Le Persan
by Alexander Ilitschewski
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Je parcours régulièrement la littérature russe contemporaine et je suis souvent déçue par ce que je trouve. Je viens au contraire de finir avec bonheur Le Persan — Перс — d'Ilichevsky. Avec bonheur même si la mise en route était un peu difficile et même si j'ai un peu souffert sur le dernier tiers : le roman (mais est-ce totalement un roman ?) est magnifique malgré son lot d'imperfections et de longueurs (il traine un peu avant de se concentrer sur l’Azerbaïdjan, l'épisode californien aurait pu être coupé avec toute l'histoire du mariage et du fils du narrateur, il me semble, et le discours philosophico-religieux du derniers tiers est un peu attendu).
Mais cependant le livre ne déçoit pas les attentes qu'il show more offre dès l'ouverture. Le narrateur est un géologue qui revient en Azerbaïdjan après une carrière sur divers sites pétroliers. Il retrouve là un ami d'enfance qui gère un parc naturel au sud de la capitale, une réserve d'oiseaux rares, tout en développant autour de lui (à son corps défendant ?) ce qui de mois en mois va de plus en plus ressembler à une secte. Il n'y a pas à proprement parler d'intrigue ou de continuité dans le récit, le livre suit le fil de la pensée du narrateur alors qu'il rédige un tombeau pour son ami et sans doute aussi pour une certaine forme d'orient qui se transforme douloureusement depuis une trentaine d'années.
Suivre le fil de la pensée, cela implique une succession de récits emboîtés, de digressions, d'anecdotes, de références littéraires (essentiellement aux poètes russes de la période révolutionnaire, notamment Khlebnikov). Le livre décrit Bakou à la période soviétique (l'enfance du narrateur, l'époque de la guerre, Stalingrad, et plus loin, le temps de la mise en chantier de la prospection pétrolière, le temps des Nobel — et la révolution islamique en Iran ou la guerre civile des années 1990), il parle ainsi de pétrole, d'écologie, de Ben Laden, de politique, d'islam, de la fin du monde soviétique, des cheikhs qataris, de la révolution iranienne en allant juste d'une digression à une autre(pour qui aime lire cartes et atlas en main, le livre est un délice, chaque lieu existe et prend une profondeur inégalée de cette association du texte et de la carte ou de la photo satellite).
S'il fallait suivre un fil rouge — le kite du Persan qui évoque autant le cerf-volant que le faucon : il est beaucoup question d'avions, de vol, de chasse, du dressage des oiseaux comme du dressage, de la manipulation des hommes. Est-ce vraiment un roman ? Le texte tient aussi du récit de voyages, un peu sur le mode du Éloge des voyages insensés de Vassili Golovanov — un texte à la première personne qui mêle aux sentiments d'un narrateur russe d'aujourd'hui la description d'un lieu, de son histoire, de ses habitants et l'évoque également au sein d'une quête spirituelle.
En somme, un livre difficile par moments mais riche de réflexions et d'ouvertures sur ce qui nous fait toujours rêver, le voyage littéraire. show less
Mais cependant le livre ne déçoit pas les attentes qu'il show more offre dès l'ouverture. Le narrateur est un géologue qui revient en Azerbaïdjan après une carrière sur divers sites pétroliers. Il retrouve là un ami d'enfance qui gère un parc naturel au sud de la capitale, une réserve d'oiseaux rares, tout en développant autour de lui (à son corps défendant ?) ce qui de mois en mois va de plus en plus ressembler à une secte. Il n'y a pas à proprement parler d'intrigue ou de continuité dans le récit, le livre suit le fil de la pensée du narrateur alors qu'il rédige un tombeau pour son ami et sans doute aussi pour une certaine forme d'orient qui se transforme douloureusement depuis une trentaine d'années.
Suivre le fil de la pensée, cela implique une succession de récits emboîtés, de digressions, d'anecdotes, de références littéraires (essentiellement aux poètes russes de la période révolutionnaire, notamment Khlebnikov). Le livre décrit Bakou à la période soviétique (l'enfance du narrateur, l'époque de la guerre, Stalingrad, et plus loin, le temps de la mise en chantier de la prospection pétrolière, le temps des Nobel — et la révolution islamique en Iran ou la guerre civile des années 1990), il parle ainsi de pétrole, d'écologie, de Ben Laden, de politique, d'islam, de la fin du monde soviétique, des cheikhs qataris, de la révolution iranienne en allant juste d'une digression à une autre(pour qui aime lire cartes et atlas en main, le livre est un délice, chaque lieu existe et prend une profondeur inégalée de cette association du texte et de la carte ou de la photo satellite).
S'il fallait suivre un fil rouge — le kite du Persan qui évoque autant le cerf-volant que le faucon : il est beaucoup question d'avions, de vol, de chasse, du dressage des oiseaux comme du dressage, de la manipulation des hommes. Est-ce vraiment un roman ? Le texte tient aussi du récit de voyages, un peu sur le mode du Éloge des voyages insensés de Vassili Golovanov — un texte à la première personne qui mêle aux sentiments d'un narrateur russe d'aujourd'hui la description d'un lieu, de son histoire, de ses habitants et l'évoque également au sein d'une quête spirituelle.
En somme, un livre difficile par moments mais riche de réflexions et d'ouvertures sur ce qui nous fait toujours rêver, le voyage littéraire. show less
Jul 17, 2015French
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