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1raton-liseur
Lisant de plus en plus de livres avec les oreilles, et parce que mes choix en terme de livres audio sont différents de ceux pour un livre de papier, j’ai décidé de créer une seconde liste de lecture pour l’année en cours, qui sera uniquement dédiée aux lectures audio, tandis que je continue de recenser mes lectures « plus classiques » sur la liste Lectures de 2013.
Je commencerai par un rappel des lectures lues dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas », avant de poursuivre avec de nouvelles lectures audio au gré de mes envies.
Je commencerai par un rappel des lectures lues dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas », avant de poursuivre avec de nouvelles lectures audio au gré de mes envies.
2raton-liseur
1. Leonidas - Mario Vargas Llosa, lu par Jean-Pierre Cassel
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
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2. Les funérailles de la grande Mémé - Gabriel García Márquez, lu par Gérard Lartigau
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
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3. Histoires de lune - Alejo Carpentier, lu par Jean Topart
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
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4. Autobiographie d’Irène Silvina Ocampo, lu par Renée Faure
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
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5. L’Envoûtement - Fumiko Enchi, lu par Guy Tréjean
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
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6. L’idiote - Ango Sakaguchi, lu par Raymond Jérôme
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
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7. Patriotisme - Yukio Mishima, lu par Bernard Lanneau
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
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8. Le Manteau* - Nicolas Gogol, lu par Denis Podalydès
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
Le lien automatique vers Le manteau ne semble fonctionner que sous son titre en anglais. Le voici donc : The Overcoat.
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
Le lien automatique vers Le manteau ne semble fonctionner que sous son titre en anglais. Le voici donc : The Overcoat.
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9. La chair et les os - Taeko Kono, lu par ?
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
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11raton-liseur
10. Claude Gueux - Victor Hugo, lu par Philippe Magnan
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
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12raton-liseur
11. Deux nouvelles champêtres - Une farce et Simplice - Emile Zola, lu par Pomme
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
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13raton-liseur
12. Bibliomanie - Gustave Flaubert, lu par Juliette
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
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13. Taalith - Isabelle Eberhardt, lu par Esperiidae
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
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15raton-liseur
14. Une ascension au Mont Ventoux (Extrait de Souvenirs entomologiques, Première série, Chapitre 13) - Jean-Henri Fabre, lu par Alain Degandt
Livre lu en marge du défi de lecture « Récits de voyages ». Voir note de lecture ici.
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16raton-liseur
15. La fête à Coqueville - Emile Zola, lu par Pomme
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
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17raton-liseur
16. Tribu bêlante - Kenzaburo Oê, lu par Robert Rimbaud
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Nobel de littérature ». Voir note de lecture ici.
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Nobel de littérature ». Voir note de lecture ici.
18raton-liseur
17. Salut à toi, Bretagne ! - Théodore Botrel, lu par René Depasse
Il est de bon ton, de la part d’un Breton un tant soit peu sérieux de savoir critiquer Botrel. Qui ne connaît pas en effet le célèbre « J’aime Paimpol et sa falaise », ce tube de la fin du XIXème siècle, que l’on chante dans les fest-noz encore aujourd’hui. Mais le Breton se gausse pendant que les touristes se tiennent par le petit doigt, car lui sait qu’il n’y a pas de falaise à Paimpol, et que l’on se fichait déjà bien des Parigots dans les cafés-concerts en 1895 !
Ce poème est de la même veine, une litanie, en une cinquantaine de vers de tous les clichés sur la Bretagne (ce qui montre au passage que le marketing n’a guère changé en un siècle…). Je ne nierais pas que ces quelques lignes qui sont loin d’être de la grande poésie font un petit pincement au cœur pour la Bretonne exilée que je suis, mais cela s’arrête là, et le sourire amusé n’est pas loin.
Dommage que l’on ne connaisse pas Botrel pour d’autres de ses chansons, comme « Le Couteau », bien plus subversive, qui a été reprise par le groupe Mes souliers sont rouges. Il n’y a plus de métayer aujourd’hui, mais il y a beaucoup de porteurs de couteau, en Bretagne comme ailleurs.
Salut à toi, Bretagne, ô pays des calvaires !Je ne résiste pas à écrire quelques lignes après l’écoute de la lecture (grandiloquente) de ce poème, écrit par l’inénarrable Théodore Borel.
O pays des Pardons mystiques et joyeux,
Des durs ajoncs masquant les douées primevères,
Et des sourcils froncés sur la douceur des yeux !
Il est de bon ton, de la part d’un Breton un tant soit peu sérieux de savoir critiquer Botrel. Qui ne connaît pas en effet le célèbre « J’aime Paimpol et sa falaise », ce tube de la fin du XIXème siècle, que l’on chante dans les fest-noz encore aujourd’hui. Mais le Breton se gausse pendant que les touristes se tiennent par le petit doigt, car lui sait qu’il n’y a pas de falaise à Paimpol, et que l’on se fichait déjà bien des Parigots dans les cafés-concerts en 1895 !
Ce poème est de la même veine, une litanie, en une cinquantaine de vers de tous les clichés sur la Bretagne (ce qui montre au passage que le marketing n’a guère changé en un siècle…). Je ne nierais pas que ces quelques lignes qui sont loin d’être de la grande poésie font un petit pincement au cœur pour la Bretonne exilée que je suis, mais cela s’arrête là, et le sourire amusé n’est pas loin.
Dommage que l’on ne connaisse pas Botrel pour d’autres de ses chansons, comme « Le Couteau », bien plus subversive, qui a été reprise par le groupe Mes souliers sont rouges. Il n’y a plus de métayer aujourd’hui, mais il y a beaucoup de porteurs de couteau, en Bretagne comme ailleurs.
19raton-liseur
18. Le Petit porteur d’huîtres - Paul Arène, lu par René Depasse
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
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20raton-liseur
19. Comment on meurt - Emile Zola, lu par Pomme
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
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21raton-liseur
20. L’Ombre - Sylvia Plath, lu par Sabine Haudepin
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
22raton-liseur
21. La Récolte - Flannery O’Connor, lu par Elodie Huber
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
23raton-liseur
22. Le Horla - Guy de Maupassant, lu par Michael Lonsdale
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
24raton-liseur
23. Le Diable en Bretagne - Emile Bergerat, lu par René Depasse
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
25raton-liseur
24. Eblouissement - Truman Capote, lu par Claude Aufaure
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
26raton-liseur
25. Pour Milo, suivi de La Maison close - Marcel Schwob, lu par Bernard Bouillon et Marc-Henri Boisse
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
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27raton-liseur
26. L’Ankou et le forgeron - Anatole Le Braz, lu par Cécile Belluard
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
28raton-liseur
27. La Noël de Marthe, suivi de L'Aventure du pilote - Anatole Le Braz, lu par René Depasse
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
29raton-liseur
28. Triphyna, légende bretonne - Emile Souvestre, lu par René Depasse
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
30raton-liseur
29. La Dénonciation - Ernest Hemingway, lu par Jean-Pierre Kalfon
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
Livre lu dans le cadre du défi de lecture « Je lis des nouvelles et des novellas ». Voir note de lecture ici.
31raton-liseur
30. Le Héros du fossoyeur - Elisabeth Gaskell, lu par Florent
Elizabeth Gaskell fait partie de ces écrivains femmes qui semblent pulluler dans l’Angleterre de l’ère victorienne. J’étais curieuse, en découvrant cette œuvre, de savoir si j’allais tomber sur une pale copie de Jane Austen ou bien sur une plume personnelle.
Il est certain que ce n’est pas Jane Austen que l’on retrouve ici : la légèreté des jeunes filles à marier fait place à une rigueur religieuse et l’amertume d’un homme au soir de sa vie rongé par le remords.
Une œuvre bien écrite, où l’on sent la tension monter peu à peu vers une fin que l’on sait inexorable. Mais une facture trop classique pour moi et un thème trop ouvertement bien-pensant pour que j’ais pu me laisser convaincre par cette œuvre. C’est donc un avis en demi-teinte que je peux donner, certes une nouvelle qui n’est pas dénuée d’intérêt et de style, mais un sujet qui ne me touche pas assez. Pour d’autres lecteurs, dont c’est plus dans les goûts, je suppose.
Elizabeth Gaskell fait partie de ces écrivains femmes qui semblent pulluler dans l’Angleterre de l’ère victorienne. J’étais curieuse, en découvrant cette œuvre, de savoir si j’allais tomber sur une pale copie de Jane Austen ou bien sur une plume personnelle.
Il est certain que ce n’est pas Jane Austen que l’on retrouve ici : la légèreté des jeunes filles à marier fait place à une rigueur religieuse et l’amertume d’un homme au soir de sa vie rongé par le remords.
Une œuvre bien écrite, où l’on sent la tension monter peu à peu vers une fin que l’on sait inexorable. Mais une facture trop classique pour moi et un thème trop ouvertement bien-pensant pour que j’ais pu me laisser convaincre par cette œuvre. C’est donc un avis en demi-teinte que je peux donner, certes une nouvelle qui n’est pas dénuée d’intérêt et de style, mais un sujet qui ne me touche pas assez. Pour d’autres lecteurs, dont c’est plus dans les goûts, je suppose.
32raton-liseur
31. Le Puits de Sainte Claire (sélection) - Anatole France, lu par René Depasse
Livre lu en marge du défi de lecture « Nobel de littérature ». Voir note de lecture ici.
Livre lu en marge du défi de lecture « Nobel de littérature ». Voir note de lecture ici.
33raton-liseur
32. Caramba, suivi de Dames seules - Paul de Garros, lu par René Depasse
Deux nouvelles étrangement réunies ici, la première étant un conte animalier et la seconde une anecdote de la bonne société.
Certes, des historiettes amusantes, qui vont bien avec le format dans lequel elles ont été publiées, à savoir dans une revue généraliste, mais cela ne casse pas trois pattes à un canard comme l’on dit… En un mot, je ne suis pas emballée…
Deux nouvelles étrangement réunies ici, la première étant un conte animalier et la seconde une anecdote de la bonne société.
Certes, des historiettes amusantes, qui vont bien avec le format dans lequel elles ont été publiées, à savoir dans une revue généraliste, mais cela ne casse pas trois pattes à un canard comme l’on dit… En un mot, je ne suis pas emballée…
34raton-liseur
33. Un Mariage riche, suivi de Marié par les journaux - Paul de Garros, lu par René Depasse
Deux nouvelles parues dans des journaux du début du siècle, qui content de drôles de mariage. L’un cynique, l’autre fleur bleue. Plus des anecdotes que des nouvelles, qui seraient racontées autour d’un verre, ce que reflète d’ailleurs la forme des nouvelles, la première comme une conversation d’un groupe d’amis rapportée par l’un d’entre eux et la seconde comme une lettre écrite à un ami.
Pas de la grande littérature, mais une pause sans conséquence pour se changer les idées.
Deux nouvelles parues dans des journaux du début du siècle, qui content de drôles de mariage. L’un cynique, l’autre fleur bleue. Plus des anecdotes que des nouvelles, qui seraient racontées autour d’un verre, ce que reflète d’ailleurs la forme des nouvelles, la première comme une conversation d’un groupe d’amis rapportée par l’un d’entre eux et la seconde comme une lettre écrite à un ami.
Pas de la grande littérature, mais une pause sans conséquence pour se changer les idées.
35raton-liseur
34. Un frère, suivi de Une Campagne célèbre - Paul de Garros, lu par René Depasse
Comme le dit la présentation de ces deux nouvelles, chez Garros, il n’y a pas de méchants. Et c’est vrai que ces deux textes sont bon enfant. Du divertissement qui ne pousse pas à la réflexion, bien que Un frère, sous-titré de l’énigmatique « Un conte électoral » puisse paraître moralisateur et l’est en effet, mais de façon très naïve, pour ne pas dire gentillette.
Des nouvelles que je qualifierais en définitive de très bourgeoises, dans le sens où elles ne remettent rien en cause et permettent de trouver que l’ordre établi est finalement aussi bon que possible. Selon le lecteur, ces nouvelles pourront paraître inoffensives et divertissantes, ou bien au contraire un peu trop conservatrices et irritantes. Je suis plutôt dans la seconde catégorie.
Comme le dit la présentation de ces deux nouvelles, chez Garros, il n’y a pas de méchants. Et c’est vrai que ces deux textes sont bon enfant. Du divertissement qui ne pousse pas à la réflexion, bien que Un frère, sous-titré de l’énigmatique « Un conte électoral » puisse paraître moralisateur et l’est en effet, mais de façon très naïve, pour ne pas dire gentillette.
Des nouvelles que je qualifierais en définitive de très bourgeoises, dans le sens où elles ne remettent rien en cause et permettent de trouver que l’ordre établi est finalement aussi bon que possible. Selon le lecteur, ces nouvelles pourront paraître inoffensives et divertissantes, ou bien au contraire un peu trop conservatrices et irritantes. Je suis plutôt dans la seconde catégorie.
36raton-liseur
35. Les Baliniers de Kerjean - Charles Le Goffic, lu par Xelle
Sur une trame relativement prévisible, Le Goffic n’hésite pas à forcer le trait pour ridiculiser au-delà du vraisemblable les quatre blancs-becs (ou « muguets » comme il semble que l’on dise à l’époque pour les jeunes nobles galants au-delà de la bienséance).
Moi qui croyait lire une histoire de mer (oui, j’avoue, j’avais mal lu le titre et de plus le mot « balinier »* m’était inconnu…), je me retrouve avec une histoire de vertu mise à l’épreuve et triomphante, et je dois avouer que je me suis bien amusée !
Charles Le Goffic, un de ces nombreux chantres de la Bretagne du tournant entre le XIXème et le XXème siècle qui n’est resté que de façon très marginale dans nos annales, m’a séduite avec ce texte par lequel je le découvre, tout simplement pour sa lecture simple et amusante, et pour des histoires du patrimoine breton que je ne connaissais pas.
Tout cela me donne bien envie de retourner visiter ce fameux Château de Kerjean, fleuron de l’architecture du Léon et écrin de beaux spectacles estivaux, bien que le château actuel ait été construit par les descendants des deux héros de cette histoire, à la place du manoir originel.
* D’après une recherche rapide, le balin est un « grand drap qui reçoit le grain vanné ou criblé » (Source : wiktionnaire). Mais d’après le contexte, il semblerait que ce soient aussi de gros draps de qualité médiocre, faits d’étoupe.
Le tapage des muguets couvrait la voix de Françoise, si bien que, la porte s'étant ouverte presque aussitôt, ils furent surpris par René dans la plus étrange occupation où se fussent encore vus quatre gentilshommes : l'épée au côté et le feutre à plume sur la tête, le vidame de Bombelles filait la quenouille, le chevalier de Saint-Phar tournait le rouet, le comte de Bruc poussait la navette et le marquis de Belz enroulait le balin. Tous quatre se levèrent en apercevant René et, comme ils étaient hommes d'honneur dans le fond, ils ne firent aucune difficulté pour reconnaître qu'ils avaient perdu leur pari. (Chapitre 5).Charles Le Goffic rapporte une anecdote en lui donnant toutes les apparences de la vérité historique, puisqu’elle met en scène le sieur de Kerjean René Barbier, qui a effectivement vécu au moment de la Régence de Marie de Médicis au début du règne de Louis XIII. Tous les faits historiques mentionnés dans cette nouvelle sont avérés, de son mariage aux distinctions qu’il reçoit de la part de la Royauté. Après, je ne mettrai pas ma main au feu pour prouver la véracité de cet épisode de la vie de René Barbier et de sa femme Françoise de Quélen, mais il est toujours amusant de voir la femme vertueuse provinciale (et encore plus si elle est Bretonne !) en rabattre aux fats gentilshommes parisiens !
Sur une trame relativement prévisible, Le Goffic n’hésite pas à forcer le trait pour ridiculiser au-delà du vraisemblable les quatre blancs-becs (ou « muguets » comme il semble que l’on dise à l’époque pour les jeunes nobles galants au-delà de la bienséance).
Moi qui croyait lire une histoire de mer (oui, j’avoue, j’avais mal lu le titre et de plus le mot « balinier »* m’était inconnu…), je me retrouve avec une histoire de vertu mise à l’épreuve et triomphante, et je dois avouer que je me suis bien amusée !
Charles Le Goffic, un de ces nombreux chantres de la Bretagne du tournant entre le XIXème et le XXème siècle qui n’est resté que de façon très marginale dans nos annales, m’a séduite avec ce texte par lequel je le découvre, tout simplement pour sa lecture simple et amusante, et pour des histoires du patrimoine breton que je ne connaissais pas.
Tout cela me donne bien envie de retourner visiter ce fameux Château de Kerjean, fleuron de l’architecture du Léon et écrin de beaux spectacles estivaux, bien que le château actuel ait été construit par les descendants des deux héros de cette histoire, à la place du manoir originel.
* D’après une recherche rapide, le balin est un « grand drap qui reçoit le grain vanné ou criblé » (Source : wiktionnaire). Mais d’après le contexte, il semblerait que ce soient aussi de gros draps de qualité médiocre, faits d’étoupe.
37raton-liseur
36. Memnon, ou la sagesse humaine - Voltaire, lu par René Depasse
Ecrit d’une plume vive et acerbe, ce conte philosophique qui fait la spécialité de Voltaire est en réalité, semble-t-il, l’article qu’il a écrit pour l’Encyclopédie, pour le chapitre « Confiance en soi ». Ce n’est pourtant pas cela qu’il m’évoque du tout, mais plutôt, sur le mode de du contre-exemple qu’il utilise aussi dans Candide, l’impossibilité pour l’homme de se soustraire à ses passions et, la vanité d’une telle volonté.
Ce conte, avec l’apparition tardive d’un bel esprit céleste qui vient donner un sens à tout cela, n’est guère à la gloire de l’espèce humaine. « J’ai bien peur, [pour paraphraser Memnon], que notre petit globe terraqué ne soit précisément les Petites-Maison de l’univers dont vous me faites l’honneur de me parler. ». Mais il est amusant et, malgré le trait forcé que Voltaire nous sert volontairement, il a une part de vrai et fait sourire, un peu jaune car il est bien possible qu’il y ait un peu de Memnon en chacun d’entre nous.
Non, dit l’habitant de l’étoile, rien de tout cela. Nous ne sommes jamais trompés par les femmes, parce que nous n’en avons point ; nous ne faisons point d’excès de table, parce que nous ne mangeons point ; nous n’avons point de banqueroutiers, parce qu’il n’y a chez nous ni or ni argent ; on ne peut nous crever les yeux, parce que nous n’avons point de corps à la façon des vôtres ; et les satrapes ne nous font jamais d’injustice, parce que dans notre petite étoile tout le monde est égal.Un petit conte de Voltaire, peut-être pas le plus connu, mais qui est un contre-pied amusant au stoïcisme ou, si je ne crains pas les anachronismes, à la mode du bouddhisme : « Memnon conçut un jour le projet insensé d’être parfaitement sage. Il n’y a guère d’hommes à qui cette folie n’ait quelquefois passé par la tête. Memnon se dit à lui-même : Pour être très sage, et par conséquent très heureux, il n’y a qu’à être sans passions, et rien n’est plus aisé, comme on sait. »
Ecrit d’une plume vive et acerbe, ce conte philosophique qui fait la spécialité de Voltaire est en réalité, semble-t-il, l’article qu’il a écrit pour l’Encyclopédie, pour le chapitre « Confiance en soi ». Ce n’est pourtant pas cela qu’il m’évoque du tout, mais plutôt, sur le mode de du contre-exemple qu’il utilise aussi dans Candide, l’impossibilité pour l’homme de se soustraire à ses passions et, la vanité d’une telle volonté.
Ce conte, avec l’apparition tardive d’un bel esprit céleste qui vient donner un sens à tout cela, n’est guère à la gloire de l’espèce humaine. « J’ai bien peur, [pour paraphraser Memnon], que notre petit globe terraqué ne soit précisément les Petites-Maison de l’univers dont vous me faites l’honneur de me parler. ». Mais il est amusant et, malgré le trait forcé que Voltaire nous sert volontairement, il a une part de vrai et fait sourire, un peu jaune car il est bien possible qu’il y ait un peu de Memnon en chacun d’entre nous.
38raton-liseur
37. Le Broyeur de lin, extrait de Souvenirs d’enfance et de jeunesse - Ernest Renan, lu par René Depasse
Cela m’apprendra à ne choisir une lecture que sur son titre… Je m’attendais ici à une nouvelle champêtre et un brin désuète, comme j’aime à en écouter pour avoir la tête qui vagabonde, et je me suis retrouvée devant la première partie des souvenirs d’Ernest Renan, historien et philologue bien connu.
Cet extrait est donc assez mal découpé car, si l’introduction est nécessaire pour l’œuvre entière, elle prend ici près d’un tiers du texte et me parait trop longue et relativement hors de propos pour la lecture de la nouvelle en tant que telle.
Ensuite cette nouvelle (je ne peux imaginer que cette histoire soit réelle et la classe donc dans cette catégorie de fiction) ne m’a pas véritablement convaincue. Une de ces histoires où les femmes ne sont pas tout à fait équilibrée, ne peuvent s’épanouir que dans le mariage, et où l’obsession amoureuse se mue en folie. Je n’aime guère ces positions, même si je suppose que je suis censée les replacer dans leur contexte historique.
J’ai écouté cette histoire jusqu’au bout, ne pouvant compatir avec cette noblesse de la terre, soi-disant plus digne de son rang que la nouvelle noblesse des villes ou de l’après révolution. Et finalement, je pense que ce sera pour moi une rencontre manquée avec cet auteur pourtant connue, mais avec lequel je ne me suis pas trouvée d’affinités.
Cela m’apprendra à ne choisir une lecture que sur son titre… Je m’attendais ici à une nouvelle champêtre et un brin désuète, comme j’aime à en écouter pour avoir la tête qui vagabonde, et je me suis retrouvée devant la première partie des souvenirs d’Ernest Renan, historien et philologue bien connu.
Cet extrait est donc assez mal découpé car, si l’introduction est nécessaire pour l’œuvre entière, elle prend ici près d’un tiers du texte et me parait trop longue et relativement hors de propos pour la lecture de la nouvelle en tant que telle.
Ensuite cette nouvelle (je ne peux imaginer que cette histoire soit réelle et la classe donc dans cette catégorie de fiction) ne m’a pas véritablement convaincue. Une de ces histoires où les femmes ne sont pas tout à fait équilibrée, ne peuvent s’épanouir que dans le mariage, et où l’obsession amoureuse se mue en folie. Je n’aime guère ces positions, même si je suppose que je suis censée les replacer dans leur contexte historique.
J’ai écouté cette histoire jusqu’au bout, ne pouvant compatir avec cette noblesse de la terre, soi-disant plus digne de son rang que la nouvelle noblesse des villes ou de l’après révolution. Et finalement, je pense que ce sera pour moi une rencontre manquée avec cet auteur pourtant connue, mais avec lequel je ne me suis pas trouvée d’affinités.
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38. Le Pot de Miel - Paul Arène, lu par Cocotte
« Le lit d’un torrent sert de chemin ; puis c’est un chemin pierreux fort semblable au lit du torrent, un chemin qui n’en finit pas de se tordre aux flancs de la côte abrupte où s’effrite sous le soleil le schiste des lavines ordinairement bleues, mais mouillées et noires ce matin, - car il a plu toute la nuit, - noires d’un velours rayé çà et là par le luisant ruban de sources subitement jaillies. » (p. 20). Quelques pages qui sentent bon l’herbe chauffée au soleil, le bourdonnement des insectes, et une certaine simplicité toutes rafraichissantes, qu’une morale candide ne gâche pas. En un mot, un gentil moment.
Comment ! tu ne sais pas ?... Mais c’est la croyance du pays… Les abeilles, tout le monde ici te l’apprendra, possèdent le don de sagesse et ont l’argent et l’avarice en grande horreur. Elles veulent bien servir l’homme, mais non pas en être exploitées. Aussi ne permettent-elles pas qu’on change le prix de leur miel qui doit rester toujours le même, tel qu’il fut fixé dans l’ancien temps. Et si quelqu’un, par désir de trop gagner, se hasardait à l’augmenter, ne fût-ce que d’un sou, alors ce ne serait pas long, et les abeilles essaimeraient au loin, laissant l’avare seul à se lamenter devant ses ruches vides. (p. 23).Une jolie fable qui nous vient de Provence, extraite des Nouveaux contes de Noël. Sous forme de lettre à un de ses amis, Paul Arène nous raconte comment il s’est procuré le meilleur des miels, et la jolie superstition qui entoure sa vente et son achat.
« Le lit d’un torrent sert de chemin ; puis c’est un chemin pierreux fort semblable au lit du torrent, un chemin qui n’en finit pas de se tordre aux flancs de la côte abrupte où s’effrite sous le soleil le schiste des lavines ordinairement bleues, mais mouillées et noires ce matin, - car il a plu toute la nuit, - noires d’un velours rayé çà et là par le luisant ruban de sources subitement jaillies. » (p. 20). Quelques pages qui sentent bon l’herbe chauffée au soleil, le bourdonnement des insectes, et une certaine simplicité toutes rafraichissantes, qu’une morale candide ne gâche pas. En un mot, un gentil moment.
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39. Le Mur - Vicente Blasco Ibáñez, lu par Christine Sétrin
Les querelles entre familles comme il semble que seul le sud de l’Europe puisse abriter, comme si seul le soleil pouvait chauffer ainsi à blanc les rancœurs dont on a oublié jusqu’à la raison. « Depuis trente ans, la haine de Rabosa et des Casporra bouleversait Campanar. Presque aux portes de Valence, dans ce hameau souriant qui, des bords du fleuve, semblait contempler la grande ville par les fenêtres rondes de son clocher pointu, ces barbares renouvelaient avec une rancune toute africaine, les luttes et les violences historiques qui divisaient les grandes familles italiennes au moyen âge. » (p.247-248).
Une nouvelle plaisante (extraite des Contes d’amour et de mort, tout un programme !), qui se lit vite et qui restitue bien un climat qui, certes, est peut-être de carte postale, mais qui n’en demeure pas moins dépaysant.
Simplicité et optimisme qui font du bien, servis, dans la lecture audio que j’en ai faite, par une voix au très léger accent espagnol qui accompagne à merveille le texte et que je retrouverai avec plaisir dans une lecture future. Un auteur à découvrir, et une « donneuse de voix » à suivre !
Les querelles entre familles comme il semble que seul le sud de l’Europe puisse abriter, comme si seul le soleil pouvait chauffer ainsi à blanc les rancœurs dont on a oublié jusqu’à la raison. « Depuis trente ans, la haine de Rabosa et des Casporra bouleversait Campanar. Presque aux portes de Valence, dans ce hameau souriant qui, des bords du fleuve, semblait contempler la grande ville par les fenêtres rondes de son clocher pointu, ces barbares renouvelaient avec une rancune toute africaine, les luttes et les violences historiques qui divisaient les grandes familles italiennes au moyen âge. » (p.247-248).
Une nouvelle plaisante (extraite des Contes d’amour et de mort, tout un programme !), qui se lit vite et qui restitue bien un climat qui, certes, est peut-être de carte postale, mais qui n’en demeure pas moins dépaysant.
Simplicité et optimisme qui font du bien, servis, dans la lecture audio que j’en ai faite, par une voix au très léger accent espagnol qui accompagne à merveille le texte et que je retrouverai avec plaisir dans une lecture future. Un auteur à découvrir, et une « donneuse de voix » à suivre !
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40. Un gentilhomme - Vicente Blasco Ibáñez, lu par Cocotte
Mais la plume de Vicente Blasco Ibáñez m’a emportée, et j’ai lu avec plaisir cette chronique d’un drame annoncé. Les descriptions de l’action et des sentiments sont rapides et font mouche, donnant à ces quelques pages un ton dynamique et mélancolique, un mélange étrange et réussi.
Vicente Blasco Ibáñez m’était inconnu jusqu’à aujourd’hui, et je m’aperçois que cet écrivain et homme politique espagnol mérite de trouver un petit coin dans ma bibliothèque et dans mes lectures. Une bien agréable découverte qu’il me faudra donc poursuivre.
Contracter des dettes, c’était bien. Les dettes ne déshonoraient pas un gentilhomme. Mais recevoir une aumône !... (p. 193).Je ne comprendrai décidemment jamais ce haut sentiment de l’honneur des nobles et des gentilshommes. Cette nouvelle, extraite du recueil Contes d’amour et de mort, ne m’y aidera pas, et ce cher Sagreda, comte de son état et dévoreur « en quelques années [de] cette fortune accumulée par les siècles » (p. 88), est le genre de personnage qui horripile la fourmi que j’ai tendance à être.
Mais la plume de Vicente Blasco Ibáñez m’a emportée, et j’ai lu avec plaisir cette chronique d’un drame annoncé. Les descriptions de l’action et des sentiments sont rapides et font mouche, donnant à ces quelques pages un ton dynamique et mélancolique, un mélange étrange et réussi.
Vicente Blasco Ibáñez m’était inconnu jusqu’à aujourd’hui, et je m’aperçois que cet écrivain et homme politique espagnol mérite de trouver un petit coin dans ma bibliothèque et dans mes lectures. Une bien agréable découverte qu’il me faudra donc poursuivre.
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41. La Malaria - Giovanni Verga, lu par Christine Sétrin
La Malaria, avec un « M » majuscule, c’est ainsi que Verga, dans ce texte très lyrique, se réfère à cette maladie, alors endémique dans le sud de l’Italie. Il la grandit tant que je me suis même demandé à un moment si la Malaria n’était pas aussi une région d’Italie qui aurait pu donner son nom à la maladie, mais non, il n’en est rien, ce n’est que l’emphase de la prose de Verga.
Une prose très belle, qui s’écoute comme une incantation, comme un long poème en prose qui célèbre, sans passéisme, une vie dure et ingrate en train de disparaître. Que ceux qui chercheraient l’action ramassée propre aux nouvelles passent leur chemin, car il ne se passe rien dans ce texte. C’est l’évocation de la chaleur implacable, de la maladie qui touche tel le destin aveugle, c’est la vie d’un homme qui se déroule au fil des années et à l’ombre de cette menace, c’est la vie d’un homme qui ne songe pas même à se rebeller ou à se plaindre. Il a vécu sa vie, la malaria toujours tapie dans l’ombre s’est repue de sa famille et s’est dorée au soleil de la Sicile. Amertume, fierté, cette nouvelle est une prose avant d’être une histoire, et une prose magnifique qui me fait découvrir un auteur qu’il faudra que je revisite quand il me prendra une envie d’Italie.
La Malaria, avec un « M » majuscule, c’est ainsi que Verga, dans ce texte très lyrique, se réfère à cette maladie, alors endémique dans le sud de l’Italie. Il la grandit tant que je me suis même demandé à un moment si la Malaria n’était pas aussi une région d’Italie qui aurait pu donner son nom à la maladie, mais non, il n’en est rien, ce n’est que l’emphase de la prose de Verga.
Une prose très belle, qui s’écoute comme une incantation, comme un long poème en prose qui célèbre, sans passéisme, une vie dure et ingrate en train de disparaître. Que ceux qui chercheraient l’action ramassée propre aux nouvelles passent leur chemin, car il ne se passe rien dans ce texte. C’est l’évocation de la chaleur implacable, de la maladie qui touche tel le destin aveugle, c’est la vie d’un homme qui se déroule au fil des années et à l’ombre de cette menace, c’est la vie d’un homme qui ne songe pas même à se rebeller ou à se plaindre. Il a vécu sa vie, la malaria toujours tapie dans l’ombre s’est repue de sa famille et s’est dorée au soleil de la Sicile. Amertume, fierté, cette nouvelle est une prose avant d’être une histoire, et une prose magnifique qui me fait découvrir un auteur qu’il faudra que je revisite quand il me prendra une envie d’Italie.
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42. La Vie de voyage, extrait de Nouvelles asiatiques - Joseph Arthur de Gobineau, lu par René Depasse
La fin du récit est quant à elle porteuse d’un message, assez ambivalent lorsque l’on sait que Gobineau a longtemps, en qualité de diplomate, vécut à l’étranger, notamment en Orient, et que, je cite l’article que lui consacre Wikipédia, ma seule source sur le personnage, qu’« il se fait « plus Persan que les Persans ». Sa maîtrise de la langue, sa remarquable adaptation à des conditions de vie très exotiques lui apportent l'estime de la population et des notabilités locales. (…) C'est néanmoins sans regrets que, rappelé, il quitte la cour de Perse en 1858. ». Lucie semble à l’image de l’auteur. D’abord fascinée, s’intégrant presque naturellement dans cette autre culture, elle se rend finalement compte qu’elle ne peut que rester à la surface des choses, qu’elle ne comprend en réalité rien à cette culture qui ne peut que lui échapper quelques soient les efforts et la bonne volonté qu’elle fasse. (Et parce que c’est une femme, cela la mène tout droit vers la crise de nerfs et elle ne peut que se laisser submerger par une angoisse qu’elle ne peut contrôler, mais cette nouvelle n’est pas le lieu d’un débat féministe…).
Je n’ai pas lu le fameux essai problématique de Gobineau, son Essai sur l’inégalité des races humaines qui aurait été une des sources d’inspiration des théories nazies et qui l’a fait tomber en disgrâce littéraire, et je ne suis pas non plus partisane de lire les œuvres à la lumière de la façon dont elles ont été utilisées par les générations passées, mais s’il n’est à aucun moment question de supériorité et d’infériorité des gens, des peuples ou même des cultures dans La Vie de voyage, Gobineau exprime par les mots et les réactions de Lucie la vision selon laquelle les cultures ne sont pas miscibles, qu’elles restent irrémédiablement étrangères l’une à l’autre, et même qu’elles sont en définitive impénétrables, qu’il est impossible d’aller au-delà d’un émerveillement de surface. Bien sûr, il parle alors de pays « pour lequel nous sommes faits, et qui est fait pour les natures que nous avons reçues du ciel », mais je ne suis pas sûre d’y voir du racisme, surtout l’idée que l’on ne connait effectivement que la culture dans laquelle on naît.
Une vision très pessimiste et fataliste, d’autant qu’elle vient d’une personne qui s’est frotté à l’autre, à la culture étrangère et a essayé de les comprendre même si ses thèses scientifiques sont souvent fantaisistes. C’est une vision que l’on retrouve aujourd´hui dans beaucoup de discours sur l’immigration, cette idée que les cultures ne peuvent se mêler, pas même souvent cohabiter, ce qui fait de la dernière partie de cette nouvelle un texte relativement actuel, que l’on soit en accord ou non avec ce point de vue.
Entre globalisation d’une certaine culture et immiscibilité, le débat reste entier et la direction que nous prendrons n’est pas encore définie, mais cette nouvelle m’a fait me poser la question de comment je suis moi-même perméable aux autres cultures, de la mesure dans laquelle je comprends les cultures qui me sont étrangères et que j’approche. Je dois avouer que je ne suis pas de celle qui à Rome fait comme les Romains, pas entièrement en tout cas. J’aime préserver un bout de sol français quand je suis au-delà des frontières et je n’ai pas même fait l’effort d’apprendre les langues de certains des pays que j’ai traversés. Je n’ai pas toujours apprécié leurs cultures non plus, même quand elles m’ont intéressée. Suis-je donc une Lucie qui s’ignore, ou bien simplement une personne jonglant tant bien que mal entre ses racines et son environnement, toujours dans un équilibre précaire, de cet équilibre instable qui fait le sel de la vie de voyage ?
Je n’imagine que ce que je vois : cette solitude morale, absolue, sans contraste, qui s’épaissit autour de nous… Peur ? Je n’ai pas peur ; ou, du moins, je n’ai pas précisément peur… mais, au premier abord, je ne voyais, je ne comprenais que la superficie des choses et l’apercevant comme elle est, bariolée et mouvante, je m’en amusais et ne supposais pas le dessous. Mais, maintenant, prends-tu garde toi-même que nous sommes entourés par l’inconnu, par l’étrangeté incommensurable, sans bornes ? Que tout ce que nous approchons, nous regarde comme nous le regardons nous-mêmes, et cela sans nous comprendre, comme aussi nous ne comprenons pas ? (…) Tiens ! (…) ce Kerbelay-Houssein, lui-même, dont nous célébrons l’honnêteté et la droiture, depuis que nous le connaissons, savons-nous bien ce que lui-même appelle droiture et honnêteté ? Qu’y a-t-il de commun entre ces gens-là et nous ? Eh bien ! oui, j’ai peur ! Je voudrais me retrouver dans un autre pays, dans le nôtre, dans celui que nous avons contemplé toute notre vie, qui n’a pas de mystère et d’inconnu pour nous ; pour lequel nous sommes faits, et qui est fait pour les natures que nous avons reçues du ciel ! Je voudrais voir les gens que nous pouvons reconnaître, sur le visage desquels nous sommes accoutumés à lire, et qui comprennent le bien et le mal de la même façon que nous ! Enfin, Valerio, oui, c’est vrai, je me sens perdue ici ; nous sommes tout seuls, et, j’en conviens, j’ai peur ! j’ai peur ! j’ai peur ! Je ne veux pas rester ici ! Allons-nous-en !Tiré du recueil Nouvelles asiatiques, La Vie de voyage est plutôt un court roman, qui conte les tribulations d’un jeune couple parti à l’aventure sur les routes de Perse suite à un revers de fortune. Sans suivre une trame bien définie, Gobineau utilise ce prétexte pour compter de nombreuses anecdotes et décrire les paysages d’un pays sous le charme duquel il est manifestement tombé, puisqu’il y a lui-même séjourné longtemps. La plus grande partie du récit, même s’il est amené par une introduction un peu longue qui part d’Italie, suit une caravane aux confins de la Turquie, et l’on y apprend ce qui a conduit certains des membres de cette société temporaire à mettre ses pas dans ceux de Kerbelay-Houssein, le maître muletier. Des gens sans racine, des gens poussés par un certain amour du voyage, des gens tenus par des promesses ou des espoirs. Il y a un peu de tout, et Gobineau expose les motifs, les situations, sans prendre partie, comme un auteur jouissant de sa plume et de ses souvenirs, laissant le lecteur libre de faire l’usage qu’il veut de ces tranches de vie.
La fin du récit est quant à elle porteuse d’un message, assez ambivalent lorsque l’on sait que Gobineau a longtemps, en qualité de diplomate, vécut à l’étranger, notamment en Orient, et que, je cite l’article que lui consacre Wikipédia, ma seule source sur le personnage, qu’« il se fait « plus Persan que les Persans ». Sa maîtrise de la langue, sa remarquable adaptation à des conditions de vie très exotiques lui apportent l'estime de la population et des notabilités locales. (…) C'est néanmoins sans regrets que, rappelé, il quitte la cour de Perse en 1858. ». Lucie semble à l’image de l’auteur. D’abord fascinée, s’intégrant presque naturellement dans cette autre culture, elle se rend finalement compte qu’elle ne peut que rester à la surface des choses, qu’elle ne comprend en réalité rien à cette culture qui ne peut que lui échapper quelques soient les efforts et la bonne volonté qu’elle fasse. (Et parce que c’est une femme, cela la mène tout droit vers la crise de nerfs et elle ne peut que se laisser submerger par une angoisse qu’elle ne peut contrôler, mais cette nouvelle n’est pas le lieu d’un débat féministe…).
Je n’ai pas lu le fameux essai problématique de Gobineau, son Essai sur l’inégalité des races humaines qui aurait été une des sources d’inspiration des théories nazies et qui l’a fait tomber en disgrâce littéraire, et je ne suis pas non plus partisane de lire les œuvres à la lumière de la façon dont elles ont été utilisées par les générations passées, mais s’il n’est à aucun moment question de supériorité et d’infériorité des gens, des peuples ou même des cultures dans La Vie de voyage, Gobineau exprime par les mots et les réactions de Lucie la vision selon laquelle les cultures ne sont pas miscibles, qu’elles restent irrémédiablement étrangères l’une à l’autre, et même qu’elles sont en définitive impénétrables, qu’il est impossible d’aller au-delà d’un émerveillement de surface. Bien sûr, il parle alors de pays « pour lequel nous sommes faits, et qui est fait pour les natures que nous avons reçues du ciel », mais je ne suis pas sûre d’y voir du racisme, surtout l’idée que l’on ne connait effectivement que la culture dans laquelle on naît.
Une vision très pessimiste et fataliste, d’autant qu’elle vient d’une personne qui s’est frotté à l’autre, à la culture étrangère et a essayé de les comprendre même si ses thèses scientifiques sont souvent fantaisistes. C’est une vision que l’on retrouve aujourd´hui dans beaucoup de discours sur l’immigration, cette idée que les cultures ne peuvent se mêler, pas même souvent cohabiter, ce qui fait de la dernière partie de cette nouvelle un texte relativement actuel, que l’on soit en accord ou non avec ce point de vue.
Entre globalisation d’une certaine culture et immiscibilité, le débat reste entier et la direction que nous prendrons n’est pas encore définie, mais cette nouvelle m’a fait me poser la question de comment je suis moi-même perméable aux autres cultures, de la mesure dans laquelle je comprends les cultures qui me sont étrangères et que j’approche. Je dois avouer que je ne suis pas de celle qui à Rome fait comme les Romains, pas entièrement en tout cas. J’aime préserver un bout de sol français quand je suis au-delà des frontières et je n’ai pas même fait l’effort d’apprendre les langues de certains des pays que j’ai traversés. Je n’ai pas toujours apprécié leurs cultures non plus, même quand elles m’ont intéressée. Suis-je donc une Lucie qui s’ignore, ou bien simplement une personne jonglant tant bien que mal entre ses racines et son environnement, toujours dans un équilibre précaire, de cet équilibre instable qui fait le sel de la vie de voyage ?
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43. L’Amour de la vie, suivi de Negore le lâche - Jack London, lu par René Depasse
En voyant ce texte relativement court d’accès libre, je me suis laissée tentée, car son titre est comme un démenti de cette dernière lecture, ou de la polémique sur la mort de London lui-même (quoique… Il y a de belles interprétations poétiques de son possible suicide, comme une volonté de vivre entièrement ou de ne pas vivre, mais je ne me risquerai pas sur ce thème que je ne connais pas).
L’amour de la vie, une longue nouvelle (suivie dans mon recueil d’une seule autre nouvelle, Negore le lâche, d’une facture beaucoup plus classique et sur laquelle je ne m’attarderai pas), est un récit poignant et aux accents réalistes du combat pour sa survie, d’un chercheur d’or dans le Nord du Canada, seul, blessé, perdu et affamé au seuil de l’hiver. Dans un style dépouillé de tout artifice littéraire qui rend ce texte à la fois cru comme la réalité qu’il décrit et chargé d’une intensité dramatique et d’un suspens ui ne faiblissent jamais, Jack London ne nous épargne rien des efforts désespérés de son personnage qui n’abandonne jamais, qui malgré la faim et l’épuisement, continue inlassablement à se battre pour survivre, en dépit des évidences. On ne saura rien de cet homme, ni son nom, ni si c’est un homme respectable ou pas, si c’est un homme plein de rêves et d’espoir ou pas. Qu’importe, c’est son amour de la vie, sa volonté indestructible de vivre, jusqu’au seuil de la mort la plus évidente et inéluctable.
Ce livre est traversé de part ou part d’un souffle d’une tendresse infinie pour l’homme et pour la vie, et ce malgré sa dureté, qui m’a poussée à faire une pause dans ma lecture pour pouvoir en accepter les mots et les sensations. Ce livre, caché derrière les trop fameux Croc-Blanc et Appel de la forêt, est une petite pépite, une poussière d’or peut-être, de celle que ce chercheur ramène après une saison de prospection dans le Grand Nord, et elle mérite d’être lue, à petite dose, comme un café amer cuit sur un feu de camp, dans la solitude la plus absolue.
Le vaisseau n’était pas à plus de six kilomètres, il pouvait le voir bien distinctement quand il chassait le brouillard qui était devant ses yeux : il apercevait la voile blanche d’un petit bateau qui coupait la blancheur de la mer éblouissante. Mais jamais il ne pourrait se traîner sur une pareille distance. Il le savait et malgré ça restait calme. Il savait qu’il serait incapable de faire cinq cents mètres et pourtant il voulait vivre : il n’y avait pas de raison qu’il mourût après avoir tant supporté. Le destin exigeait trop de lui ; mourant qu’il était, il refusait de mourir. C’était pure folie peut-être, mais même entre les griffes de la mort il la défiait.Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu Jack London, plus par manque d’occasion que par choix, quoique je me souviens que la fin de Martin Eden, le dernier livre que j’ai lu de lui, m’avais assez marquée pour que je ne me replonge pas dans ses écrits.
En voyant ce texte relativement court d’accès libre, je me suis laissée tentée, car son titre est comme un démenti de cette dernière lecture, ou de la polémique sur la mort de London lui-même (quoique… Il y a de belles interprétations poétiques de son possible suicide, comme une volonté de vivre entièrement ou de ne pas vivre, mais je ne me risquerai pas sur ce thème que je ne connais pas).
L’amour de la vie, une longue nouvelle (suivie dans mon recueil d’une seule autre nouvelle, Negore le lâche, d’une facture beaucoup plus classique et sur laquelle je ne m’attarderai pas), est un récit poignant et aux accents réalistes du combat pour sa survie, d’un chercheur d’or dans le Nord du Canada, seul, blessé, perdu et affamé au seuil de l’hiver. Dans un style dépouillé de tout artifice littéraire qui rend ce texte à la fois cru comme la réalité qu’il décrit et chargé d’une intensité dramatique et d’un suspens ui ne faiblissent jamais, Jack London ne nous épargne rien des efforts désespérés de son personnage qui n’abandonne jamais, qui malgré la faim et l’épuisement, continue inlassablement à se battre pour survivre, en dépit des évidences. On ne saura rien de cet homme, ni son nom, ni si c’est un homme respectable ou pas, si c’est un homme plein de rêves et d’espoir ou pas. Qu’importe, c’est son amour de la vie, sa volonté indestructible de vivre, jusqu’au seuil de la mort la plus évidente et inéluctable.
Ce livre est traversé de part ou part d’un souffle d’une tendresse infinie pour l’homme et pour la vie, et ce malgré sa dureté, qui m’a poussée à faire une pause dans ma lecture pour pouvoir en accepter les mots et les sensations. Ce livre, caché derrière les trop fameux Croc-Blanc et Appel de la forêt, est une petite pépite, une poussière d’or peut-être, de celle que ce chercheur ramène après une saison de prospection dans le Grand Nord, et elle mérite d’être lue, à petite dose, comme un café amer cuit sur un feu de camp, dans la solitude la plus absolue.
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44. Le Cordonnier en vieux, extrait de Histoires et souvenirs – Madame de Matigny, lu par Jean-Loup Martinet
Une nouvelle où la vertu est récompensée, avec une dose asse légère mais peu subtil de bons sentiments chrétiens. On n’est pas loin des bons sentiments de la Comtesse de Ségur, où ce qui sont bons dans le fond s’amendent et en sont fort aise, et où chacun sait rester à la place où sa naissance l’a mis car il ne faudrait tout de même pas promouvoir une certaine ascension sociale… Madame de Matigny a peut-être eu moins de succès que la fameuse comtesse parce que sa plume est plus réaliste et ses personnages ne sont pas ceux de la petite noblesse qu’affectionne Madame de Ségur. Ce réalisme en fait une lecture moins indiquée pour les enfants, mais qui a peut-être un peu moins vieilli.
Une découverte agréable donc, mais sans plus. Un bon exemple d’une littérature qui se veut sociale et conservatrice à la fois ; un témoignage intéressant.
Une nouvelle où la vertu est récompensée, avec une dose asse légère mais peu subtil de bons sentiments chrétiens. On n’est pas loin des bons sentiments de la Comtesse de Ségur, où ce qui sont bons dans le fond s’amendent et en sont fort aise, et où chacun sait rester à la place où sa naissance l’a mis car il ne faudrait tout de même pas promouvoir une certaine ascension sociale… Madame de Matigny a peut-être eu moins de succès que la fameuse comtesse parce que sa plume est plus réaliste et ses personnages ne sont pas ceux de la petite noblesse qu’affectionne Madame de Ségur. Ce réalisme en fait une lecture moins indiquée pour les enfants, mais qui a peut-être un peu moins vieilli.
Une découverte agréable donc, mais sans plus. Un bon exemple d’une littérature qui se veut sociale et conservatrice à la fois ; un témoignage intéressant.
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45. Contes et Légendes de Basse Bretagne - Collectif (Emile Souvestre, Ernest du Laurens de la Barre et François-Marie Luzel), lu par Ar Men
Voila un recueil de contes et de légendes par trois auteurs régionalistes d XIXème siècle un peu tombés dans l’oubli aujourd’hui qui plaira surtout à ceux qui sont un peu familiers avec sa géographie et quelques-unes de ses coutumes. Si l’on y retrouve des éléments familiers des légendes bretonnes, telles que les trésors sous les menhirs, les fées sous les mers ou encore les géants lanceurs de cailloux, j’ai été surprise de l’appropriation de contes que l’on considère comme faisant partie d’un patrimoine commun. Il y a un peu du petit poucet dans l’histoire du Géant Goulaffre par exemple, mais contée ici par Barbe Tassel de Plouaret. Je me suis ainsi amusée tout au long de cette lecture à repérer ainsi les histoires familières mises à la mode. Il est amusant aussi de voir comment Paris (et la France) sont un royaume étranger (alors que l’annexion a eu lieu depuis plus de deux-cent ans déjà), parfois un royaume tellement étranger d’ailleurs qu’il en devient imaginaire ou fantasmé. Et bien sûr, un bon fond chrétien pour faire bonne mesure, mais souvent plus de la superstition que de la ferveur religieuse. Cela m’a ainsi permis d’en apprendre un peu plus sur un de ces nombreux ermites semi-légendaires pour lesquels la Bretagne s’est passé de l’approbation papale pour les ériger au rang de saint. Je sais maintenant que Saint Herbot (“h” muet, “t” sonore…), que je ne connaissais que grâce à la commune du même nom, recolle les têtes avec du beurre, et ce n’est donc pas pour rien que c’est lui que l’on invoque pour que le lait tourne en beurre !
Et puis j’ai retrouvé avec plaisir dans quelques contes de François-Marie Luzel cette façon de clore un conte par un banquet ou un tour de broche qui explique de façon rocambolesque comment le conteur est arrivé jusqu’à nous avec cette histoire tout ce qu’il y a de plus véridique, une façon de faire qui deviendra plus tard une sorte de rituel dans les contes de Per-Jakez Hélias.
Le grand-père de la grand’mère de mon grand-père, qui était un peu parent de Pipi, fut invité des noces, et c’est ainsi qu’il en vint des nouvelles dans ma famille, et que nous en avons gardé le souvenir, jusqu’aujourd’hui. (“Le filleul de la Sainte Vierge” de François-Marie Luzel).Il n’y a probablement qu’en Bretagne que l’on peut recoller une tête avec du beurre !
Voila un recueil de contes et de légendes par trois auteurs régionalistes d XIXème siècle un peu tombés dans l’oubli aujourd’hui qui plaira surtout à ceux qui sont un peu familiers avec sa géographie et quelques-unes de ses coutumes. Si l’on y retrouve des éléments familiers des légendes bretonnes, telles que les trésors sous les menhirs, les fées sous les mers ou encore les géants lanceurs de cailloux, j’ai été surprise de l’appropriation de contes que l’on considère comme faisant partie d’un patrimoine commun. Il y a un peu du petit poucet dans l’histoire du Géant Goulaffre par exemple, mais contée ici par Barbe Tassel de Plouaret. Je me suis ainsi amusée tout au long de cette lecture à repérer ainsi les histoires familières mises à la mode. Il est amusant aussi de voir comment Paris (et la France) sont un royaume étranger (alors que l’annexion a eu lieu depuis plus de deux-cent ans déjà), parfois un royaume tellement étranger d’ailleurs qu’il en devient imaginaire ou fantasmé. Et bien sûr, un bon fond chrétien pour faire bonne mesure, mais souvent plus de la superstition que de la ferveur religieuse. Cela m’a ainsi permis d’en apprendre un peu plus sur un de ces nombreux ermites semi-légendaires pour lesquels la Bretagne s’est passé de l’approbation papale pour les ériger au rang de saint. Je sais maintenant que Saint Herbot (“h” muet, “t” sonore…), que je ne connaissais que grâce à la commune du même nom, recolle les têtes avec du beurre, et ce n’est donc pas pour rien que c’est lui que l’on invoque pour que le lait tourne en beurre !
Et puis j’ai retrouvé avec plaisir dans quelques contes de François-Marie Luzel cette façon de clore un conte par un banquet ou un tour de broche qui explique de façon rocambolesque comment le conteur est arrivé jusqu’à nous avec cette histoire tout ce qu’il y a de plus véridique, une façon de faire qui deviendra plus tard une sorte de rituel dans les contes de Per-Jakez Hélias.
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46. Will du Moulin - Robert Louis Stevenson, lu par René Depasse
Et pourtant non, l’histoire suit un tout autre cours et se développe peu à peu comme un conte aux accents confucianistes (si je me permets ce parallèle que Stevenson ne cautionnerait peut-être pas), remplaçant l’impatience et la soif de connaître par le renoncement et l’acceptation. Même l’amour ne sera pour Will qu’un égarement passager, avant qu’il ne l’amène à comprendre qu’il vaut mieux espérer que posséder, être dans l’expectative plutôt que de vivre.
Savoir se contenter de son petit coin de pays parce que l’on sait qu’il est vain de vouloir explorer le monde, car jamais on ne connaîtra tout. Se contenter de peu parce que l’on ne peut avoir tout. C’est une philosophie que je ne partage pas, même s’il est vain d’espérer tout connaitre, pourquoi ne pas chercher à connaitre un peu, mais c’est une philosophie qui me fait réfléchir, une réflexion sur la vanité des choses et de la vie, vanité au sens de futilité plutôt qu’au sens d’orgueil.
Il est étrange de s’apercevoir que ce roman est peu de temps avant qu’il commence son Voyage avec un âne dans les Cévennes, périple de quelques semaines qui inaugure presque le tourisme de randonnée et dans lequel Stevenson adopte une attitude tout à fait contraire à celle de son personnage Will. Je ne sais ce qu’il faut conclure de cette concomitance de dates, que Stevenson a changé d’avis, qu’il cherchait à se convaincre des bienfaits de l’immobilité et qu’il n’y a pas réussi. J’aurais presque cru que ce roman était une œuvre de la maturité, d’un voyageur désabusé, mais c’est le contraire, c’est l’œuvre d’un homme qui demain prendra son bâton pour ne plus le poser que rarement, toujours tendu vers un ailleurs, dont on ne saura s’il l’a satisfait. Une réflexion qui jette une lumière étrange sur ce livre, qui, bien qu’il me semble atypique dans ce que je connais de l’œuvre de Stevenson, vaut un arrêt et une petite méditation sur les vicissitudes de la vie et des chemins qu’elle emprunte.
— Avez-vous jamais regardé les étoiles ? demanda-t-il, un doigt en l’air.Ce court roman de Stevenson s’ouvre sur l’image d’un jeune garçon qui vit près d’une route où passe quantité de voyageurs et qui se prend à rêver. Tout de suite j’en ai imaginé la suite, sachant pertinemment où allait me mener la plume de cet écrivain aux pieds souvent en mouvement, toujours à la recherche d’un ailleurs, que ce soit sur les routes des Cévennes ou sur le pont d’un navire à destination du Pacifique.
— Bien souvent.
— Et vous savez ce qu’elles sont ?
— J’ai imaginé beaucoup de choses.
— Ce sont des mondes comme le nôtre, dit le jeune homme. Certaines sont plus petites beaucoup sont un million de fois plus grosse que la terre ; et plusieurs de ces minuscules étincelles sont non seulement des mondes, mais des réunions de mondes qui tournent les uns autour des autres au milieu de l’espace. Nous ignorons ce qu’elles peuvent contenir, n’importe laquelle ; peut-être la réponse à tous nos problèmes ou la guérison de tous nos maux ; mais jamais nous ne pourrons y aller voir ; toute l’ingéniosité des hommes les plus habiles ne saurait équiper un vaisseau pour atteindre au plus proche de ces astres nos voisins, et l’existence la plus longue ne suffirait pas à semblable voyage. Qu’une grande bataille vienne d’être perdue, ou qu’un être chéri meure, que nous soyons transportés de joie ou d’enthousiasme, ils n’en brillent pas moins inlassablement sur nos têtes. Nous pouvons nous rassembler ici, à toute une armée, et crier à nous rompre les poumons, nul soupir ne leur parviendra. Nous pouvons escalader la plus haute montagne, nous n’en serons pas plus près d’eux. Il ne nous reste qu’à demeurer ici-bas dans le jardin et à leur tirer notre chapeau : le clair d’étoiles se pose sur nos crânes, et comme le mien est un peu chauve, vous le voyez sans doute reluire dans l’obscurité. La montagne et la souris. C’est à peu près tout ce que nous aurons jamais de commun avec Arcturus ou Aldébaran. Savez-vous appliquer une comparaison ? ajouta-t-il, posant la main sur l’épaule de Will. Une comparaison n’est pas une raison mais elle est d’ordinaire infiniment plus convaincante.
Will pencha un peu la tête, puis la releva vers le ciel. Les étoiles lui parurent se dilater et émettre un éclat plus vif ; et comme il levait les yeux de plus en plus haut, elles semblaient se multiplier sous son regard.
— Je vois, dit-il, en se tournant vers le jeune homme. Nous sommes dans une attrape à souris.
— Quelque chose comme ça. Avez-vous déjà vu un écureuil tourner dans sa cage ? et un autre écureuil philosophiquement assis à croquer ses noix ? Inutile de vous demander lequel des deux vous a paru le plus sot. (Partie 1, “La Plaine et les étoiles”).
Et pourtant non, l’histoire suit un tout autre cours et se développe peu à peu comme un conte aux accents confucianistes (si je me permets ce parallèle que Stevenson ne cautionnerait peut-être pas), remplaçant l’impatience et la soif de connaître par le renoncement et l’acceptation. Même l’amour ne sera pour Will qu’un égarement passager, avant qu’il ne l’amène à comprendre qu’il vaut mieux espérer que posséder, être dans l’expectative plutôt que de vivre.
Savoir se contenter de son petit coin de pays parce que l’on sait qu’il est vain de vouloir explorer le monde, car jamais on ne connaîtra tout. Se contenter de peu parce que l’on ne peut avoir tout. C’est une philosophie que je ne partage pas, même s’il est vain d’espérer tout connaitre, pourquoi ne pas chercher à connaitre un peu, mais c’est une philosophie qui me fait réfléchir, une réflexion sur la vanité des choses et de la vie, vanité au sens de futilité plutôt qu’au sens d’orgueil.
Il est étrange de s’apercevoir que ce roman est peu de temps avant qu’il commence son Voyage avec un âne dans les Cévennes, périple de quelques semaines qui inaugure presque le tourisme de randonnée et dans lequel Stevenson adopte une attitude tout à fait contraire à celle de son personnage Will. Je ne sais ce qu’il faut conclure de cette concomitance de dates, que Stevenson a changé d’avis, qu’il cherchait à se convaincre des bienfaits de l’immobilité et qu’il n’y a pas réussi. J’aurais presque cru que ce roman était une œuvre de la maturité, d’un voyageur désabusé, mais c’est le contraire, c’est l’œuvre d’un homme qui demain prendra son bâton pour ne plus le poser que rarement, toujours tendu vers un ailleurs, dont on ne saura s’il l’a satisfait. Une réflexion qui jette une lumière étrange sur ce livre, qui, bien qu’il me semble atypique dans ce que je connais de l’œuvre de Stevenson, vaut un arrêt et une petite méditation sur les vicissitudes de la vie et des chemins qu’elle emprunte.
48raton-liseur
47. Le crocodile (nouvelle inachevée) - Fedor Dostoïevski, lu par René Depasse
Etrange nouvelle que celle-ci lorsque je pense qu’elle est signée Dostoïevski. Le peintre des tourments de l’âme, l’austère écrivain de la culpabilité et du repentir trempe ici sa plume dans la veine burlesque, comme s’il avait subtilisé cette nouvelle encore inachevée à son contemporain Gogol et que, bien embêté par l’incongruité de son geste, il n’avait pas pu y trouver une fin qui fut digne de lui ou de Gogol.
Le crocodile est l’histoire d’un de ces mammifères (sic, Dostoïevski ne devait pas être très versé dans la zoologie) exhibé à Saint-Pétersbourg et qui, pour tromper son ennui, ne trouve rien de mieux à faire que d’avaler un petit fonctionnaire de passage. Ou plutôt, c’est l’histoire de ce petit fonctionnaire et de son ami intime après cette étrange péripétie.
Dostoïevski prend le prétexte de ce fait divers pour brosser un portrait mordant de la société russe, sa hiérarchie sclérosée, son administration aveugle et la superficialité de ses cercles intellectuels.
Le trait devient vite un peu lourd et, c’est quand je commençais à me demander quelle chute Dostoïevski allait bien pouvoir inventer pour se sortir de cette histoire sans queue ni tête (encore une fois, la zoologie est bien malmenée…) que je me suis aperçue, au beau milieu d’un paragraphe, que cette nouvelle était inachevée (c’était pourtant clairement annoncé, mais je n’y avais pas fait attention). J’ai donc laissé, perplexe, mon fonctionnaire obscur dans l’obscurité du ventre vide de son gros mammifère, me demandant s’il en sortirait vivant ou non, puis me désintéressant vite de son sort.
Quitte à lire du burlesque ou de l’absurde russe, autant lire directement Gogol, dont j’ai tâté il y a peu pour la première fois et qui m’a fait bien meilleure impression. Dostoïevski ne me semble pas exceller dans ce genre, et je lui préfère ses romans sombres et torturés. Peut-être faudrait-il que je m’y replonge un de ces jours, pour oublier cette nouvelle qui manque de charme, et surtout de chute.
Etrange nouvelle que celle-ci lorsque je pense qu’elle est signée Dostoïevski. Le peintre des tourments de l’âme, l’austère écrivain de la culpabilité et du repentir trempe ici sa plume dans la veine burlesque, comme s’il avait subtilisé cette nouvelle encore inachevée à son contemporain Gogol et que, bien embêté par l’incongruité de son geste, il n’avait pas pu y trouver une fin qui fut digne de lui ou de Gogol.
Le crocodile est l’histoire d’un de ces mammifères (sic, Dostoïevski ne devait pas être très versé dans la zoologie) exhibé à Saint-Pétersbourg et qui, pour tromper son ennui, ne trouve rien de mieux à faire que d’avaler un petit fonctionnaire de passage. Ou plutôt, c’est l’histoire de ce petit fonctionnaire et de son ami intime après cette étrange péripétie.
Dostoïevski prend le prétexte de ce fait divers pour brosser un portrait mordant de la société russe, sa hiérarchie sclérosée, son administration aveugle et la superficialité de ses cercles intellectuels.
Le trait devient vite un peu lourd et, c’est quand je commençais à me demander quelle chute Dostoïevski allait bien pouvoir inventer pour se sortir de cette histoire sans queue ni tête (encore une fois, la zoologie est bien malmenée…) que je me suis aperçue, au beau milieu d’un paragraphe, que cette nouvelle était inachevée (c’était pourtant clairement annoncé, mais je n’y avais pas fait attention). J’ai donc laissé, perplexe, mon fonctionnaire obscur dans l’obscurité du ventre vide de son gros mammifère, me demandant s’il en sortirait vivant ou non, puis me désintéressant vite de son sort.
Quitte à lire du burlesque ou de l’absurde russe, autant lire directement Gogol, dont j’ai tâté il y a peu pour la première fois et qui m’a fait bien meilleure impression. Dostoïevski ne me semble pas exceller dans ce genre, et je lui préfère ses romans sombres et torturés. Peut-être faudrait-il que je m’y replonge un de ces jours, pour oublier cette nouvelle qui manque de charme, et surtout de chute.
49raton-liseur
48. La Marchande de journaux, extrait de Contes en vers et poésies diverses - François Coppée, lu par Chantal Magnat
Très joli, tant dans son style très classique, voire suranné (même pour l’époque à laquelle ce poème a été publié), que pour cette petite leçon de morale à laquelle je ne m’attendais pas et qui me cueille par surprise et avec plaisir.
Et, depuis lors, ayant médité la leçon,Un conte en vers tout en retenue, une très jolie surprise qui a accompagné mon déjeuner sur le pouce aujourd’hui. Poète du XIXème siècle, je savais de lui qu’il aimait les petites gens, mais rien de plus. Quelle surprise que cette petite nouvelle toute en vers qui conte le destin d’une humble marchande de journaux que la vie n’a pas épargné comme l’on dit, et dont les revenus fluctuent au gré des débats à la Chambre et des renversements de cabinets (heureusement fréquents en ces débuts balbutiants de la démocratie). Une raison très humaine, très prosaïque de s’intéresser à la politique, une façon subtile et ironique de décrire l’incidence du débat politique sur le quotidien de ceux qui n’en attendent rien.
Je suis tout consolé, quand un ministre tombe ;
Car, ces jours-là, l’enfant [de la marchande de journaux] a des fleurs sur sa tombe.
Très joli, tant dans son style très classique, voire suranné (même pour l’époque à laquelle ce poème a été publié), que pour cette petite leçon de morale à laquelle je ne m’attendais pas et qui me cueille par surprise et avec plaisir.
50raton-liseur
49. Contes tout simples - François Coppée, lu par Chantal Magnat
Décidément, j’apprécie cet auteur que je commence tout juste à découvrir. Il regarde le petit peuple comme un Zola mais avec tendresse sans aucune revendication sociale, il écrit aussi légèrement qu’une Comtesse de Ségur mais sans nous engluer dans une morale chrétienne par trop manichéenne. Drôle de description que de placer un auteur en équilibre entre Zola et la Comtesse de Ségur, mais c’est pourtant l’idée qui me vient spontanément à la fin de cette lecture. Il me reste d’autres contes à découvrir, je les garde pour plus tard, comme autant de dragées douces-amères à faire fondre sous la langue.
Certes, la lutte fut longue ; elle fut cruelle. Bien des fois, vers l’heure d’un apéritif interdit par l’économie, quand la soif lui séchait la gorge, le capitaine dut faire un effort héroïque pour retirer sa main déjà posée sur le bec de cane de l’estaminet ; bien des fois il erra en rêvant de roi retourné et de quinte et quatorze. Mais presque toujours il rentrait courageusement chez lui ; et comme il aimait davantage Pierrette à chaque sacrifice qu’il lui faisait, il l’embrassait mieux ces jours-là. Car il l’embrassait. (“Les Vices du capitaine”).Ce recueil de contes porte bien son nom, des contes tout simples, des petits instants de la vie de gens simples, parfois joyeux, souvent amers. Une peinture simple, qui évite autant l’écueil du misérabilisme que celui de la glorification de la pauvreté. Des tableaux, des instants, des vies qui sont juste comme un témoignage de ces petites gens qui vivaient entre dignité et bouts de chandelle, des destins sublimes de tragique qui resteront anonymes, ce sont des jolies histoires que celles contées par François Coppée. Des histoires d’humanisme simple (encore ce mot, il ne m’en vient pas d’autre), à la hauteur de chacun, et sans qu’il ne soit question jamais de rétribution dans ce monde ou dans l’au-delà. Un humanisme qui se suffit à lui-même, qui trouve sa justification et sa finalité en lui-même.
Décidément, j’apprécie cet auteur que je commence tout juste à découvrir. Il regarde le petit peuple comme un Zola mais avec tendresse sans aucune revendication sociale, il écrit aussi légèrement qu’une Comtesse de Ségur mais sans nous engluer dans une morale chrétienne par trop manichéenne. Drôle de description que de placer un auteur en équilibre entre Zola et la Comtesse de Ségur, mais c’est pourtant l’idée qui me vient spontanément à la fin de cette lecture. Il me reste d’autres contes à découvrir, je les garde pour plus tard, comme autant de dragées douces-amères à faire fondre sous la langue.
51raton-liseur
50. Les Rêves - Anton Tchekhov, lu par Martine Leroy Rambaud
Je croyais un peu naïvement que Tchekhov était seulement un auteur de théâtre, et c’est par hasard que j’ai découvert sa prolifique collection de nouvelles. Je commence mon exploration un peu au hasard par cette nouvelle au goût amer.
Deux policiers escortent un vagabond qui dit ne plus se souvenir de son nom et qui, au long d’un chemin monotone et humide, se laisse aller à des confidences puis à rêver à une vie meilleure, oh pas grand chose, juste espérer la relégation plutôt que le bagne, et mener une vie simple faite de pèche et d’agriculture dans les confins de la Russie. Des rêves peu ambitieux, mais cela les rend-il pour autant plus accessibles ?
Voilà quelques pages qui font un peu penser à un Zola teinté de mélancolie. Une jolie lecture qui met une boule dans la gorge et qui me donne envie de continuer à découvrir Tchekhov le nouvelliste, et qui sait peut-être un jour le dramaturge.
Je croyais un peu naïvement que Tchekhov était seulement un auteur de théâtre, et c’est par hasard que j’ai découvert sa prolifique collection de nouvelles. Je commence mon exploration un peu au hasard par cette nouvelle au goût amer.
Deux policiers escortent un vagabond qui dit ne plus se souvenir de son nom et qui, au long d’un chemin monotone et humide, se laisse aller à des confidences puis à rêver à une vie meilleure, oh pas grand chose, juste espérer la relégation plutôt que le bagne, et mener une vie simple faite de pèche et d’agriculture dans les confins de la Russie. Des rêves peu ambitieux, mais cela les rend-il pour autant plus accessibles ?
Voilà quelques pages qui font un peu penser à un Zola teinté de mélancolie. Une jolie lecture qui met une boule dans la gorge et qui me donne envie de continuer à découvrir Tchekhov le nouvelliste, et qui sait peut-être un jour le dramaturge.
52raton-liseur
51. Entre trois et quatre - Francis Scott Fitzgerald, lu par Guy Chapellier
Dans mon imagination, Francis Scott Fitzgerald est l’écrivain par excellence des années folles et des réussites sociales fulgurantes. Pourtant, c’est par une nouvelle de la Dépression que je l’aborde. La Dépression au sens propre, celle d’une Amérique touchée par les réductions d’effectifs et les réductions de salaire, où ceux qui vivent décemment sont moins nombreux que ceux qui ne peuvent joindre les deux bouts. Dépression aussi d’un homme obnubilé par les regrets et les remords, d’un homme qui n’est en paix ni avec lui-même ni avec ses choix. Reflet d’un homme qui a brûlé trop vite sa vie ?
En définitive, une nouvelle que j’ai lue avec intérêt, si non avec plaisir. Peut-être pas un monument du genre, mais elle vaut bien une petite pause lecture.
Dans mon imagination, Francis Scott Fitzgerald est l’écrivain par excellence des années folles et des réussites sociales fulgurantes. Pourtant, c’est par une nouvelle de la Dépression que je l’aborde. La Dépression au sens propre, celle d’une Amérique touchée par les réductions d’effectifs et les réductions de salaire, où ceux qui vivent décemment sont moins nombreux que ceux qui ne peuvent joindre les deux bouts. Dépression aussi d’un homme obnubilé par les regrets et les remords, d’un homme qui n’est en paix ni avec lui-même ni avec ses choix. Reflet d’un homme qui a brûlé trop vite sa vie ?
En définitive, une nouvelle que j’ai lue avec intérêt, si non avec plaisir. Peut-être pas un monument du genre, mais elle vaut bien une petite pause lecture.
53raton-liseur
52. Jeu de hasard - Vladimir Nabokov, lu par Mohamed Rouabhi
On est ici bien loin de Lolita, avec cette nouvelle sombre d’un Russe exilé et sans attache qui décide de mettre fin à sa vie. L’évocation des infimes évènements de ses dernières heures s’entremêle avec celles de deux autres exilées qui se trouvent dans le train dans lequel il est garçon de restaurant. Cette nouvelle est une évocation sombre du tragique et de l’ironie de la vie et de la mort.
On est ici bien loin de Lolita, avec cette nouvelle sombre d’un Russe exilé et sans attache qui décide de mettre fin à sa vie. L’évocation des infimes évènements de ses dernières heures s’entremêle avec celles de deux autres exilées qui se trouvent dans le train dans lequel il est garçon de restaurant. Cette nouvelle est une évocation sombre du tragique et de l’ironie de la vie et de la mort.
54raton-liseur
53. Un homme de Glasgow - Somerset Maugham, lu par Guy Chapellier
Une histoire un brin surnaturelle, comme on en trouve beaucoup dans une certaine littérature du XIXème siècle qui aime flirter avec l’étrange voire l’horreur. Somerset Maugham semble un peu en retard sur son époque, mais le lieu de l’intrigue, une oliveraie dans la chaleur de l’Espagne donne une pointe originale d’exotisme et il faut avouer que le style fluide et tout en simplicité rend la lecture agréable, malgré le sentiment de déjà vu et un type de littérature qui n’est guère ma tasse de thé. Une nouvelle qui n’est pas inoubliable, mais qui mérite bien une petite pause lecture.
Une histoire un brin surnaturelle, comme on en trouve beaucoup dans une certaine littérature du XIXème siècle qui aime flirter avec l’étrange voire l’horreur. Somerset Maugham semble un peu en retard sur son époque, mais le lieu de l’intrigue, une oliveraie dans la chaleur de l’Espagne donne une pointe originale d’exotisme et il faut avouer que le style fluide et tout en simplicité rend la lecture agréable, malgré le sentiment de déjà vu et un type de littérature qui n’est guère ma tasse de thé. Une nouvelle qui n’est pas inoubliable, mais qui mérite bien une petite pause lecture.
55raton-liseur
54. Elle a sommeil - Anton Tchekhov, lu par René Depasse
Un conte cruel, pas forcément mon style préféré, mais j’ai plutôt bien aimé celui-là. Où peut conduire l’abrutissement de conditions de travail impitoyables… Tchekhov a ici encore tout d’un Zola russe.
Un conte cruel, pas forcément mon style préféré, mais j’ai plutôt bien aimé celui-là. Où peut conduire l’abrutissement de conditions de travail impitoyables… Tchekhov a ici encore tout d’un Zola russe.
56raton-liseur
55. Les Sabots du petit Wolff, extrait de Contes rapides - François Coppée, lu par René Depasse
Il était une fois, — il y a si longtemps que tout le monde a oublié la date, — dans une ville du nord de l’Europe, — dont le nom est si difficile à prononcer que personne ne s’en souvient, — il était une fois un petit garçon de sept ans, nommé Wolff. (Incipit).Je suis un peu tôt dans la saison pour lire cela, puisque c’est un conte de Noel tout ce qu’il y a de plus traditionnel qu’offre François Coppée à ses lecteurs. On sait bien vite qui aura de beaux jouets dans son sabot le lendemain matin et qui sera l’auteur de ce joli miracle. Pas de surprise donc, juste un petit plaisir qui fait flotter un petit sourire sur les lèvres.
57raton-liseur
56. Sac au dos - Joris-Karl Huysmans, lu par M.-G. Séré
J’avais choisi cette nouvelle de Huysmans parce qu’elle fait partie des Soirées de Médan et qu’elle devait avoir une sorte d’aval artistique de la part de Zola donc. Mal m’en a pris. Ce fut une lecture indigeste du début à la fin. Les aventures sans intérêt de deux soldats de la guerre de 1870 portés pâles dès avant d’arrivée sur le champ de batailles et qui ne pensent qu’à trousser les filles et ripailler.
C’est soi-disant ironique et antipatriotique. Peut-être était-ce effectivement subversif à l’époque, mais je n’y ai rien trouvé de tout cela. Boule de Suif de Maupassant, dans le même recueil et contant un épisode de cette même guerre, est autrement plus intéressant et mordant. Sac au dos, titre qui ne reflète pas le contenu de la nouvelle, mieux vaut effectivement passer son chemin.
J’avais choisi cette nouvelle de Huysmans parce qu’elle fait partie des Soirées de Médan et qu’elle devait avoir une sorte d’aval artistique de la part de Zola donc. Mal m’en a pris. Ce fut une lecture indigeste du début à la fin. Les aventures sans intérêt de deux soldats de la guerre de 1870 portés pâles dès avant d’arrivée sur le champ de batailles et qui ne pensent qu’à trousser les filles et ripailler.
C’est soi-disant ironique et antipatriotique. Peut-être était-ce effectivement subversif à l’époque, mais je n’y ai rien trouvé de tout cela. Boule de Suif de Maupassant, dans le même recueil et contant un épisode de cette même guerre, est autrement plus intéressant et mordant. Sac au dos, titre qui ne reflète pas le contenu de la nouvelle, mieux vaut effectivement passer son chemin.
58raton-liseur
57. C’était… - Leonid Andreiev, lu par René Depasse
Une écriture et quelques longueurs qui ne font pas tout à fait honneur au sujet, mais une nouvelle finalement assez intéressante et un rien grinçante, dont le titre, qui demeure énigmatique presque jusqu’à la fin, est très bien trouvé et pose la question de la limite entre la vie et la mort.
Cette nouvelle peut ouvrir de nombreuses pistes de réflexions, dont la façon dont on considère la fin de la vie dans le milieu hospitalier n’est pas la moindre, mais j’en retiendrai surtout une réflexion sans manichéisme, toute en nuance et non dénuée d’intérêt sur l’attachement à la vie ou sur la crainte ou l’acceptation de la mort. Une réflexion qui prend un relief supplémentaire si l’on songe qu’elle nous vient d’un auteur qui a longtemps eu la hantise de sa mort, d’un homme mort à l’âge de 48 ans possiblement des suites d’une tentative de suicide ratée quelques années plut tôt.
Ainsi s’était passée toute sa vie : elle n’avait été qu’une longue et amère suite d’humiliations et de haines, où s’étaient bien vite éteintes les petites lueurs fugitives de l’amour, ne laissant dans son âme qu’un grand tas de cendres froides. A présent, il aurait voulu sortir de la vie, oublier ; mais la nuit silencieuse était cruelle et impitoyable. Et il songeait avec mépris à la sottise de ceux qui aimaient cette vie. Il tournait la tête vers le lit voisin, où dormait un de ces sots, le père diacre. Longtemps et attentivement il considérait le petit visage blanc, qui se confondait avec le linge blanc de l’oreiller et des draps. Et parfois un mot lui jaillissait des lèvres :Un marchand est admis dans un hôpital universitaire, où il devient un objet d’étude pour les médecins (et « objet » est bien le mot qui convient ici) et un membre de cette petite communauté formée de malades de divers horizons. Il sait que, comme la plupart des malades, il ne sortira pas de cet hôpital, et c’est dans cette ambiance que l’on suit, pour les quelques semaines qui lui restent à vivre, les relations sociales qui se créent dans ce microcosme mais aussi l’idée de la mort qui fait son chemin.
— Imbécile !
(Partie 2).
Une écriture et quelques longueurs qui ne font pas tout à fait honneur au sujet, mais une nouvelle finalement assez intéressante et un rien grinçante, dont le titre, qui demeure énigmatique presque jusqu’à la fin, est très bien trouvé et pose la question de la limite entre la vie et la mort.
Cette nouvelle peut ouvrir de nombreuses pistes de réflexions, dont la façon dont on considère la fin de la vie dans le milieu hospitalier n’est pas la moindre, mais j’en retiendrai surtout une réflexion sans manichéisme, toute en nuance et non dénuée d’intérêt sur l’attachement à la vie ou sur la crainte ou l’acceptation de la mort. Une réflexion qui prend un relief supplémentaire si l’on songe qu’elle nous vient d’un auteur qui a longtemps eu la hantise de sa mort, d’un homme mort à l’âge de 48 ans possiblement des suites d’une tentative de suicide ratée quelques années plut tôt.
59raton-liseur
58. Idylles - Henry Gréville, lu par René Depasse
Il ne faut pas lire ces nouvelles pour y trouver des contes de midinettes, même si je suis sûre que les midinettes, à condition d’être bucoliques, y trouveront leur compte, mais pour y trouver de jolies descriptions, les couleurs des champs prêts à être moissonnés, de la mer en tempête et des épais et verts couverts de la forêt normande. Il faut prendre son temps pour le lire, une ou deux nouvelles à la fois pour ne pas saturer d’un effet narratif qui est toujours le même, mais on peut se laisser surprendre par une écriture légère, qui se veut douce et apaisante, une lecture qui n’est pas en phase avec la rapidité et l’urbanité de notre quotidien, mais qui a justement gagné un air suranné qui lui donne encore plus de prix.
Une lecture gentille et reposante, un plaisir un brin vieux jeu que je n’ai pas boudé.
La pluie avait cessé, mais, de feuille en feuille, les gouttes d’eau roulaient encore avec le léger bruit d’une source presque tarie dans son bassin à demi rempli, et au loin la sombre allée s’ouvrait sur une clairière toute mouillée, d’un vert profond et d’une douceur exquise. (Incipit, “Le portrait”).Ayant lu une première nouvelle qui m’a bien plu, j’ai décidé de me laisser tenter par tout le recueil de nouvelles, malgré le titre mielleux. Et ce fut une bonne surprise, d’abord parce que toutes les histoires ne se finissant pas par « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Je dirais même presque que le titre est trompeur, puisque ce qui unit ces nouvelles, à l’exception de la dernière qui ressemble à un rappel à la fin d’un spectacle, c’est la description de la nature et de ses changements de physionomie au gré des différents moments de la journée ou bien du temps qu’il fait. Les titres des nouvelles sont d’ailleurs évocateurs, que ce soient « Les Noisettes », « Lever de lune » ou bien « Après la pluie ».
Il ne faut pas lire ces nouvelles pour y trouver des contes de midinettes, même si je suis sûre que les midinettes, à condition d’être bucoliques, y trouveront leur compte, mais pour y trouver de jolies descriptions, les couleurs des champs prêts à être moissonnés, de la mer en tempête et des épais et verts couverts de la forêt normande. Il faut prendre son temps pour le lire, une ou deux nouvelles à la fois pour ne pas saturer d’un effet narratif qui est toujours le même, mais on peut se laisser surprendre par une écriture légère, qui se veut douce et apaisante, une lecture qui n’est pas en phase avec la rapidité et l’urbanité de notre quotidien, mais qui a justement gagné un air suranné qui lui donne encore plus de prix.
Une lecture gentille et reposante, un plaisir un brin vieux jeu que je n’ai pas boudé.
60raton-liseur
59. Initiation - Sylvia Plath, lu par Sandrine Haudepin
Une nouvelle qui commence de façon un peu banale par le récit d’une initiation qui ouvrira les portes du cercle très fermé des filles branchées d’un lycée américain. Sylvia Plath montre en quelques pages comment les rituels dérisoires et un peu pitoyables de ce bizutage amènent peu à peu la jeune fille vers des pensées qu’elle n’avait jamais formulées jusqu’à présent.
La fin est un peu grandiloquente, mais le message me plaît, et il faudra que je me rappelle de laisser traîner innocemment cette nouvelle sur les étagères lorsque Mini Raton sera en âge de faire des choix similaires. Une jolie leçon, qui prêche une convaincue.
Une nouvelle qui commence de façon un peu banale par le récit d’une initiation qui ouvrira les portes du cercle très fermé des filles branchées d’un lycée américain. Sylvia Plath montre en quelques pages comment les rituels dérisoires et un peu pitoyables de ce bizutage amènent peu à peu la jeune fille vers des pensées qu’elle n’avait jamais formulées jusqu’à présent.
La fin est un peu grandiloquente, mais le message me plaît, et il faudra que je me rappelle de laisser traîner innocemment cette nouvelle sur les étagères lorsque Mini Raton sera en âge de faire des choix similaires. Une jolie leçon, qui prêche une convaincue.
61raton-liseur
60. Contes de bonne Perrette - René Bazin, lu par Cocotte et Lemoko
La première partie du recueil est constituée de souvenirs d’enfances. Des mauvais tours qui auraient pu avoir de fâcheuses conséquences, des espiègleries d’enfants, tous l’expression d’une enfance heureuse passée au grand air à vadrouiller dans les champs, se prendre pour des indiens ou chasser les oiseaux. Rien d’exceptionnel dans ces instants de vie, mais la plume simple et alerte de René Bazin m’a accrochée et je me suis laissée prendre par les jeux de ces enfants, rêvant à une enfance champêtre que je n’ai pas eue et à des fonds de culotte verts d’avoir trop trainé dans l’herbe que j’aurais aimé ramener le soir à la maison.
La seconde partie est consacrée aux contes de bonne Perrette proprement dit. Les histoires qu’elle racontait aux enfants dont elle avait la charge, le petit René et ses trois frères et sœurs. On voyage de la Vendée maritime à la Provence, avec des histoires à la morale très douce. Ce sont ces histoires que l’on racontait j’imagine au coin du feu ou à un enfant pour qu’il s’endorme, des histoires qui paraissent toutes crédibles tellement leur magie est légère, certaines sont même ancrées dans les tristes et nombreux soubresauts de l’histoire du XVIIIème siècle. Il est surtout question de paysans qui peinent pour vivre mais qui savent aimer la douceur de leur vie familiale. Il y a une pointe de patriotisme, nécessaire j’imagine à l’éducation des petits gars de l’époque.
Et si ces histoires sont celles d’un temps où l’on prenait le temps de les raconter, un temps qui peut-être ne reviendra plus, elles peuvent encore prendre le goût des sucettes au caramel comme on en faisait avant, et nous rappeler sans nostalgie que les plaisirs simples existent toujours et sont parfois les meilleurs.
J’ai d’ailleurs aimé m’apercevoir que la première partie, intitulée “Souvenirs d’enfant” (et non “Souvenirs d’enfance”, soulignant le caractère très personnel que René Bazin veut donner à ces nouvelles) se termine sur l’image de la porte de la vitrine qui se ferme définitivement sur une collection d’œufs, comme une porte qui se ferme aussi sur l’enfance, « Et ni l’œuf de la corneille à bec rouge, ni celui d’aucun autre oiseau ne vint plus enrichir ma collection. J’ai fermé la vitrine, et ne l’ai jamais rouverte. » (“La corneille à bec rouge”, Partie 1, “Souvenirs d’enfant”). La seconde partie, elle, celle contenant les “Contes de bonne Perrette” se termine par un retour aux sources : « Justine posa en travers, sur le dos des deux premiers bœufs, l’aiguillon d’autrefois. Dans l’air matinal, quatre noms, lancés à tue-tête par une voix jeune, chaude, heureuse, apprit à la Vendée qu’un de ses fils était de retour : »Caillard, Rougeaud, Mortagne, Maréchaux ! » / Et les bœufs descendirent sagement, bien droit vers la cornouille. » (“Le Retour”, Partie 2, “Contes de bonne Perrette”). C’est comme si ces contes nous ouvraient à nouveau à cette part d’enfant qui sommeille en nous et que nous oublions parfois au fil des ans, mais que la bonne Perrette rouvre pour le petit René, et j’espère que chacun de nous peut penser de temps en temps à sa bonne Perrette à lui ou à elle, pour se souvenir, mais aussi vivre cette insouciance et cette grande aventure qu’est une enfance heureuse.
La colline qui barrait la vallée, tout au bout, était d’ardoise abrupte, crevassée, pleine de failles profondes où les serpents avaient leur nid, et où s’enfonçaient les racines de genêts. Nul autre arbuste que celui-là n’avait pu s’implanter sur cette butte de rochers. Mais il y atteignait une taille magnifique ; il y régnait ; il jetait, pendant cinq mois de l’année, la gaieté de ses fleurs jaunes parmi les frondaisons vertes des bois de chêne qui aboutissaient à l’étang. Il y avait souvent des pétales fanés qui tombaient sur l’eau, et que le vent poussait comme des voiles, si bien que les paysans disaient : « Quand même tous les genêts de la terre disparaîtraient, on en trouverait encore de la graine dans Agubeil. » (“La Veuve du loup”, Partie 2, “Contes de bonne Perrette”).Bonne Perrette était une merveilleuse conteuse. Personnage réel de l’enfance de René Bazin, prétexte inventé pour faire de ces nouvelles éparses une gerbe ? Je ne sais, mais j’ai aimé ces contes à la fois divers et tous emprunts d’un charme enfantin.
La première partie du recueil est constituée de souvenirs d’enfances. Des mauvais tours qui auraient pu avoir de fâcheuses conséquences, des espiègleries d’enfants, tous l’expression d’une enfance heureuse passée au grand air à vadrouiller dans les champs, se prendre pour des indiens ou chasser les oiseaux. Rien d’exceptionnel dans ces instants de vie, mais la plume simple et alerte de René Bazin m’a accrochée et je me suis laissée prendre par les jeux de ces enfants, rêvant à une enfance champêtre que je n’ai pas eue et à des fonds de culotte verts d’avoir trop trainé dans l’herbe que j’aurais aimé ramener le soir à la maison.
La seconde partie est consacrée aux contes de bonne Perrette proprement dit. Les histoires qu’elle racontait aux enfants dont elle avait la charge, le petit René et ses trois frères et sœurs. On voyage de la Vendée maritime à la Provence, avec des histoires à la morale très douce. Ce sont ces histoires que l’on racontait j’imagine au coin du feu ou à un enfant pour qu’il s’endorme, des histoires qui paraissent toutes crédibles tellement leur magie est légère, certaines sont même ancrées dans les tristes et nombreux soubresauts de l’histoire du XVIIIème siècle. Il est surtout question de paysans qui peinent pour vivre mais qui savent aimer la douceur de leur vie familiale. Il y a une pointe de patriotisme, nécessaire j’imagine à l’éducation des petits gars de l’époque.
Et si ces histoires sont celles d’un temps où l’on prenait le temps de les raconter, un temps qui peut-être ne reviendra plus, elles peuvent encore prendre le goût des sucettes au caramel comme on en faisait avant, et nous rappeler sans nostalgie que les plaisirs simples existent toujours et sont parfois les meilleurs.
J’ai d’ailleurs aimé m’apercevoir que la première partie, intitulée “Souvenirs d’enfant” (et non “Souvenirs d’enfance”, soulignant le caractère très personnel que René Bazin veut donner à ces nouvelles) se termine sur l’image de la porte de la vitrine qui se ferme définitivement sur une collection d’œufs, comme une porte qui se ferme aussi sur l’enfance, « Et ni l’œuf de la corneille à bec rouge, ni celui d’aucun autre oiseau ne vint plus enrichir ma collection. J’ai fermé la vitrine, et ne l’ai jamais rouverte. » (“La corneille à bec rouge”, Partie 1, “Souvenirs d’enfant”). La seconde partie, elle, celle contenant les “Contes de bonne Perrette” se termine par un retour aux sources : « Justine posa en travers, sur le dos des deux premiers bœufs, l’aiguillon d’autrefois. Dans l’air matinal, quatre noms, lancés à tue-tête par une voix jeune, chaude, heureuse, apprit à la Vendée qu’un de ses fils était de retour : »Caillard, Rougeaud, Mortagne, Maréchaux ! » / Et les bœufs descendirent sagement, bien droit vers la cornouille. » (“Le Retour”, Partie 2, “Contes de bonne Perrette”). C’est comme si ces contes nous ouvraient à nouveau à cette part d’enfant qui sommeille en nous et que nous oublions parfois au fil des ans, mais que la bonne Perrette rouvre pour le petit René, et j’espère que chacun de nous peut penser de temps en temps à sa bonne Perrette à lui ou à elle, pour se souvenir, mais aussi vivre cette insouciance et cette grande aventure qu’est une enfance heureuse.
62raton-liseur
Une nouvelle lue l'année dernière mais dont j'avais oublié de faire une petite note de lecture. Voilà un oubli réparé...
61. Quarante ans - Léon Tolstoï, lu par René Depasse
Un petit conte cruel, celui d’un homme devenu assassin et qui semble échapper à toute punition, du moins pour l’instant puisqu’il sait que Dieu le condamnera dans quarante ans. Si cet homme semble vivre heureux et jouir des conséquences heureuses de son crime malgré une telle épée de Damoclès au-dessus de la tête, que sera cette punition différée ?
Si l’histoire n’est pas d’une grande originalité (elle est d’ailleurs basée sur un conte populaire russe, dont il me semble qu’il existe des variantes dans beaucoup d’autres cultures), Tolstoï lui écrit une fin qui lui est personnelle et en tire une morale bien à lui. A chacun d’y voir le message qu’il veut quant à l’importance de la religion dans la vie de l’homme et surtout des sociétés.
C’est une lecture bien amusante, grinçante à souhait, avec la belle et efficace plume de Tolstoï qui sait en faire à la fois un conte russe et une petite parabole universelle. Je n’ai pas boudé mon plaisir !
61. Quarante ans - Léon Tolstoï, lu par René Depasse
Un petit conte cruel, celui d’un homme devenu assassin et qui semble échapper à toute punition, du moins pour l’instant puisqu’il sait que Dieu le condamnera dans quarante ans. Si cet homme semble vivre heureux et jouir des conséquences heureuses de son crime malgré une telle épée de Damoclès au-dessus de la tête, que sera cette punition différée ?
Si l’histoire n’est pas d’une grande originalité (elle est d’ailleurs basée sur un conte populaire russe, dont il me semble qu’il existe des variantes dans beaucoup d’autres cultures), Tolstoï lui écrit une fin qui lui est personnelle et en tire une morale bien à lui. A chacun d’y voir le message qu’il veut quant à l’importance de la religion dans la vie de l’homme et surtout des sociétés.
C’est une lecture bien amusante, grinçante à souhait, avec la belle et efficace plume de Tolstoï qui sait en faire à la fois un conte russe et une petite parabole universelle. Je n’ai pas boudé mon plaisir !
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