Raton-Liseur - Lecture au long cours : Les Rougon-Macquart d’Emile Zola

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Raton-Liseur - Lecture au long cours : Les Rougon-Macquart d’Emile Zola

1raton-liseur
Edited: Feb 23, 2023, 12:55 pm

Je me souviens de ma première rencontre avec Emile Zola. C’était en quatrième, le prof de français avait décidé de nous faire lire L’Assomoir. Il y avait une édition de poche à mes parents à la maison, avec une couverture des années 60. J’ai ouvert ce livre en élève disciplinée, mais très vite, je suis tombée dedans et le souvenir de ce choc littéraire est encore vivace.
C’est la première fois que je lisais un roman qui racontait la vraie vie, et aussi probablement la première fois que je lisais un livre qui finissait mal. C’est alors tout un pan de la littérature qui m’est apparu, celui d’une littérature qui dénonce, qui décrit la réalité sans fard et sans édulcorant. Depuis cette année de quatrième, Emile Zola est au firmament de mon panthéon littéraire, et j’ai lu peu à peu d’autres œuvres de lui, les Rougon-Macquart principalement, mais pas seulement.
Il y a un petit bout de temps (c’était avant mon inscription sur BiblioChose), je me suis dit qu’il faudrait que je lise toute la série des Rougon-Macquart. J’ai commencé, je suis allée jusqu’à Son Excellence Eugène Rougon, le sixième tome. Mais je vivais alors dans un pays alors que mes livres vivaient dans un autre. N’ayant pas mes livres quand il me prenait l’envie de les lire, j’ai fini par m’essouffler et j’ai mis ce projet en suspens.

En 2021, j’ai enfin décidé de le reprendre. Mais tant de temps s’est écoulé qu’il m’a semblé nécessaire de tout recommencer. J’ai donc commencé en juin de cette année-là avec La Fortune des Rougon et j’aimerais continuer au rythme d’au moins un ou deux volumes par an. Sachant que je n’ai lu aucun livre de Zola en 2022, mes projets ne sont pas très suivis, mais après tout, c’est un projet personnel, je fais donc au gré de mes envies…
Pour m’engager dans ce projet, j’ai même décidé de m’offrir la série des Rougon-Macquart dans la Pléiade. Je n’ai pour l’instant que le premier volume, les quatre autres suivront au fur et à mesure de mes lectures.

J’ouvre donc aujourd’hui ce fil de discussion, principalement pour mon usage personnel. Je veux utiliser cet espace pour suivre cette lecture au long cours, en y consignant d’une part mes impressions de lecture au fur et à mesure de celle-ci et mes notes de lecture, et d’autre part des informations que je pourrais glaner ici ou là et que je trouve importantes de conserver et de réunir dans un même endroit, encore une fois principalement pour mon usage personnel.
Bien sûr, toutes remarques, questions ou commentaires d’un ou d’une autre utilisateur ou utilisatrice de BiblioChose sont les bienvenus !

2raton-liseur
Edited: Feb 23, 2023, 12:58 pm

Suivi de ma lecture au long cours

Les Rougon-Macquart, tome 1: Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire
(Portrait d'Emile Zola par Edouard Manet, 1868, Musée d'Orsay)

(relecture) tome 1 : La Fortune des Rougon
(relecture) tome 2 : La Curée
(relecture) tome 3 : Le Ventre de Paris
(relecture) tome 4 : La Conquête de Plassans
tome 5 : La Faute de l'abbé Mouret


(relecture) tome 6 : Son Excellence Eugène Rougon
(relecture) tome 7 : L'Assommoir
tome 8 : Une page d'amour
tome 9 : Nana
(relecture) tome 10 : Pot-Bouille
(relecture) tome 11 : Au Bonheur des Dames
(relecture) tome 12 : La Joie de vivre
tome 13 : Germinal
tome 14 : L'Œuvre
(relecture) tome 15 : La Terre
tome 16 : Le Rêve
tome 17 : La Bête humaine
tome 18 : L'Argent
tome 19 : La Débâcle
tome 20 : Le Docteur Pascal

3raton-liseur
Feb 23, 2023, 12:29 pm

Sommaire
***A compléter

4raton-liseur
Edited: Feb 23, 2023, 1:03 pm

Le projet d’Emile Zola
Introduction de l’article Les Rougon-Macquart de wikipédia

Le titre générique Les Rougon-Macquart regroupe un ensemble de 20 romans écrits par Émile Zola entre 1870 et 1893. Il porte comme sous-titre Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire, rappelant ainsi les ambitions de Zola : « Les Rougon-Macquart personnifieront l'époque, l'Empire lui-même. » Inspiré de La Comédie humaine de Balzac, l'ouvrage a notamment pour but d'étudier l'influence du milieu sur l'Homme et les tares héréditaires d'une famille, originaire de Plassans, sur cinq générations depuis l'ancêtre, Adélaïde Fouque (née en 1768), jusqu'à un enfant à naître, fruit de la liaison incestueuse entre Pascal Rougon et sa nièce Clotilde (1874). Il veut aussi dépeindre la société du Second Empire de la façon la plus exhaustive possible, en n'oubliant aucune des composantes de cette société et en faisant une large place aux grandes transformations qui se produisent à cette époque (urbanisme parisien, grands magasins, développement du chemin de fer, apparition du syndicalisme moderne, etc.). Cet ensemble de romans marque le triomphe du mouvement littéraire appelé naturalisme, dont Zola est, avec Edmond et Jules de Goncourt, puis Guy de Maupassant, le principal représentant.

5raton-liseur
Edited: Feb 23, 2023, 1:07 pm

Les livres de la série Les Rougon-Macquart
d’après la liste des vingt romans présentée dans l’article Les Rougon-Macquart de wikipédia

Voici la liste des livres dans l’ordre de leur parution (indiqué entre parenthèses après le titre), ainsi que, pour chaque tome, le personnage principal et la date approximative à laquelle se déroule l’intrigue.

tome 01 : La Fortune des Rougon (1871)
(Pierre Rougon, 1851)

tome 02 : La Curée (1872)
(Aristide Rougon, dit Aristide Saccard, 1852-1858)

tome 03 : Le Ventre de Paris (1873)
(Lisa Quenu, née Macquart, 1857-1858)

tome 04 : La Conquête de Plassans (1874)
(François et Marthe Mauret, 1858-1864)

tome 05 : La Faute de l'abbé Mouret (1875)
(Serge Mouret, 1866)

tome 06 : Son Excellence Eugène Rougon (1876)
(Eugène Rougon, 1858-1861)

tome 07 : L'Assommoir (1877)
(Gervaise Macquart, 1850-1869)

tome 08 : Une page d'amour (1878)
(***Hélène Mouret-Grandjean, 1854 ?)

tome 09 : Nana (1880)
(Anna Coupeau, 1865-1870)

tome 10 : Pot-Bouille (1882)
(Octave Mouret, 1862-1863)

tome 11 : Au Bonheur des Dames (1883)
(Octave Mouret, 1864-1869)

tome 12 : La Joie de vivre (1884)
(Pauline Quenu, 1862-1869)

tome 13 : Germinal (1885)
(Etienne Lantier, 1866 ?)

tome 14 : L'Œuvre (1886)
(Claude Lantier, 1867-1869)

tome 15 : La Terre (1887)
(Jean Macquart, 1860-1869)

tome 16 : Le Rêve (1888)
(Angélique Rougon, 1860-1869)

tome 17 : La Bête humaine (1890)
(Jacques Lantier, 1870)

tome 18 : L'Argent (1891)
(Aristide Rougon, dit Aristide Saccard, 1864-1867)

tome 19 : La Débâcle (1892)
(Jean Macquart, 1870-1871)

tome 20 : Le Docteur Pascal (1893)
(Pascal Rougon et Clotilde Saccard, 1872-1874)

6raton-liseur
Feb 23, 2023, 12:30 pm

Arbre généalogique des Rougon-Macquart
***A compléter

7raton-liseur
Feb 23, 2023, 12:30 pm

Quelques liens utiles
***A compléter

8raton-liseur
Edited: Feb 23, 2023, 1:15 pm

~~~~~~ 🦝 ~~ Tome 1 : La Fortune des Rougon ~~ 🦝 ~~~~~~


L'œuvre
d’après l’introduction de l’article La Fortune des Rougon de wikipédia

La Fortune des Rougon est parfois aussi intitulé « Les Origines », et pour cause, publié en 1871, c’est le premier volume de la série. On peut comprendre cette notion d’origine de deux façons complémentaires.
D’abord, comme Zola le décrit dans sa préface, c'est le roman des origines parce qu’il marque le début de la généalogie des Rougon-Macquart, qui commence avec Adélaïde Fouque, dite Tante Dide, née en 1768. Elle épouse un certain Rougon, jardinier, dont elle a un fils, Pierre Rougon. À la mort de son mari, elle vit en concubinage avec Macquart, contrebandier, avec qui elle a une fille, Ursule Macquart, et un garçon, Antoine Macquart. Ces trois enfants donnent naissance aux trois branches de la famille :
les Rougon, chez qui prédomine l’appât du gain et l’appétit du pouvoir,
les Mouret (du mariage d’Ursule avec un chapelier ainsi nommé), branche où la fragilité mentale de l’aïeule réapparaît souvent,
les Macquart, branche la plus fragile, chez qui se retrouve la folie d’Adélaïde mêlée à l'ivrognerie et à la violence de son amant.

Ensuite, ce roman correspond aux débuts du Second Empire, cadre temporel dans lequel se situent tous les romans de la série. L’action de La Fortune des Rougon se déroule en effet dans les jours qui suivent le coup d'État du 2 décembre 1851, les Rougon profitant de ce coup d’État pour s’emparer du pouvoir politique à Plassans.

9raton-liseur
Edited: Feb 23, 2023, 1:17 pm

La ville de Plassans

L’intrigue de La fortune des Rougon se déroule à Plassans, ville fortement inspirée d’Aix-en-Provence, où Zola a passé son enfance et une partie de sa jeunesse. Berceau des Rougon-Macquart, cette ville revient dans plusieurs des romans de la série.
En voici le plan réalisé par Emile Zola et incluant dans ses notes préparatoires pour La Conquête de Plassans :

10raton-liseur
Edited: Feb 23, 2023, 12:35 pm

Chapitre 1 : Notes au fil de la lecture
***A compléter

11raton-liseur
Feb 23, 2023, 12:35 pm

Chapitre 2 : Notes au fil de la lecture
***A compléter

12raton-liseur
Feb 23, 2023, 12:35 pm

Chapitre 3 : Notes au fil de la lecture
***A compléter

13raton-liseur
Feb 23, 2023, 12:35 pm

Chapitre 4 : Notes au fil de la lecture
***A compléter

14raton-liseur
Feb 23, 2023, 12:35 pm

Chapitre 5 : Notes au fil de la lecture
***A compléter

15raton-liseur
Feb 23, 2023, 12:35 pm

Chapitre 6 : Notes au fil de la lecture
***A compléter

16raton-liseur
Feb 23, 2023, 12:35 pm

Chapitre 7 : Notes au fil de la lecture
***A compléter

17raton-liseur
Feb 23, 2023, 12:37 pm

La Fortune des Rougon : Note de lecture
Le premier, et tout est déjà là. L’observation minutieuse, une tendance à égaler caractéristiques physiques et dispositions mentales (ce qui m’énerve toujours, mais j’aime tellement ses livres pour tout le reste que j’arrive à fermer les yeux sur ce naturalisme un peu trop caricatural).
Tout est là, donc, et l’aventure de la plus célèbre dynastie du troisième empire commence. Tout part d’Adélaïde Fouque, dite aussi Tante Dide, et de ses deux hommes, le légitime, Rougon, et l’illégitime, le contrebandier Macquart. Il y aura donc deux branches à l’arbre généalogique, et dès le départ l’un est mieux loti que l’autre. Si Pierre Rougon (le fils d’Adélaïde et de son mari) et sa femme, Félicité, sont les personnages centraux de ce livre, on voit aussi passer beaucoup de personnages qu’on retrouvera plus tard : les enfants de Pierre Rougon qui donneront les financiers et les politiques, ainsi que le médecin qui clôturera le cycle ; mais aussi les enfants illégitimes du fils de Macquart qui permettront d’explorer le milieu ouvrier, avec Gervaise, Jacques et Etienne Lantier notamment. Et on voit même se profiler les Mouret, qui tiennent pour partie des Rougon et pour partie des Macquart, qui donneront notamment une lignée de commerçants travailleurs et aux fortunes diverses.
Mais si c’est un plaisir de découvrir la genèse de personnages dont on connaît souvent les histoires parce que l’on a lu les livres les plus connus de cette saga familiale, le livre est bien plus que cela. C’est aussi la naissance d’une époque, celle du Second Empire, avec le coup d’Etat du 2 décembre 1851 qui marque la fin d’une éphémère Deuxième République et le début du Second Empire. Un Second Empire qui dure presque vingt ans et pendant lequel la France connaîtra de nombreuses mutations, des mutations que Zola se propose d’exposer au travers de cette famille emblématique, qu’il suivra sur quatre générations.
Plassans est une France miniature, comme les Rougon-Macquart sont un résumé des Français. Pierre Rougon sauve Plassans dans une pantomime dont Zola souligne l’absurdité comme Louis-Napoléon Bonaparte sauve une France d’un péril qui n’existe pas.
J’ai suivi le déroulement de ce coup d’État avec passion, emportée par le sens de la formule de Zola, par sa capacité à créer des images fortes, à trouver l’expression qui fait mouche. On voit la tension monter, les craintes, fondées ou non, les appétits (ce mot que Zola adore) se dévoiler. Il y aura ceux qui savent jouer leur partition et tirer leur épingle du jeu et il y aura les autres, ceux qui ont des principes et des idéaux, et qui seront les sacrifiés. Le Second Empire part mal, foulant au pied la République et sa devise, condamnant l’innocent et le tendre pour faire triompher l’assoiffé de pouvoir ou d’argent.
Le Second Empire commence, les Rougon-Macquart sont déjà aux premières loges dans les différentes strates de la société. Le système politique est déjà vicié, et l’on sait déjà que ce ne seront pas les meilleurs (au sens moral) de la famille qui gagneront.
Le tome d’ouverture, et c’est une superbe introduction, qui donne envie de lire très vite les dix neuf autres titres.

18raton-liseur
Edited: Feb 23, 2023, 1:28 pm

~~~~~~ 🦝 ~~ Tome 2 : La Curée ~~ 🦝 ~~~~~~


L'œuvre

La Curée est le deuxième roman écrit par Emile Zola dans cette série. Il est écrit et publié en 18971. Il a pour cadre la spéculation, principalement la spéculation immobilière parisienne qui a marqué le Second Empire. Il décrit les fortunes faciles et la vie débauchée des classes outrageusement aisées.

19raton-liseur
Edited: Feb 23, 2023, 1:32 pm

Chapitre 1 : Notes au fil de la lecture

♦ Un leitmotiv dans les romans de cette série, semble-t-il, on trouve une prémonition de la chute dès le premier chapitre. Une tragédie au sens premier du terme, car elle est inéluctable, écrite déjà (Peut-on y voir une sorte de prédestination liée à la foi que Zola mettait dans son étude scrupuleuse de l’hérédité de ses personnages?).
Et, quelque matin, elle s’éveillerait du rêve de jouissance qu’elle faisait depuis dix ans, folle, salie par une des spéculations de son mari, dans laquelle il se noierait lui-même. Ce fut comme un pressentiment rapide. (p. 334, Chapitre 1).

20raton-liseur
Edited: Feb 23, 2023, 1:38 pm

Chapitre 2 : Notes au fil de la lecture

♦ Aristide Macquart monte à Paris depuis Plassans et loge rue Saint-Jacques (alors un quartier modeste de Paris), tout comme Emile Zola arrivant d’Aix-en-Provence en 1858. Amusant d’imaginer Emile Zola utiliser ses souvenirs quand il décrit les premiers regards d’Aristide Rougon sur la capitale ; où tous deux espèrent le succès, financier pour Rougon et littéraire pour Zola.

♦ Première apparition de l’idée de curée, dans une description très méprisante du Second Empire.
Il aspirait ces souffles encore vagues qui montaient de la grande cité, ces souffles de l’Empire naissant, où traînaient déjà des odeurs d’alcôves et de tripot financiers, des chaleurs de jouissances. Les fumets légers qui lui arrivaient lui disaient qu’il était sur la bonne piste, que le gibier courait devant lui, que la grande chasse impériale, la chasse aux aventures, aux femmes, aux millions, commençait enfin. Ses narines battaient, son instinct de bête affamée saisissait merveilleusement au passage les moindres indices de la curée chaude dont la ville allait être le théâtre. (p. 362, Chapitre 2).


♦ Confrontation des deux frères, Eugène et Aristide, alors au seuil de leur gloire (Eugène est déjà dans la place, puisqu’il a eu le bon goût d’être du bon côté pendant le coup d’Etat de 1851). Leur différence éclate : l’un recherche le pouvoir, l’autre l’argent.
Il use [Eugène] parlait avec un mépris profond des impatiences d’écolier de son frère use [Aristide]. On sentait, dans sa parole rude, des ambitions plus hautes, des désirs de puissance pure ; ce naïf appétit de l’argent devait lui paraître bourgeois et puéril. (p. 363, Chapitre 2).


♦ A propos de la proclamation de l’Empire et de ses premières années :
La société, sauvée encore une fois, se félicitait, se reposait, faisait la grasse matinée, maintenant qu’un gouvernement fort la protégeait et lui ôtait jusqu’au souci de penser et de régler ses affaires. (p. 367, Chapitre 2).

Il fallait à cette poignée d’aventuriers qui venaient de voler un trône, un règne d’aventures, d’affaires véreuses, de consciences vendues, de femmes achetées, de soûlerie furieuse et universelle. Et, dans la ville où le sang de décembre était à peine lavé, grandissait, timide encore, cette folie de jouissance qui devait jeter la patrie au cabanon des nations pourries et déshonorées. (p. 367, Chapitre 2).


♦ Une longue et belle description des travaux qui vont être réalisés dans Paris dans les décennies à venir, probablement le seul moment du roman où Aristide Saccard se montre lyrique. Il dévoile ses projets (ce qu’il regrette ensuite), mais il semble pour une fois exalté, et pas seulement par l’or qu’ils doivent lui rapporter (quoique cela explique une grande partie de son exaltation, on ne se refait pas…) :
Paris hâché à coups de sabre, les veines ouvertes, nourrissant cent mille terrassiers et maçons, traversé par d’admirables voies stratégiques qui mettront les forts au cœur des vieux quartiers. (p. 389, Chapitre 2).


♦ Un peu plus loin il est question de la justification des travaux. Zola suggère-t-il qu’une des raisons de ces travaux (ou un effet collatéral positif au moins) est de donner du travail aux ouvriers, et éviter ainsi une possible contestation sociale ou politique ?
C’était un ancien projet de Napoléon Ier qu’on songeait à mettre à exécution, « pour donner, disaient les gens graves, un débouché normal à des quartiers perdus derrière un dédale de rues étroites, sur les escarpements des coteaux qui limitaient Paris ». Cette phrase officielle n’avouait naturellement pas l’intérêt que l’Empire avait à la danse des écus, à ces déblais et à ces remblais formidables qui tenaient les ouvriers en haleine. (p. 391, Chapitre 2).

21raton-liseur
Edited: Feb 23, 2023, 1:39 pm

Chapitre 3 : Notes au fil de la lecture

♦ Dans cette description de Renée, une des rares fois où l’on peut considérer que Zola utilise le mot « bourgeois » dans un sens (à peu près) positif...
De tête, elle était bourgeoise ; elle avait une honnêteté absolue, un amour des choses logiques, une crainte du ciel et de l’enfer, une dosé énorme de préjugés ; elle appartenait à son père, à cette race calme et prudente où fleurissent les vertus du foyer. (p. 421, Chapitre 3).


♦ Une description peu flatteuse de Maxime Saccard. Zola semble avoir un grand mépris pour ce personnage, comme si il pouvait excuser ou comprendre Saccard père, qui fait preuve de volonté, de détermination (même si ce n’est pas dans un but louable), alors qu’il semble détester la mollesse et l’absence de décision qu’il met dans Maxime.
Cette famille vivait trop vite ; elle se mourait déjà dans cette créature frêle, chez laquelle le sexe avait dû hésiter, et qui n’était plus une volonté âpre au gain et à la jouissance, comme Saccard, mais une lâcheté mangeant les fortunes faites ; hermaphrodite étrange venu à son heure dans une société qui pourrissait. (p. 425, Chapitre 3).

On retrouve cela dans les notes préparatoires de Zola, comme cité dans mon édition :
Maxime. Une veulerie. Un être né pourri, glissant au mal sans volonté, faible et sensuel, s’abandonnant, inconscient presque de son ordure, lâche, né pour manger les fortunes faites, et les mangeant en sottises. Pas un réveil, pas un sursaut. Allant toujours à dormir, manger, aimer, comme une bête. Pas même de curiosité. Si vicieux qu’il ne sent plus le vice. Ce vice, c’est sa vie.


♦ Fin du chapitre 3 : la course en avant des spéculations et des dépenses ; annonce de la chute à venir.

♦ Clôture du chapitre 3 : le bal aux Tuileries, Renée voit l’empereur. Zola suggère la profonde différence entre le monde de la finance et le monde de la politique (cela rappelle l’opposition des frères, Eugène et Aristide au chapitre 1), mais aussi le fossé infranchissable entre la bourgeoisie, aussi enrichie soit-elle, et une aristocratie qui a la légitimité de ses titres.

22raton-liseur
Feb 23, 2023, 12:40 pm

Chapitre 4 : Notes au fil de la lecture
****A compléter

23raton-liseur
Feb 23, 2023, 12:40 pm

Chapitre 5 : Notes au fil de la lecture
****A compléter

24raton-liseur
Feb 23, 2023, 12:40 pm

Chapitre 6 : Notes au fil de la lecture
****A compléter

25raton-liseur
Feb 23, 2023, 12:40 pm

Chapitre 7 : Notes au fil de la lecture
****A compléter

26raton-liseur
Feb 23, 2023, 12:40 pm

Dernières notes au fil de la lecture
****A compléter

27raton-liseur
Feb 23, 2023, 12:41 pm

La Curée : Note de lecture
La Curée est le deuxième tome de cette vaste épopée familiale. Le premier était le roman des origines, tout autant origine de la famille qu’origine de la période historique du Second Empire. Ce roman est donc le premier qui est véritablement l’étude naturelle et sociale que Zola avait imaginé. Et pour cette première, il nous offre un récit qui s’intéresse à un des grands bouleversements que Paris connaît alors : une folie d’urbanisme fait, en quelques décennies, passer la capitale d’une ville moyen-âgeuse à une ville à la pointe de la modernité, une folie d’urbanisme qui dans notre imaginaire collectif est incarnée par le « Baron Hausmann », préfet de la Seine de 1853 à 1870. Mais ce n’est pas Haussmann qui l’incarne ici, c’est Aristide Saccard, le deuxième fils Rougon qui a changé son nom pour ne pas faire de l’ombre à son frère ministre et parce que Saccard, c’est un nom qui sonne, qui sent l’argent. Aristide Saccard, qui n’avait pas fait les bons choix en 1851, n’en a cure et a bien l’intention de prendre part au festin, que dis-je à l’orgie, qui se prépare. Car avec toutes ces mutations, ce sont des sommes colossales qui vont changer de main, des flots de pièces comme Zola les décrit à la fois au premier degré et de façon métaphorique. Et Aristide Saccard aura le don de se mettre dans ce flot et d’en prélever à chaque fois sa part, tout en le faisant gonfler artificiellement. Car Aristide Saccard n’est que cela, un spéculateur, un profiteur. Avec nos mots d’aujourd’hui, on parlerait de délit d’initié, de corruption, de conflit d’intérêt… Il ne produit aucune richesse, il n’est qu’un parasite du système, qui fait sa fortune au détriment des autres (et rien ne l’arrête, il est prêt à plumer sa propre famille dès qu’il en a l’occasion) et du bien public, un parasite qui en veut toujours plus, que préfère user et abuser de celui qui le nourit plutôt que de se servir raisonnablement.
Si la description des mécanismes des malversations de l’époque est ce qui m’a le plus intéressée dans cette histoire, Zola l’a bien sûr doublée d’une histoire plus personnelle, celle de Renée, la deuxième femme de Saccard, qui représente à elle seule, victime consentante, toutes les dépravations de la société. Dépensant des sommes folles pour ses toilettes, repoussant toujours les limites plus loin (un décolleté de plus en plus profond, ou bien des fanfreluches de plus en plus élaborées), s’ennuyant profondément et ne trouvant de distraction que dans la provocation et l’encanaillement. « L’or et la chair », l’expression par laquelle Zola résumait son projet : l’or c’est Aristide Saccard, la chair c’est sa femme Renée, et l’un ne va pas sans l’autre, les deux se complètent, permettant à Zola de brosser le portrait d’une société dépravée (qui ne peut être que « pourrie », comme il le dit à plusieurs reprises, puisqu’elle est l’émanation d’un pouvoir usurpateur fondé sur l’assassinat de la République, comme il l’a montré dans le premier tome).
Zola était fasciné par les transformations de son temps, il met ici sa plume au service de la description d’un des grands bouleversements de Paris, comme il le fera dans le tome suivant avec la création des Halles, et il sait être lyrique dans ses descriptions, tout comme il aime noyer son lecteur dans la description précise des toilettes de ces dames, comme elles se noient dans leurs fanfreluches. Cynique et ironique avec ses personnages avec lesquels il ne fait aucune concession (et qu’est-ce qu’il semble mépriser Maxime !), il devient poète de la modernité et s’enflamme pour la véritable héroïne de ce livre (et de beaucoup de livres de la série), à savoir Paris la moderne.
Premier véritable opus de la série, La Curée est donc un coup de maître, qui ne peut que donner envie de lire la suite.

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