison ne me mettent pas l’eau à la bouche…

44raton-liseur
Jan 7, 2015, 1:43 pm

Je profite de ce changement d’année pour faire un point rapide et d’abord pour souhaiter une belle année à tous les lecteurs de ce groupe de discussion, qu’elle soit pleine de découvertes livresques intéressantes, et aussi de plein d’autres belles choses. Et un salut particulier aux rares qui continuent à l’animer de leur participation active.

Je suis très en retard sur mes notes de lecture de 2014 (6 mois !) mais j’ai toujours l’illusion que je vais pouvoir rattraper ce retard, en continuant à alimenter cette liste de lecture dans les semaines ou mois qui viennent. Mais je pense plus réaliste pour cette année de ne pas ouvrir de nouvelle liste de lecture. Trop de changements professionnels et personnels qui ne me permettent plus de consacrer le même temps au suivi de mes lectures. Je continuerai à inclure ces notes de lecture sur la page des livres mais ne viendrai plus les déposer ici.
Seule exception, les défis… Je compte finaliser ceux en cours même quand la date de clôture est déjà passée. Si je ne compte pas relever de nouveaux défis de lecture collectifs, peut-être m’en lancerai-je un personnel… J’envisage en effet pour cette année de lire l’intégralité des Thibault de Roger Martin du Gard, mais pour l’instant je suis encalminée dans un livre de 700 pages, La Horde du Contrevent d’Alain Damasio, donc ce n’est pas le moment pour prendre des décisions livresques. Affaire à suivre donc !

45Cecilturtle
Jan 11, 2015, 2:28 pm

Bonne année! J'aurai plaisir à lire ces dernières notes et j'espère celles d'un prochain défi personnel.

46raton-liseur
Jan 12, 2015, 9:30 am

Merci Cecilturtle !

47raton-liseur
Jan 12, 2015, 9:30 am

36. Le beau voyage de « Confiante » - Roger Fleuriot
Un gentil livre pour jeunes lecteurs, un peu trop plein de coïncidences impossibles pour me plaire vraiment, mais que j’ai lu sans déplaisir.
François Delvic ne se rêvait qu’officier de marine marchande, comme son père. Mais une attaque de poliomyélite, maladie pas encore rare dans les décennies de l’après-guerre, lui prend l’usage de ses jambes. Mais il ne se laissera pas abattre. Puisqu’il ne peut voyager, il fera des bateaux qui voyageront pour lui. Mais comment devenir architecte naval quand on n’a pas le capital nécessaire ? Beaucoup d’audace et une bonne dose de chance permettront à François de voir ses rêves se réaliser, et permettront au jeune lecteur de comprendre qu’il faut savoir être assez fort pour vaincre les obstacles, et que les difficultés de la vie ne sont jamais assez grandes pour que l’espoir s’envole tout à fait.
Un livre plein d’embruns et de bons sentiments, un peu daté aujourd´hui, mais que je laisserai traîner dans ma bibliothèque pour voir s’il trouve preneur dans quelques années.

48raton-liseur
Edited: Jan 20, 2015, 1:03 pm

37. Boréal - Paul-Emile Victor
Livre lu en marge du défi de lecture « Récits de voyages ». Note de lecture à venir.

49raton-liseur
Edited: Jan 20, 2015, 1:04 pm

38. Mary Poppins - P.L. Travers
Mary Poppins gave a superior sniff.
“Don’t you know”, she said pityingly, “that everybody’s got a Fairyland of their own?”*

(p. 34, Chapitre 2, “The day out”).

Mary Poppins est un de mes films préférés, et ce n’est que bien longtemps après avoir vu le film plus d’une fois que j’ai appris qu’il existait un livre (« de l’influence de Walt Disney sur la culture »… je n’en suis pas fière…) dont était tiré ce film. Ayant coup sur coup vu le film sur la genèse du film, Saving Mr. Banks, et regardé le Mary Poppins de Disney pour la énième fois , mais pour la première fois accompagnée de mes ratons, je me suis dit qu’il était temps de lire ce livre que j’avais ajouté à ma bibliothèque depuis un petit moment, et démêler le vrai du faux…
C’est un livre agréable que j’ai lu bien que j’aie eu du mal à me départir de la figure du film, me sentant flouée quand les choses ne se passaient pas comme Disney me l’avait raconté. Il faut cependant reconnaître la grande imagination de Travers, les histoires agréables, variées et sans morale pesante, qui rendent la lecture amusante et qui doivent probablement plaire aux enfants encore aujourd’hui. Mary Poppins n’apparaît finalement presque que comme un prétexte pour accoler des histoires sans lien entre elles, sans qu’il y ait de véritable progression dans l’histoire.
Le livre est finalement assez pessimiste me semble-t-il. Lorsque le vent repasse à l’est et que Mary Poppins s’en retourne d’où elle vient, rien n’a changé dans la vie des enfants. Leur père est le même banquier un peu raté (il n’a rien de l’assurance affichée du personne du film), leur mère est toujours la même écervelée (mais sans l’excuse de la suffragette), et le monde perd un peu de sa poésie. J’ai tout de même aimé cette Mary Poppins beaucoup plus ambivalente que dans le film. Une gouvernante bien sévère, et qui au premier abord se soucie bien peu de l’éducation des enfants qui sont à sa charge. Mais j’ai trouvé le message du livre (du moins le message que moi j’y ai vu) beaucoup plus intéressant et complexe que dans le film. Ici, il n’est pas question de changer quoi que ce soit à une situation familiale peu joyeuse. Mais Mary Poppins c’est, même si elle le nie fermement, la magie qui émerge dans le quotidien. Je ne parle pas du bonheur de ranger sa chambre en claquant des doigts, même si c’est bien appréciable, mais celui de trouver un petit truc par terre et d’en faire une boussole pour voyager littéralement aux quatre coins de la planète, c’est ne plus savoir si les rêves sont réalité ou imagination. Si la situation ne change pas, c’est ce que chacun en fait, c’est le regard que chacun pose dessus qui rend les choses belles ou pas. Et cela, chacun, quelque soit son âge ou ses conditions de vie, en a la capacité.
Je ne sais si tout ce qui est dit sur la genèse du film est vrai, si P.L. Travers a eu cette enfance si difficile et si Mary Poppins est venue un jour la voir, j’aurais tendance à penser que tout n’est pas vrai et que, comme elle a voué aux gémonies l’adaptation de son livre, elle a dû se retourner dans sa tombe en voyant que l’on réservait le même sort à sa vie, mais si elle a eu une enfance triste, il est bien possible qu’une Mary Poppins l’ait aidée à changer son regard puisqu’elle ne pouvait changer sa vie. Une très belle leçon, difficile mais pleine d’un espoir réaliste, cachée dans un tourbillon d’imagination, et faisant de ce livre un livre que l’on peut lire à tout âge, en y voyant à chaque fois quelque chose de différent.

* Tentative de traduction :
Mary Poppins renifla avec hauteur.
« Ne savez-vous donc pas, dit-elle avec commisération, que chacun a un Pays enchanté à lui ? »

50raton-liseur
Feb 3, 2015, 2:04 pm

39. Pan - Knut Hamsun ; traduction de Georges Sautreau
Livre lu en marge du défi de lecture « Nobel de littérature ». Voir note de lecture ici.

51raton-liseur
Feb 3, 2015, 2:05 pm

40. Les funérailles de la Grande Mémé - Gabriel Garcia Marquez
Livre lu en marge du défi de lecture « Nobel de littérature ». Voir note de lecture ici.

52raton-liseur
Feb 3, 2015, 2:07 pm

41. Pas de lettre pour le colonel - Gabriel Garcia Marquez
Livre lu en marge du défi de lecture « Nobel de littérature ». Voir note de lecture ici.

53raton-liseur
Feb 3, 2015, 2:08 pm

42. La Saison des loups - Bernard Clavel
Ils avaient atteint une partie de la forêt plus clairsemée, juste avant la limite où elle mordait sur le replat. Ici, dominaient les charmes et les chênes encore feuillés, et le charretier fit quelques pas le long de l’arête pour gagner une roche nue d’où il pouvait voir vers le bas. Cette étendue de brume l’attirait. Là-dessous, il y avait une ville que menaçaient la guerre, la peste et la famine. Une ville qui pouvait, demain, être assiégée, investie et brûlée. Et c’était une chose qui paraissait impossible dans ce calme de la nuit.
(p. 124, Chapitre 10, Partie 2, “La plante de vie”).
J’ai pris ce livre les yeux fermés sur la table d’une vente d’occasion, puis je l’ai ouvert quelques semaines plus tard, me disant que Clavel, c’est une valeur sûre. Pas prise de tête, mais de la belle et gentille littérature, une détente intelligente comme je les aime.
Eh bien cette fois, je ressors de ce livre déçue. C’est le premier tome d’une saga comme Clavel en a fait plusieurs, ici Les Colonnes du ciel. Je peux donc imaginer que Clavel veut avant tout planter le décor (je ne dirais pas présenter les personnages, car nous sommes en 1639, et entre la peste et la guerre qui ravagent la Franche-Comté, beaucoup d’entre eux n’apparaîtront pas dans les prochains tomes), mais j’ai trouvé ce livre tout de même un peu trop vide.
Le personnage principal, Mathieu Guyon, arrivé depuis peu à Salins, est désigné comme enterreur pour les loges, où sont envoyés les malades atteints de la peste et ceux qui pourraient l’être. Autant dire qu’il se sait condamné. Mais la liberté s’offre à lui, que va-t-il choisir ? Le devoir et la voie de Dieu, ou son désir de vivre et l’égoïsme ? Un bon thème, mais l’oscillation du personnage, même si d’aucuns me rétorqueront qu’elle est réaliste, m’a lassée, de même que les descriptions, certes belles mais trop grises et trop répétitives, de la Franche-Comté enneigée.
Me voici donc un peu déçue par cette lecture. C’est une saga que je ne continuerai pas, mais j’espère pouvoir retrouver le Clavel que j’aime dans un futur livre, au détour d’autres hasards des ventes de bouquinerie.

54raton-liseur
Feb 3, 2015, 2:37 pm

43. Histoires de Bretagne, tome 2 : Le sang de la sirène - François Debois (Scénario) & Sandro Masin (Illustrations)
Adaptation très libre d’un conte d’Anatole Le Braz, cette bande dessinée commençait sous de bons auspices. Comme dans le premier tome de cette série, il est amusant d’imaginer comment Anatole Le Braz a pu découvrir cette légende, et surtout d’imaginer qu’il l’a vécue et pas seulement entendue. Mais le résultat ne me semble pas à la hauteur de l’ambition. Avec son trait résolument classique, cette bande dessinée mélange réel et imaginaire, mais j’ai eu la sensation d’une série de clichés, d’autant plus appuyés que l’histoire se situe sur l’île d’Ouessant, creuset idéal des fantasmes à consonances bretonnistes.
La bande dessinée est bien documentée, les costumes, les paysages, rien à redire de ce côté. Je n’ai juste pas été convaincue par ce numéro d’équilibriste. J’arrête là cette série, qui n’est tout simplement pas faite pour moi, mais qui plaira cependant probablement aux amateurs de fantastique et de suggéré.

55raton-liseur
Feb 3, 2015, 2:45 pm

44. Le Dragon des mers - Dick King-Smith ; traduction de Vanessa Rubio
Premier livre emprunté par P’tit Raton à la bibliothèque de notre quartier, à laquelle nous venons de prendre une inscription familiale (trop restrictive à mon goût, quatre livres à la fois c’est bien peu !). Un livre un peu compliqué pour lui encore, mais la couverture l’a bien sûr attiré. Nous le lisons donc en alternance, lecture personnelle et lecture du soir par Maman. Je lui ai piqué pour le lire avant (moi aussi j’aime bien la couverture, et une histoire de mer et de monstre, comment pouvais-je résister ?).
Mais je me retrouve un peu déçue par ce livre, qui manque cruellement d’action et de rebondissements. C’est une réécriture de la légende du Loch Ness, qui peut-être peut intéresser les petits Ecossais qui la connaissent bien. Mais, même si P’tit Raton connaît l’histoire, elle ne lui parle pas plus que cela et, face au manque d’intérêt que peut susciter le livre, je crains qu’il ne se lasse avant la fin. Dommage, il y aurait eu beaucoup à dire sur comment élever un bébé dragon dans son jardin, je pense.

56raton-liseur
Feb 3, 2015, 3:27 pm

45. Astérix et Obélix : Le Tour de Gaule - René Goscinny (Scénario) & Albert Uderzo (Dessins)
Je n’ai jamais été une grande amatrice d’Astérix. Les personnages sont sympathiques, j’en connais beaucoup, mais je crois que l’humour gaulois m’échappe. Et il paraît qu’il s’agit ici d’un des premiers livres de la série, dans laquelle les auteurs sont encore en mode rodage. Alors j’ai souri, oui (sauf à quelques allusions datées dont je n’ai pas tout compris comme l’affaire du courrier de lyon, dont je ne maitrise pas les tenants le les aboutissants), mais sans plus.
Un livre emprunté à la bibliothèque par P’tit Raton qui veut découvrir les sommités de la culture française. Il semble qu’il a aimé même si je suis sûre qu’il a encore moins compris les blagues que moi, mais l’idée du champagne brut dans une amphore lui a plu, alors que demander de plus ?

57raton-liseur
Apr 8, 2015, 4:35 pm

46. Itinéraires nocturnes - Tim Powers ; traduction de Jean-Pierre Pugi
Recueil de nouvelles d’un grand nom de la science fiction, pourtant j’ai fini par me lasser de cette lecture, que j’ai eu bien du mal à finir. Les thèmes m’ont paru être toujours les mêmes, ressassés dans un sens et dans l’autre, mais toujours un peu de la même façon. C’est pourquoi j’ai bien aimé la première nouvelle, puis mon intérêt est allé décroissant.
Certaines m’ont parues très originales de par leur décor, ce qui me fait penser que cet auteur doit avoir un univers ou une inspiration bien à lui. Mais soit il ne sait pas traduire cela dans ses textes, soit le format de la nouvelle ne lui correspond pas. A voir si je laisse dans un futur (probablement lointain vus mes goûts de lecture du moment et vue ma vitesse de lecture tout simplement !) une autre chance à cet auteur en m’attaquant, pourquoi pas au livre que je lorgne depuis un moment, mais pour l’instant épuisé, Sur des mers plus ignorées.

58raton-liseur
Apr 9, 2015, 11:35 pm

47. Les 79 carrés - Malcom J. Bosse ; traduction de Rose-Marie Vassallo-Villaneau
Voilà un livre que j’aurais aimé aimer. Découvert au détour d’une note de lecture sur internet, j’ai été toute heureuse de voir que ma bibliothèque de quartier pas bien riche l’avait à son catalogue. Ni une ni deux, je l’ai emprunté, faisant prendre l’air à ce livre qui avait dû beaucoup dormir sur les étagères avant que je ne m’y plonge.
L’idée de départ est intéressante. Cet ado qui file un mauvais coton et qui, on ne sait trop comment, se plie au défi que lui lance un vieux monsieur qui reste des heures cloué sur sa chaise de jardin. Justement, ce jardin, le découper en 79 carrés de même dimension et passer une heure dans chaque carré. Les premiers carrés sont éprouvants : que faire, que regarder. Mais peu à peu, le regard se forme et c’est tout un monde qui s’ouvre à la perception d’Eric. Il apprend à regarder, il apprend à se passionner. Il en vient à lire des livres d’entomologie sous sa couette le soir, sa famille ne reconnaît plus ce grand garçon de 14 ans qui commençait à faire des bêtises plus grosses que lui…
Si le livre en était resté là, je crois que j’aurais apprécié sa lecture, et que je l’aurais plutôt bien apprécié. Mais ma lecture a été polluée par ce mystère puis cette révélation sur le passé du vieux grincheux. Cela donne même à l’expérience un goût plutôt amer. Il a en effet développé cette capacité à regarder peu mais très intensément pendant ses années d’enfermement dans une prison. Il a fait la même chose qu’Eric avec le plafond de sa cellule et a appris à s’en contenter pour remplir sa vie. Prépare-t-il Eric à savoir regarder et respecter la moindre petite parcelle de vie autour de lui, ou le prépare-t-il à pouvoir affronter l’enfermement sans devenir fou ?
Au final, je crois que ce livre m’a plus dérangée qu’il ne m’a plu, et je l’ai rendu à la bibliothèque sans remords, il pourra aller retourner dormir tranquillement sur son étagère. Je sais aussi que je ne le ferai pas lire à P’tit Raton ou à M’ni Raton quand ils auront l’âge, pas sûre que ce qu’un jeune lecteur en retire soit si positif que cela, un peu dommage pour de la littérature jeunesse qui veut faire grandir ses lecteurs.

59raton-liseur
Apr 9, 2015, 11:40 pm

48. Le bleu est une couleur chaude - Julie Maroh
Le titre m’intriguait depuis un bon bout de temps. Mais la polémique sur le film (dont je n’ai retenu que le fait qu’il contient une scène de sexe longue et explicite entre les deux personnages principaux), et puis le fait que ce sujet ne fait pas a priori partie de mes intérêts livresques, m’avaient retenue d’acheter ce « roman graphique » (comme l’on dit aujourd’hui). En le voyant à la bibliothèque, je me suis dit que ce serait une bonne pause dans mes lectures habituelles, et que je pourrais ainsi me faire ma propre opinion. Et bien j’ai aimé cette lecture que j’ai faite d’une traite, un samedi après-midi, avec une tasse de café bien chaude à portée de main (tiens, je me rends compte maintenant que c’est une étrange mise en abyme de la construction de cette histoire…).
Hormis le sujet de l’homosexualité féminine, je ne savais pas à quoi m’attendre, et j’ai aimé la façon dont est évoquée la quête de soi de cette jeune adolescente, Clémentine. J’ai aimé le regard bienveillant mais qui ne prend jamais parti qu’a adopté l’auteure (bien que l’on puisse imaginer qu’elle a puisé dans son propre vécu, puisqu’elle ne fait pas mystère de sa propre homosexualité, mais est-elle plutôt Clémentine, plutôt Emma ou, comme j’aurais tendance à le croire, cette question n’a-t-elle aucun sens ?). J’ai trouvé le ton très juste, même si je dois bien dire que je ne me suis jamais interrogée sur ma propre identité sexuelle, mais ce livre m’a semblé parler vrai, je crois que j’ai pu comprendre, et encore plus important, éprouver de l’empathie pour cette jeune adolescente qui ne sait comment interpréter ce qu’elle ressent, qui ne sait comment concilier ce qu’elle sait elle-même être la normalité et ce qu’elle se sent être. J’ai aimé que ce livre ne soit pas revendicatif, mais qu’il dise en douceur ce que c’est que d’accepter ce que l’on est et ce que c’est que de trouver la force de ne jamais le renier.
Alors certes, si la période de l’adolescence m’a véritablement, je dois, pour être honnête, dire que j’ai quelques réserves sur la seconde partie du livre, heureusement plus courte, lorsque Clémentine devient adulte. Un peu trop mélodramatique, tout en étant si banal, et puis surtout me semble-t-il un peu bâclé, comme pour trouver une fin à ce qui aurait pu ne pas en avoir.
Mais malgré cette réserve, c’est un très beau livre, que je relirais avec plaisir et que je le laisserais bien traîner sur la table du salon quand P´tit Raton et M´ni Raton seraient en âge de se poser ce genre de question. Je me souviens d’une BD sur le sida que j’avais reçu à Noël quand j’étais adolescente, sur le sida, qui m’avait beaucoup marquée et qui a probablement été la meilleure éducation sur la question que j’ai eue (hélas, même si je revois les images, je ne peux retrouver le titre et je ne l’ai pas sous la main), et je me dis qu’à cet âge-là cette bande dessinée aurait eu sur moi le même effet. En y réfléchissant, je me dis cependant que cette histoire est peut-être celle d’une génération, cette génération, la mienne, qui a oscillé entre liberté individuelle et conservatisme (pour ne pas dire intolérance), cette génération où il était normal d’assumer ce que l’on était, mais où il fallait encore s’attendre à se prendre dans la figure les formes les plus primitives du rejet de la différence. J’aimerais croire que les choses ont changé, que si mes enfants sont amenés à s’interroger de la même façon sur ce qu’ils sont, ils pourront le faire sereinement. J’aimerais le penser, j’aimerais le croire, et c’est pourquoi j’espère que ce roman est celui d’un moment de notre société, celui d’une génération. Mais je ne sais, peut-être suis-je bien trop naïve, comme le montrent les crispations qui traversent actuellement notre société sur bien des sujets. J’oscille, en refermant ce livre, entre espoir que cela soit un témoignage sombre et juste de ce qu’étaient les contradictions au tournant de ce siècle et la désillusion de ce que nous sommes et nous restons.
Un beau livre, une lecture que je suis heureuse d’avoir faite, qui me fait mieux comprendre les choses et qui dit ce que je n’aurais su exprimer. Malgré les imperfections de la seconde partie du livre, une lecture que j’espère pouvoir faire partager.

60raton-liseur
Edited: Apr 13, 2015, 6:18 pm

49. Personne pour m’accompagner - Nadine Gordimer ; traduction de Pierre Boyer
Livre lu en marge du défi de lecture « Nobel de littérature ». Voir note de lecture ici.

61raton-liseur
Apr 13, 2015, 6:23 pm

50. Fleur de tonnerre - Jean Teulé
Monsieur, vous êtes parfaitement aimable de m’accueillir en de tels termes. Si votre épouse le permet, puisque je suis cuisinière, je vous préparerai une soupe aux herbes. C’est ma spécialité, mon triomphe. Impossible de trouver un vivant qui en dise du mal.
(p. 182, Chapitre 15, “Vannes”).
Bon d’accord, je n’ai pas commencé la lecture de ce livre pour de bonnes raisons : je cherchais une lecture facile sur mes étagères un soir de mal de tête, et j’ai pris celui-là dont M’sieur Raton ne m’avait pas fait l’éloge, parce que de temps en temps, j’aime lire un livre dont je n’attends rien, me disant que je ne peux qu’être agréablement surprise, et s’il n’y a pas de surprise, j’aurais au moins la satisfaction d’écrire une note de lecture incisive. Pas très gentil, mais je n’ai jamais dit que je l’étais…
Pourtant, cette fois, ce livre a dépassé toutes mes espérances. Je ne sais comment le qualifier tant il est navrant. Une collection de faits, dont on ne saura pas ce qui est inventé et ce qui est avéré (je n’ai rien contre les romans historiques ou les biographies romancées, au contraire, j’apprécie d’en lire, mais une note démêlant l’avéré de l’imaginé à la fin du livre me paraît une nécessité dans ce genre d’exercice romanesque), aucun début de tentative d’explication des motifs de cette femme, vraiment aucune intérêt.

Si cela s’arrêtait là, ce serait médiocre, mais cela arrive. Mais ici, Teulé tente de masquer ce vide avec un style racoleur, du genre « pourquoi utiliser un vocabulaire riche ou même commun quand je peux être vulgaire », avec ce qu’il faut de grossièreté et de sexe pour satisfaire les foules. Et c’est vraiment cela, j’ai l’impression d’être prise pour une décérébrée qui ne peut apprécier un livre que si il est assez creux pour que je n’aie pas à penser. Le vocabulaire anachronique (tant dans la narration que, et c’est plus gênant, dans les dialogues), même si je suppose qu’il est sensé participer du style, m’ont tapé sur le système ; les sous-entendus faciles que le lecteur comprend parce que vous savez, nous les lecteurs on est du côté de l’écrivain et on sait des choses que les personnages eux ne savent pas m’ont eux aussi tapé sur le système.
Et pour finir, il faut tout de même noter quelques incohérences dans tout ce fatras. La grêle sur la tôle, l’élastique dans les cheveux me semblent, entre autres détails, troublants dans ce livre dont l’action se situe au milieu du XIXème siècle.
Je suppose que je suis dure et que je vais m’attirer les foudres de quelques inconditionnels de cet auteur, mais, même en cherchant, je n’ai rien trouvé d’intéressant dans ce livre, rien qui puisse me faire comprendre pourquoi il a tant de succès (à moins que ce livre ne soit une exception dans sa bibliographie, ce que je lui souhaite). Au revoir monsieur Teulé, votre carrière se continuera sans moi.

62raton-liseur
Edited: May 6, 2015, 4:21 pm

51. La Saga des Béothuks - Bernard Assiniwi
Et c’est ainsi que survit un peuple, une nation. Tout le savoir d’un homme ne sert à rien s’il n’est pas transmis. Toute transmission ne sert à rien si elle n’est pas comprise. Il faut donc toujours avoir les oreilles propres pour entendre et les yeux ouverts pour voir et comprendre. Voilà le secret de l’existence des Béothuks. C’est pourquoi, selon Camtac, les Béothuks vivraient toujours, même quand mourrait le dernier. Ils continueraient de vivre en d’autres. Dans d’autres mémoires. Dans d’autres apprentissages.
(p. 230, Chapitre 36, Partie 2, “Les envahisseurs”).
Je ne sais plus où j’ai entendu parler de ce livre, mais c’était il y a longtemps, et j’ai été agréablement surprise de le trouver à la bibliothèque de mon quartier, alors qu’il me semble qu’il est épuisé et que mes chances de pouvoir le lire étaient minces. Il m’a fallu de la persévérance pour pouvoir l’emprunter, non qu’il y ait une liste d’attente pour ce livre mais, allez savoir pourquoi, les livres québécois sont sous clef, et il a fallu des semaines avant que la bibliothécaire ne puisse enfin ouvrir la caverne d’Ali Baba. Peut-être espérais-je trop de ce livre, que je voulais à la hauteur de l’attente pour le lire ? Toujours est-il que j’ai été déçue de cette lecture et que j’ai bien failli l’abandonner en cours de route.
Le sujet avait tout pour me plaire : un peuple sur les terres que les cartes désignent aujourd’hui du nom de Terre-Neuve, qui se développe, qui vit, puis qui meure à petit feu avec l’implantation toujours plus conquérante des Européens. Une histoire triste, comme il y en a eu aux beaux jours de la soi-disant découverte des nouveaux continents, une histoire triste comme il s’en déroule aujourd’hui encore des dizaines, sous nos yeux presque, mais pour lesquelles nous ne faisons rien.
Mais la façon dont l’auteur traite ce sujet m’a dérangée. D’abord, on ne sait pas ce qui est vrai et ce qui est inventé, tant dans la chronologie (d’après celle présentée à la fin, l’auteur a pris quelques libertés avec les évènements, ce qui n’est pas un problème en soi mais aurait mérité d’être expliqué) que dans la relation des légendes et des traditions du peuple Béothuk qui est au cœur de cet ouvrage. Ensuite, les nombreuses scènes de sexe étaient-elles nécessaires ? J’en doute, car elles ne semblent rien apporter au récit et semble plutôt l’exutoire d’une obsession de l’auteur pour le sujet, en particulier une fascination assez malsaine pour la polygamie et l’homosexualité féminine. S’il y avait peut-être des choses intéressantes à dire sur ce sujet, l’auteur noie cela dans des descriptions longues et complaisantes qui m’ont lassées et ont failli me faire lâcher le livre.
J’ai persévéré car la seconde partie est un peu moins portée sur la chose, et j’ai voulu donner une seconde chance à ce livre. Mais j’ai été une nouvelle fois déçue. Si la fondation du groupe est bien décrite, en particulier la fondation des mythes qui sous-tendent l’organisation de la communauté, la mort de ce groupe ethnique est décrite d’une façon trop factuelle, sans véritable émotion et sans que l’on puisse véritablement s’indigner ou même s’émouvoir. Il y aurait eu beaucoup à dire sur cette incroyable incompréhension de part et d’autre, sur tous ces actes manqués qui jalonnent l’histoire des contacts entre civilisations. Il y aurait eu beaucoup à dire sur ce que ressentait cette dernière gardienne de la mémoire, qui savait que son peuple disparaitrait avec elle. Ces sujets sont abordés, mais, me semble-t-il, sont à peine effleurés, bien que le livre soit d’un volume respectable. Comment cela est possible ? Je ne saurais l’expliquer, mais ce livre, bien que traitant d’un sujet grave, complexe, passionnant, semble au final ne brasser que du vent, saupoudré d’une bonne dose de sexe, mais surtout du vent. J’espérais un tombeau à un peuple disparu, je n’ai trouvé que le vent glacé sur les baies où les chasseurs viennent s’abriter à la nuit tombée. Un rendez-vous littéraire manqué, et c’est bien dommage car j’aurais aimé aimer ce livre.

63raton-liseur
May 3, 2015, 12:21 am

52. Le Trésor des Aztèques - Evelyne Brisou-Pellen
Vue par un enfant aztèque, la chute de Tenochtitlan, quelques jours avant, puis la nuit de l’attaque des troupes de Cortes. Le jeune Citlal suit sa formation pour devenir guerrier, un poste honoré. Il rencontre Mia, une jeune Mixtèque de la caste des commerçants. L’histoire est simple, presque inexistante et est clairement un prétexte pour se promener dans les différents quartiers de la ville et les différentes couches de la population.
C’est un livre bien mené, où l’on peut apprendre de nombreuses choses sur la vie des Aztèques à la veille de leur chute. La résistance de la ville puis la prise de Tenochtitlan avec les bateaux de Cortes sont bien rendues et si l’histoire se finit sur les ruines d’une ville, nos deux héros sont encore plein d’espoir pour construire leur vie (ce qui ne représente guère ce que sera l’agonie d’une civilisation). Bien documenté historiquement, ce livre sera cependant probablement un peu ardu pour des enfants qui n’ont pas beaucoup de repère dans cette partie du monde. Je dirais que c’est surtout un livre pour accompagner des vacances avec des enfants sur les plateaux mexicains.

64raton-liseur
May 3, 2015, 12:23 am

53. La Mujer gris (La Femme grise) - Elizabeth Gaskell ; traduction de Ángela Pérez
Je sais, un livre en espagnol traduit de l’anglais, ce n’est probablement pas la meilleure introduction à un nouvel auteur. Mais bon, un livre à à peu près 40 centimes d’euros et en plus soldé à 80%, et neuf en plus, je n’ai pas pu résister…
Ce court roman n’est certes pas une œuvre maîtresse d’Elizabeth Gaskell, mais il se laisse agréablement lire et permet de passer un bon moment, avec du suspens (assez prévisible il faut l’admettre) et une histoire emberlificotée (mais toujours de jeune vierge innocente et abusée, on ne sort pas des canevas classiques). Il est amusant de voir le tour inattendu que prend cette histoire, partant d’une romantique idylle paysanne pour aboutir à une ambiance presque gothique et pour le moins très sombre, jusqu’aux cheveux de l’héroïne qui virent au gris tant sa peur est grande.
Un petit livre, à destiner en priorité aux amateurs d’Elizabeth Gaskell ou de romans obscurs (tant par leur contenu que par leur renommée) du XIXème siècle. Un petit livre à lire pour une aimable diversion victorienne.

65raton-liseur
Edited: May 3, 2015, 9:50 pm

54. Ibicus : Intégrale - Pascal Rabaté
Rabaté s’est trompé en achetant un petit livre dans une brocante, c’était d’Alexis Tolstoï, et non de Léon. Moi je me suis trompée en l’empruntant. Je ne sais pourquoi, je croyais que cette BD était une adaptation de Don Quichotte ! C’est donc avec beaucoup de surprise que j’ai continué ma lecture, plus dépaysée que je ne le pensais. Mais je dois avouer que je n’ai été conquise ni par l’histoire, qui tourne un peu en rond, de coups tordus en déboires, ni par le dessin, trop brouillon à mon goût.
Une BD, ou un roman graphique pour faire plus chic, qui m’a donc parue un peu indigeste et qui a pesé sur mon estomac de lectrice, même si j’ai réussi à aller jusqu’au bout, voulant en connaître la chute, qui n’est pourtant encore une fois qu’un éternel recommencement de la même histoire. Je ne sais si l’adaptation graphique est fidèle à la nouvelle d’Alexis Tolstoï et si on y retrouve la même lourdeur, mais je dois avouer que ce roman, pourtant primé de partout et en général très apprécié ne m’a pas convaincue du tout. Tous les goûts sont dans la nature, paraît-il.

66raton-liseur
May 5, 2015, 11:32 am

55. Le Cavalier suédois - Léo Perutz ; traduction de Martine Keyser
C’est au cours de mes errements sur internet que j’ai découvert cet auteur autrichien qui m’était jusqu’alors parfaitement inconnu. Découvert sur les étagères d’une brocante peu avant Noël, j’en ai entamé la lecture presque aussitôt, curieuse de découvrir un roman qui m’avait alléchée.
Le Cavalier suédois ne correspond pas du tout à ce à quoi je m’attendais. La petite touche de fantastique, le côté cape et épée assumé, tout cela je ne m’y attendais pas. Je pensais trouver un livre sérieux, apprendre quelque chose ou bien être amenée à réfléchir à je ne sais quelle question profonde. Rien de tout cela. Le Cavalier suédois est un simple livre de divertissement. Mais quel divertissement ! Une histoire extrêmement bien menée, où le fantastique est si bien traité que l’on se demande si c’est réalité ou rêve, des rebondissements qui ne sont pas d’une grande originalité, mais justement qui s’insèrent bien dans le récit et lui donnent un bon rythme.
En définitive, une lecture de divertissement qui ne prend pas les lecteurs pour des imbéciles, et donc un très bon moment de lecture-détente. C’est une belle découverte que ce roman et un auteur dont il faudra que je continue à explorer l’œuvre, qui a l’air diverse et qui promet d’être de belle qualité.

67raton-liseur
May 5, 2015, 11:40 am

56. Lucky Luke : Ma Dalton - Morris (Scénario) & René Goscinny (Dessins)
Je me suis bien amusée à la lecture de ce tome de Lucky Luke. De l’humour tout simple, pas désagréable, un bon petit scénario tout simple (à la limite du simpliste) mais bien ficelé. Et elle est marrante cette Ma Dalton entre sentiments maternels et chef d’une bande de hors-la-loi.
Je me suis laissée dire que c’est une des BD de la bonne période de Lucky Luke, celle où Morris et Goscinny étaient aux manettes, et que tout n’est pas du même acabit. Ma très petite expérience ne me permet pas de porter un jugement éclairé, mais pour ce tome, je n’ai pas boudé ma petite demi-heure de plaisir facile et de petit sourire au coin des lèvres.

68raton-liseur
May 5, 2015, 11:40 am

57. Flora des Embruns - Hervé Jaouen
Ah Saint-Raphaël, breuvage de la côte, liqueur des femmes de marins qui se meurent de chagrin, déclama-t-il. Sais-tu que cette marque bat tous ses records de ventes dans le canton ? On en boit plus ici que dans tout le reste de la France. A leur place je construirais une usine dans l'arrière-port, tu ne crois pas ?
(p. 45, Chapitre 6).
Flora des Embruns, c’est un bateau de pêche flambant neuf, c’est une femme qui fascine, c’est la propriétaire du café des Embruns. Que désigne le titre de ce livre, l’ambigüité subsiste et c’est de cette ambigüité que nait tout le sombre et le tragique de cette histoire.
J’avais beaucoup aimé le premier livre d’Hervé Jaouen, que j’ai lu il y a quelques mois, et j’aurais aimé aimer celui-là. Pourtant le compte n’y est pas. Ce roman, ou plus exactement cette longue nouvelle, semble être parmi les premiers écrits régionalistes de l’auteur, après qu’il se soit consacré aux romans noirs. Et effectivement, le roman appartient aux deux genres, mais il ne me paraît convaincant dans aucun des deux domaines. L’atmosphère est noire, mais les évènements sont pour les uns trop prévisibles et pour les autres totalement sortis du chapeau, les personnages ne sont pas crédibles pour deux sous et c’est dommage. Le personnage de Viviane, notamment, et la vulgarité que l’auteur lui prête m’ont beaucoup dérangés, et je n’ai pas compris leur intérêt sinon pour remplir le cahier des charges des clichés du roman noir. Dans la veine régionaliste, il y a bien quelques petites choses bien vues, notamment cette consommation toute locale du Saint-Raphaël, mais elles sont noyées dans l’histoire et je n’ai pas réussi à les apprécier.
Pourtant elle promettait une belle lecture cette histoire du marin disparu en mer au lendemain de ses noces et sa veuve qui va, depuis vingt ans, prier Notre-Dame des Péris-en-Mer pour qu’il ne revienne pas… Mais non, c’est une lecture ratée en ce qui me concerne. Elle ne me fâche pas pour autant avec Hervé Jaouen, seulement je sais que je me tiendrai éloignée de ses romans noirs, et je retournerai à des œuvres plus récentes de l’auteur, celles où ses romans bretons sont bien tournés et me donnent la nostalgie de mon chez moi.

69raton-liseur
May 5, 2015, 11:55 am

Après avoir fini il y a quelques temps ma liste de lecture audio de l’année dernière, je suis enfin arrivée au terme de celle des livres papier. Ce sont donc ces 57 livres que j’ai lus au cours de l’année dernière, et toutes mes impressions de lecture qui y sont attachées.
Je m’arrête donc là, et ne continuerai à alimenter que les listes de lecture thématiques. Je continue, malgré mon retard, à vouloir finaliser mes défis de lecture de récits de voyages et de Nobels de littérature. Et je continue mes listes pour des lectures un peu particulières. Celle des Thibault est en cours, et j’ai pour projet, lorsqu’elle sera achevée, de me lancer dans une lecture au long cours des Rougon-Macquart, mais à voir s’il me vient d’autres idées qui orienteront dans un sens ou dans l’autre mes lectures dans les mois qui viennent.
Bon vent à ceux qui continuent à animer cette liste de discussion, je serai beaucoup moins active à partir de maintenant, moi qui ne l’étais déjà pas beaucoup, mais je continuerai à venir faire un tour de temps en temps, ce qui me permettra de continuer à élargir mes horizons de lecture. Bon vagabondage livresque à tous.

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