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1boleslasditboby
Je me présente, Patrice, 67 ans, fils et petit fils de mineurs du Nord de la France, (Avion, commune limitrophe de Lens) . je ne suis pas allé à l'école mais avec cet objet magique qu'est le livre j'ai pu apprendre et comprendre la vie.
A 14 ans, j'ai lu mon premier livre, Germinal, et depuis, ça a été livre sur livre;. Je n'ai jamais eu un sou devant moi (ouvrier), mais qu'est-ce-que j'ai pu voyager!....J'en ai traversé des pays... des gens, j'en ai rencontré de toutes sortes, des rois, des princes, des voyous, des paumés, des rêveurs, des bons mais bien moins que des mauvais...C'est pas compliqué, pour moi qui ne suis jamais parti en vacances, le livre a été ma petite agence de voyages (du pauvre, certes) mais qu'elle richesse là dedans!
Tout ça pour dire quoi?....Zola et ses Rougon macquart ont été mes compagnons de vie, mon école, pis encore....ma famille
Je ne sais pas vous, mais moi j'aimerai assez discuter de ce phénomène et savoir si je suis le seul à m'être laissé emporter par ce chef-d-oeuvre qu'est les Rougon Macquart.
Bien sûr, tout le monde ne partage pas mon avis, mais ce n'est pas un problème, pourquoi ne pas en parler!
Et puis, de voir ce groupe francophone dormant.....ça m'fout les boules
A 14 ans, j'ai lu mon premier livre, Germinal, et depuis, ça a été livre sur livre;. Je n'ai jamais eu un sou devant moi (ouvrier), mais qu'est-ce-que j'ai pu voyager!....J'en ai traversé des pays... des gens, j'en ai rencontré de toutes sortes, des rois, des princes, des voyous, des paumés, des rêveurs, des bons mais bien moins que des mauvais...C'est pas compliqué, pour moi qui ne suis jamais parti en vacances, le livre a été ma petite agence de voyages (du pauvre, certes) mais qu'elle richesse là dedans!
Tout ça pour dire quoi?....Zola et ses Rougon macquart ont été mes compagnons de vie, mon école, pis encore....ma famille
Je ne sais pas vous, mais moi j'aimerai assez discuter de ce phénomène et savoir si je suis le seul à m'être laissé emporter par ce chef-d-oeuvre qu'est les Rougon Macquart.
Bien sûr, tout le monde ne partage pas mon avis, mais ce n'est pas un problème, pourquoi ne pas en parler!
Et puis, de voir ce groupe francophone dormant.....ça m'fout les boules
2boleslasditboby
Comme il n'y a pas grand monde à qui parler, j'engage la conversation avec moi-même....débile, non?
Et si on commençait par Germinal
les mineurs au temps d'Emile Zola
S'il a choisi l'univers des mineurs pour situer son décor, ce n'est pas par hasard: les accidents y sont fréquents et l'agitation sociale aussi. Toujours animé du désir de voir de ses propres yeux le spectacle qu'il décrit, il décide d'aller visiter les corons du Nord. Le voici à Denain, où une conversation avec un ancien mineur lui ouvre des horizons nouveaux. Mais cela ne lui suffit pas et il obtient l'autorisation de descendre dans un puits.
Malgré son embonpoint, malgré le froid qui règne à une certaine profondeur, courbé en deux, haletant, à bout de forces, Zola va jusqu'au bout de son exploration. Elle lui inspire un tableau d'un réalisme saisissant quand il raconte la tâche quotidienne des mineurs:
« Ils cessaient de sentir l'eau qui ruisselait et enflait leurs membres, les crampes des attitudes forcées, l'étouffement des ténèbres. Pourtant, à mesure que la journée avançait, l'air s'empoisonnait davantage, se chauffait de la fumée des lampes, de la pestilence des haleines, de l'asphyxie du grisou... Eux, au fond de leur trou de taupe, sous le poids de la terre, n'ayant plus de souffle dans leurs poitrines embrasées, tapaient toujours.»
Zola ne pourrait raconter ce qu'il voit avec de tels accents de vérité s'il n'était déjà gagné à la cause de ceux dont il parle, s'il ne blâmait pas au fond de lui les conditions d'existence qui sont les leurs.
On peut dire ce que l'on veut, mais si ce n'était un mineur ou un génie....qui pouvait écrire Germinal, personne!
Et si on commençait par Germinal
les mineurs au temps d'Emile Zola
S'il a choisi l'univers des mineurs pour situer son décor, ce n'est pas par hasard: les accidents y sont fréquents et l'agitation sociale aussi. Toujours animé du désir de voir de ses propres yeux le spectacle qu'il décrit, il décide d'aller visiter les corons du Nord. Le voici à Denain, où une conversation avec un ancien mineur lui ouvre des horizons nouveaux. Mais cela ne lui suffit pas et il obtient l'autorisation de descendre dans un puits.
Malgré son embonpoint, malgré le froid qui règne à une certaine profondeur, courbé en deux, haletant, à bout de forces, Zola va jusqu'au bout de son exploration. Elle lui inspire un tableau d'un réalisme saisissant quand il raconte la tâche quotidienne des mineurs:
« Ils cessaient de sentir l'eau qui ruisselait et enflait leurs membres, les crampes des attitudes forcées, l'étouffement des ténèbres. Pourtant, à mesure que la journée avançait, l'air s'empoisonnait davantage, se chauffait de la fumée des lampes, de la pestilence des haleines, de l'asphyxie du grisou... Eux, au fond de leur trou de taupe, sous le poids de la terre, n'ayant plus de souffle dans leurs poitrines embrasées, tapaient toujours.»
Zola ne pourrait raconter ce qu'il voit avec de tels accents de vérité s'il n'était déjà gagné à la cause de ceux dont il parle, s'il ne blâmait pas au fond de lui les conditions d'existence qui sont les leurs.
On peut dire ce que l'on veut, mais si ce n'était un mineur ou un génie....qui pouvait écrire Germinal, personne!
3LolaWalser
Bonjour, Patrice, j'écouterais volontiers vos remarques sur Zola, j'en ai lu seulement trois ou quatre romans mais il m'a toujours été sympathique pour son côté d'écrivain engagé.
4boleslasditboby
Bonjour Lola, je n'ai ni la formation ni les armes pour analyser les écrits de Zola, par contre ,te dire ce qu'il m'a donné comme émotions, là dessus, je n'ai aucun problème pour en discuter. Comme je l'ai déjà dit , ma première lecture a été Germinal. Quand j'ai refermé le livre, j'étais comme qui dirait sonné. Je n'avais que 14 ans, j'étais complètement insouciant du présent comme de l'avenir, mais après avoir lu, j'ai compris que j'avais une vie devant moi. Et alors que j'étais destiné à descendre au fond, à entamer ma vie de mineur, je me suis dit NON! Il était désormais interdit pour moi, d'accepter cette vie de damné. Sans même m'en apercevoir, une conscience et un sentiment de révolte m'étaient venus. Sans même m'en apercevoir, j'ai commencé à réfléchir, sans même m'en apercevoir je me suis mis à être curieux de l'homme. Sans même s'en apercevoir, le gamin inculte que j'étais s'est mis à chercher à comprendre, à apprendre, non pas pour le savoir mais uniquement pour comprendre. Par la même occasion, je m'étais trouvé une vocation...NE RIEN FAIRE. Et puis, cerise sur le gâteau....maintenant que je savais que l'on pouvait quitter son corps et partir l'espace d'une lecture.....je n'allais pas me gêner!
Et pourtant. Quand j'ai lu germinal, j'étais sorti de mon corps mais pour aller où? ...Ne pas sortir de mon coron! Bonnemort, la première personne que rencontre Lantier ,est la copie conforme d'un tas de vieillards d'à peine cinquante qui peuplent le coron. Maheu, il a un peu de mon père. Ma mère n'a rien à voir avec la Maheude, malheureusement pour moi, c'est la Levaque tout craché. Et ces mineurs , tous , sans exception étaient mes voisins, des connaissances que je retrouvais non pas dans le physique , mais dans l'esprit. Et ce climat, cette culture mineur, rien ne m'était inconnu, tout était vrai,palpable. Zola m'avait pour la toute première fois ouvert les yeux, je comprenais mes voisins, je comprenais mon père en gros, tout fils de mineur que j'étais, je n'avais encore rien vu du monde qui m'entourait et pour la première fois sans bien en comprendre le pourquoi, je me suis surpris à être fier d'appartenir à cette race d'hommes que je m'étais pourtant promis de quitter au plus vite.
Dés que je l'ai pu, peu de temps après une seconde lecture de Germinal, je suis allé en librairie , non pas acheter, mais voler un par un, les 20 volumes des Rougon Macquart
Et pourtant. Quand j'ai lu germinal, j'étais sorti de mon corps mais pour aller où? ...Ne pas sortir de mon coron! Bonnemort, la première personne que rencontre Lantier ,est la copie conforme d'un tas de vieillards d'à peine cinquante qui peuplent le coron. Maheu, il a un peu de mon père. Ma mère n'a rien à voir avec la Maheude, malheureusement pour moi, c'est la Levaque tout craché. Et ces mineurs , tous , sans exception étaient mes voisins, des connaissances que je retrouvais non pas dans le physique , mais dans l'esprit. Et ce climat, cette culture mineur, rien ne m'était inconnu, tout était vrai,palpable. Zola m'avait pour la toute première fois ouvert les yeux, je comprenais mes voisins, je comprenais mon père en gros, tout fils de mineur que j'étais, je n'avais encore rien vu du monde qui m'entourait et pour la première fois sans bien en comprendre le pourquoi, je me suis surpris à être fier d'appartenir à cette race d'hommes que je m'étais pourtant promis de quitter au plus vite.
Dés que je l'ai pu, peu de temps après une seconde lecture de Germinal, je suis allé en librairie , non pas acheter, mais voler un par un, les 20 volumes des Rougon Macquart
5LolaWalser
Quel récit passionnant, ça me donne une envie folle d'aller chercher ma copie de Germinal à l'instant (beaucoup plus facile à dire qu'à faire...), je ne l'ai pas relu depuis mes quinze ans. Dommage que la plupart des liseurs de Zola ici (y en a des tas) discutent leurs lectures en anglais... Il y a encore plus de gens dont la vie se déroule sous l'emprise des livres telle que la vôtre, dans ces voyages intérieurs que vous peignez si bien.
6boleslasditboby
En 1965 les conditions d"exploitation n'étaient pas les mêmes qu'à l'époque de Germinal,, mais là n'était pas mon problème, mes questions . De la vie je ne connaissais rien, sinon ce que l'on m'avait appris à l'école . Pour l'heure, après ma seconde lecture de Germinal , je compris que l'école n'avait été que foutaises, on nous avait enseigné quoi....la lecture, l'écriture , les quatre opérations et tout le nécessaire pour être un bon ouvrier, un bon père de famille ....le courage, le travail, la sobriété, l'honnêteté, l'obéissance et le respect de la hiérarchie, être à l'écoute et discipliné, j'en passe et des meilleures.
Après avoir lu, ce n'était pas d'actualité, mais je me refusais, pour l'avenir, à fonder une famille. Après avoir lu, je refusais net et , là ,c'était d'actualité, à descendre au fond . Radical, non?
Non, je ne me voyais pas traverser l'espace d'une vie de travail, de sobriété, d'honnêteté, d'obéissance de respect et d'écoute pour en arriver là
La rencontre de Lantier avec Bonnemort
-Moi,dit-il, je sui de Montsou, je m'appelle Bonnemort.
-C'est un surnom ? demanda Etienne étonné.
Le vieux eut un ricanement d'aise et, montrant le Voreux;
- Oui, oui...on m'a retiré trois fois de là dedans en morceaux, une fois avec tout le poil roussi, une autre avec de la terre jusque dans lé gésier, la troisième avec le ventre gonflé d'eau comme une grenouille...Alors, quand ils ont vu que je ne voulais pas crever, ils m'ont appelé Bonnemort, pour rire
Quelques lignes plus loin
Etienne à Bonnemort
-Il y a longtemps que vous travaillez à la mine?
Bonnemort ouvrit tout grand les deux bras
— Longtemps, ah ! oui !… Je n'avais pas huit ans, lorsque je suis descendu, tenez ! juste dans le Voreux, et j'en ai cinquante-huit, à cette heure. Calculez un peu… J'ai tout fait là-dedans, galibot d'abord, puis herscheur, quand j'ai eu la force de rouler, puis haveur pendant dix-huit ans. Ensuite, à cause de mes sacrées jambes, ils m'ont mis de la coupe à terre, remblayeur, raccommodeur, jusqu'au moment où il leur a fallu me sortir du fond, parce que le médecin disait que j'allais y rester. Alors, il y a cinq années de cela, ils m'ont fait charretier… Hein ? c'est joli, cinquante ans de mine, dont quarante-cinq au fond !
Encore quelque lignes plus loin
Un raclement monta de sa gorge, il cracha noir.
-Est-ce-que c'est du sang ? demanda Etienne , osant enfin le questionner.
Lentement, Bonnemort s'essuyait la bouche d'un revers de main.
-C'est du charbon...J'en ai dans la carcasse de quoi me chauffer jusqu'à la fin de mes jours.Et voilà cinq ans que je ne remets pas les pieds au fond. J'avais ça en magasin, paraît il, sans même m'en douter. Bah, ça conserve!
Il était là, mon avenir!?
Le soir même, j'annonçais à mes parents que je ne travaillerais pas à la mine
-Et pour faire quoi ? me demanda un mère plus scandalisée qu'inquiète.
-J'en sais rien...rien peut être!
Merci monsieur Zola, sans Germinal......??????
Après avoir lu, ce n'était pas d'actualité, mais je me refusais, pour l'avenir, à fonder une famille. Après avoir lu, je refusais net et , là ,c'était d'actualité, à descendre au fond . Radical, non?
Non, je ne me voyais pas traverser l'espace d'une vie de travail, de sobriété, d'honnêteté, d'obéissance de respect et d'écoute pour en arriver là
La rencontre de Lantier avec Bonnemort
-Moi,dit-il, je sui de Montsou, je m'appelle Bonnemort.
-C'est un surnom ? demanda Etienne étonné.
Le vieux eut un ricanement d'aise et, montrant le Voreux;
- Oui, oui...on m'a retiré trois fois de là dedans en morceaux, une fois avec tout le poil roussi, une autre avec de la terre jusque dans lé gésier, la troisième avec le ventre gonflé d'eau comme une grenouille...Alors, quand ils ont vu que je ne voulais pas crever, ils m'ont appelé Bonnemort, pour rire
Quelques lignes plus loin
Etienne à Bonnemort
-Il y a longtemps que vous travaillez à la mine?
Bonnemort ouvrit tout grand les deux bras
— Longtemps, ah ! oui !… Je n'avais pas huit ans, lorsque je suis descendu, tenez ! juste dans le Voreux, et j'en ai cinquante-huit, à cette heure. Calculez un peu… J'ai tout fait là-dedans, galibot d'abord, puis herscheur, quand j'ai eu la force de rouler, puis haveur pendant dix-huit ans. Ensuite, à cause de mes sacrées jambes, ils m'ont mis de la coupe à terre, remblayeur, raccommodeur, jusqu'au moment où il leur a fallu me sortir du fond, parce que le médecin disait que j'allais y rester. Alors, il y a cinq années de cela, ils m'ont fait charretier… Hein ? c'est joli, cinquante ans de mine, dont quarante-cinq au fond !
Encore quelque lignes plus loin
Un raclement monta de sa gorge, il cracha noir.
-Est-ce-que c'est du sang ? demanda Etienne , osant enfin le questionner.
Lentement, Bonnemort s'essuyait la bouche d'un revers de main.
-C'est du charbon...J'en ai dans la carcasse de quoi me chauffer jusqu'à la fin de mes jours.Et voilà cinq ans que je ne remets pas les pieds au fond. J'avais ça en magasin, paraît il, sans même m'en douter. Bah, ça conserve!
Il était là, mon avenir!?
Le soir même, j'annonçais à mes parents que je ne travaillerais pas à la mine
-Et pour faire quoi ? me demanda un mère plus scandalisée qu'inquiète.
-J'en sais rien...rien peut être!
Merci monsieur Zola, sans Germinal......??????
7LolaWalser
Extraordinaire, l'effet qu'un seul livre peut avoir sur nos vies.
8boleslasditboby
Amis francophones, les Rougon-Macquart ça ne vous fait ni chaud ni froid ?
9LolaWalser
Ben moi, j'ai déniché ma copie de La fortune des Rougons; on commencera par le commencement!, je ne l'ai jamais lu.
10boleslasditboby
Ce n'est pas le plus passionnant mais il est intéressant tout comme le Docteur Pascal qui conclue la série, de savoir d'où on vient. Par ailleurs on peut très bien lire les romans sans se soucier de l'ordre.
La semaine dernière j'ai trouvé des éditions anciennes et populaires des RM des Editions Parisiennes (190?), je vais pouvoir les ajouter à ceux de la Select-Collection de chez Flammarion (1930). Je suit trop content de cette trouvaille.
Je viens de terminer la lecture de Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, je le conseille fortement , c'est un roman à lire absolument. Un prix Goncourt amplement mérité.
Bonne lecture
La semaine dernière j'ai trouvé des éditions anciennes et populaires des RM des Editions Parisiennes (190?), je vais pouvoir les ajouter à ceux de la Select-Collection de chez Flammarion (1930). Je suit trop content de cette trouvaille.
Je viens de terminer la lecture de Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, je le conseille fortement , c'est un roman à lire absolument. Un prix Goncourt amplement mérité.
Bonne lecture
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