
David Benoit (1)
Author of Agone
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Agone c’est Warhammer qui part à la rencontre de Gérard de Nerval. Le jeu s’enracine clairement dans les fondations solides d’un jeu d’heroic fantasy classique et brutal où le Mal s’installe insidieusement dans des royaumes moyenâgeux tels que le fan de fantasy se les représente habituellement. La touche de génie est de faire mariner tout ça dans la poésie, la subtilité et la beauté de la culture française que le style de Mathieu Gaborit incarne très bien.
Donc tous les show more tropes classiques de l’heroic fantasy sont présents et parfaitement exploitables: cliquetis des armures, races exotiques, génèse mythique, héroïsme, quêtes, batailles, magie…
Enchanteur, le jeu l’est plus que tout ce que j’ai pu lire d’autre dans le genre. On échappe aux elfes et on récupère des races (jouables) féériques (lutins, farfadets, fées noires) et/ou issues de l’antiquité grecque (minotaures, méduses). Le caractère “spécial” des PJs est magnifiquement illustré par la métaphore de la Flamme; ils sont des “Inspirés”. La magie est elle aussi envoutante: magie des danseurs, magie par les Arts. Bref c’est flamboyant, évocateur et tout simplement beau. Un régal pour les sens et l’imaginaire. Pour moi c’est l’alliance de l’héroïque et du poétique qui fonctionne diablement bien. Le lyrisme de Gaborit se retrouve enchâssé dans un univers brutal, dangereux, impitoyable en proie à de nombreuses menaces. C’est cette alliance qui fait le sel et la tonalité sublime de ce jeu.
Donc on lutte contre le Mal. Plus précisément une double menace: celle du Masque, le bad guy du jeu qui est formidable et envoie ses agents secrets partout dans les Royaumes Crépusculaires pour tirer les fils de ses intrigues retorses et faire triompher le mensonge et la duplicité. Puis il y a l’Ombre, avec son cortège de diables et démons qui, malgré la terreur qu’elle inspire est une force neutre manipulée par le masque. Le jeu invite à (supposément à haut niveau) à jouer de cette ambivalence et de cette ambiguïté sur la nature de l’Ombre pour rentrer dans des intrigues ou négociations quasi-cosmiques.
On lutte, mais de manière mature. Oubliez tout de suite le zero-to-hero ou un palefrenier loyal bon se retrouve sur les routes de l’aventure et finit paladin niveau 20 à force de terrasser des légions de gobelins. Non ici vous jouez des quarantenaires au sommet de leurs carrières avec les responsabilités qui vont avec. Des vieux de la vieille avec des cicatrices et un historique que vous pouvez rendre passionnant. Le contact avec le Masque et l’Ombre risque d’assombrir votre Flamme et il y aura des choix difficiles à faire.
Au-delà de ces conflits le jeu vous donne énormément de cartouches pour mettre en musique des campagnes très variées. Il regorge de pistes d’intrigues (géo-)politiques entre royaumes, intra-royaumes, il propose des organisations quasi internationales comme le Cryptogramme-Magicien qui complexifient l’échiquier. Le jeu à la patte assez légère sur la religion mais il y a tout de même des pistes intéressantes. Agone peut également se concevoir, au moins partiellement, comme un jeu de gestion de domaine (avec une extension dédiée) si avec tout ça vous n’en aviez pas assez. Bref, la richesse du jeu (sans rentrer dans la description des Royaumes, pour la plupart très intéressants et dans le ton) permet de camoufler la présence du Masque et d’éviter de le rendre omniprésent (une force de Warhammer 1ère édition, dans mon souvenir).
Il y a certes quelques maladresses de formes (quelques bugs de système, coquilles ou concepts de background pas toujours 100% cohérents) mais rien qui freinera vraiment les ardeurs des plus enflammés. Le système de jeu est classique pour l’époque, j’ai quelques griefs comme la prévalence du système d’expérience sur le système de vieillissement, ou la nature des sorts qui me semble pas assez marquée par l’originalité des arts magiques évoqués. Mais tout ceci peut s’ajuster sans trop de difficultés.
Tout ça est livré en 300 pages bien écrites et avec un esprit de synthèse vraiment remarquable. Tout est là, tous les concepts sont abordés, quasiment chaque page fait son office et transmet la flamme de ses auteurs et leurs intentions. C’est riche, complet, cohérent et très bien pensé. On referme l’ouvrage et on se plonge dans la couverture de Franck Achard et Julien Delval, et voilà. show less
Donc tous les show more tropes classiques de l’heroic fantasy sont présents et parfaitement exploitables: cliquetis des armures, races exotiques, génèse mythique, héroïsme, quêtes, batailles, magie…
Enchanteur, le jeu l’est plus que tout ce que j’ai pu lire d’autre dans le genre. On échappe aux elfes et on récupère des races (jouables) féériques (lutins, farfadets, fées noires) et/ou issues de l’antiquité grecque (minotaures, méduses). Le caractère “spécial” des PJs est magnifiquement illustré par la métaphore de la Flamme; ils sont des “Inspirés”. La magie est elle aussi envoutante: magie des danseurs, magie par les Arts. Bref c’est flamboyant, évocateur et tout simplement beau. Un régal pour les sens et l’imaginaire. Pour moi c’est l’alliance de l’héroïque et du poétique qui fonctionne diablement bien. Le lyrisme de Gaborit se retrouve enchâssé dans un univers brutal, dangereux, impitoyable en proie à de nombreuses menaces. C’est cette alliance qui fait le sel et la tonalité sublime de ce jeu.
Donc on lutte contre le Mal. Plus précisément une double menace: celle du Masque, le bad guy du jeu qui est formidable et envoie ses agents secrets partout dans les Royaumes Crépusculaires pour tirer les fils de ses intrigues retorses et faire triompher le mensonge et la duplicité. Puis il y a l’Ombre, avec son cortège de diables et démons qui, malgré la terreur qu’elle inspire est une force neutre manipulée par le masque. Le jeu invite à (supposément à haut niveau) à jouer de cette ambivalence et de cette ambiguïté sur la nature de l’Ombre pour rentrer dans des intrigues ou négociations quasi-cosmiques.
On lutte, mais de manière mature. Oubliez tout de suite le zero-to-hero ou un palefrenier loyal bon se retrouve sur les routes de l’aventure et finit paladin niveau 20 à force de terrasser des légions de gobelins. Non ici vous jouez des quarantenaires au sommet de leurs carrières avec les responsabilités qui vont avec. Des vieux de la vieille avec des cicatrices et un historique que vous pouvez rendre passionnant. Le contact avec le Masque et l’Ombre risque d’assombrir votre Flamme et il y aura des choix difficiles à faire.
Au-delà de ces conflits le jeu vous donne énormément de cartouches pour mettre en musique des campagnes très variées. Il regorge de pistes d’intrigues (géo-)politiques entre royaumes, intra-royaumes, il propose des organisations quasi internationales comme le Cryptogramme-Magicien qui complexifient l’échiquier. Le jeu à la patte assez légère sur la religion mais il y a tout de même des pistes intéressantes. Agone peut également se concevoir, au moins partiellement, comme un jeu de gestion de domaine (avec une extension dédiée) si avec tout ça vous n’en aviez pas assez. Bref, la richesse du jeu (sans rentrer dans la description des Royaumes, pour la plupart très intéressants et dans le ton) permet de camoufler la présence du Masque et d’éviter de le rendre omniprésent (une force de Warhammer 1ère édition, dans mon souvenir).
Il y a certes quelques maladresses de formes (quelques bugs de système, coquilles ou concepts de background pas toujours 100% cohérents) mais rien qui freinera vraiment les ardeurs des plus enflammés. Le système de jeu est classique pour l’époque, j’ai quelques griefs comme la prévalence du système d’expérience sur le système de vieillissement, ou la nature des sorts qui me semble pas assez marquée par l’originalité des arts magiques évoqués. Mais tout ceci peut s’ajuster sans trop de difficultés.
Tout ça est livré en 300 pages bien écrites et avec un esprit de synthèse vraiment remarquable. Tout est là, tous les concepts sont abordés, quasiment chaque page fait son office et transmet la flamme de ses auteurs et leurs intentions. C’est riche, complet, cohérent et très bien pensé. On referme l’ouvrage et on se plonge dans la couverture de Franck Achard et Julien Delval, et voilà. show less
Sep 24, 2021 (Edited)French
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